Johannes Brahms, Chemins vers l’Absolu : une nouvelle référence

À emporter, Essais et documents, Livre

Brigitte François-Sappey : Johannes Brahms : Chemins vers l’Absolu. Editions Fayard. Collection : Les chemins de la musique. 407 p. 25 €. Octobre 2018

 

Les Clefs ResMusica

41gItYdNO0L._SX313_BO1,204,203,200_Succédant à la somme exhaustive, déjà ancienne de 50 ans, consacrée à par Claude Rostand, la biographie de Brigitte François-Sappey, publié par le même éditeur, nous propose un regard neuf, très personnel et très attendu, qui se situe au plus près de l’espace mental complexe de Brahms.

C’est en effet dans l’étude d’un chemin tout intérieur qu’il faut chercher la feuille de route de cet ouvrage, un espace mental où le but est aussi le chemin. Un chemin de l’exigence qu’empruntera en permanence ce compositeur vagabond et solitaire venu du Nord pour se fixer secondairement à Vienne, encore tout imprégné de sa germanité, et défenseur d’un héritage remontant jusqu’à l’époque de la Réformation et des polyphonistes de la Renaissance. Cependant, faire de Brahms, par le biais de cette hérédité, une figure du passé serait lourdement se méprendre. Son œuvre plus complexe, mêlant tradition et modernité, d’un classicisme moderne, ne saurait se laisser appréhender qu’à la faveur d’une lecture où le futur se lit à la lumière du passé. Une telle dualité originale explique certains sarcasmes proférés par les lisztiens-wagnériens, comme les éloges progressistes venus de Schoenberg.

L’ouvrage s’articule en quatre grands chapitres chronologiques. Les années d’apprentissage le conduiront de Hambourg à Vienne, ville sainte de la musique, en passant par Detmold où il sera chef de chœur. C’est le temps des rencontres décisives comme celle de Joseph Joachim et du couple Schumann, en 1853 à Düsseldorf. Dès lors débute une véritable passion entre les deux hommes et l’ouverture de nouveaux et exigeants chemins interrompus par la mort du maître en 1856. Clara et Johannes, très liés, choisiront de ne pas unir leurs destinées. Viennent ensuite les années viennoises, années de la maturité où Brahms affirme haut et fort son classicisme le rattachant à l’école de Leipzig de Schumann et Mendelssohn, se démarquant de l’école novatrice de Weimar conduite par Liszt. Kreisler junior se transforme alors rapidement en Meister Brahms. Adepte de la musique pure, s’exprimant dans une forme logique et cohérente, Brahms forgé par la culture romantique allemande, affirme avec fierté sa germanité profonde, septentrionale, luthérienne qui s’exprime dans une sérieuse introspection. De 1872 à 1875, Brahms dirige les concerts de la Société des amis de la musique dans la nouvelle salle dorée du Musikverein. Alors que Wagner créé sa Tétralogie à Bayreuth en 1876, Brahms ressuscite, la même année, un genre musical annoncé comme mort par le maître de Bayreuth, en créant sa Symphonie n° 1 à Karlsruhe ouvrant la voie à un corpus symphonique qui l’occupera pendant une dizaine d’années, avant de le refermer dans un adieu avec la Symphonie n° 4, en 1885, année du bicentenaire de la naissance de Bach, comme un retour aux origines ! Clin d’œil du destin, Hambourg qui lui avait refusé la direction de la Philharmonie au début de sa carrière, le nomme Citoyen d’honneur en 1889. Après l’enterrement de Clara en 1896, Brahms affaibli ne quitte plus Vienne. Il meurt le 3 avril 1897 d’un cancer du foie, enterré à Vienne dans le carré des musiciens, aux cotés de Beethoven et Schubert.

Le dernier chapitre « Regards sur l’avenir » traite de l’influence brahmsienne sur les générations ultérieures, de la réception de son œuvre dans le monde et en France en particulier avant de conclure sur sa quête de l’Absolu, revenant ainsi au sous-titre du livre. D’autres problématiques s’insinuent en filigrane dans le texte comme celles des rapports du compositeur avec Wagner ou Bruckner, avec Clara, avec Joseph Joachim…

Les œuvres sont analysées clairement au fil du texte, replacées judicieusement dans leur contexte et regroupées dans un catalogue-index, très utile, à la fin de l’ouvrage.

Passionnant de bout en bout, de lecture aisée, cet ouvrage érudit s’affiche assurément comme une nouvelle référence indispensable.

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
  • Michel LONCIN

    S’agissant des « sarcasmes proférés par les lisztiens-wagnériens », il ne faut tout de même pas oublier que Brahms, flanqué de son « rabatteur » Hanslick, en a proféré pas mal non plus .. et des condamnations sans appel à l’égard de Bruckner (« ce pauvre fou que les soutanes de Saint Florian ont sur la conscience » !) et des jeunes élèves du Conservatoire de la « mouvance » brucknériennes, Mahler, Wolff, Rott, Krzyzanowski …

    Quant à avoir prétendument « ressuscité » en 1876 en la symphonie « un genre musical annoncé comme mort par le maître de Bayreuth » … il ne faudrait tout de même pas oublier que ce « genre » avait DEJA été … « ressuscité » par … Bruckner lui-même ce, dès 1863 avec la « symphonie d’étude en fa mineur » et, plus décisivement, en 1865, avec la Symphonie n° 1 … Et on peut estimer (avec le regretté Paul-Gilbert Langevin) que l’acharnement de Brahms à l’égard du « pauvre fou » cachait une secrète jalousie et une rivalité professionnelle …

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.