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Un Philhar’ épanoui avec Sol Gabetta et Mikko Franck

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Maison de la Radio – Auditorium. 22-XII-2018. Paul Dukas (1865-1935) : L’Apprenti sorcier. Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Concerto pour violoncelle. Richard Strauss (1864-1949) : Mort et Transfiguration. Maurice Ravel (1875-1937) : La Valse. Sol Gabetta, violoncelle. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Mikko Franck

sol_gabetta_mikko_franck_decembre_radio_france_2018L’ conclut l’année 2018 avec un programme qu’il vient de donner à travers l’Autriche et l’Allemagne et qui associe des pièces orchestrales de démonstration avec le rare Concerto pour violoncelle de  avec

La pièce d’ouverture d’un concert est souvent un exercice d’échauffement. Ce soir avec l’Apprenti sorcier de sous la baguette de son chef (visiblement) bien aimé Mikko Frank, le Philhar’ fait immédiatement entendre son savoir faire, que ce soit la pureté des interventions des vents, le soyeux des tapis de cordes, l’engagement collectif emporté par une folie qui ne déraille pas.

La pièce de résistance du concert est une rareté, le Concerto pour violoncelle de  composé en 1948 et créé seulement dix ans plus tard par Rostropovitch, une fois que la terreur stalinienne n’était plus là pour reprocher à cette oeuvre sa mélancolie et ses envolées klezmer. Composé onze ans avant le Concerto pour violoncelle n° 1 de Chostakovitch, l’œuvre partage bien des affinités avec les concertos de l’ami Dimitri, les mélodies méditatives et prenantes, l’humour grinçant, la rage rentrée, l’ambivalence conclusive entre espoir et désespoir. Cette ressemblance quasi-gémellaire peut expliquer que l’œuvre a été oubliée pendant des décennies dans l’ombre de Chosta, et justifie qu’elle soit redécouverte et réévaluée. Weinberg dans cette décennie inspirée de l’après-guerre s’attache à être accessible, populaire, sans renoncer à rien de son identité (et à ses origines). compte parmi les grandes interprètes de la musique de Chostakovitch et depuis longtemps (Clef ResMusica pour le Concerto n° 2 chez RCA dès 2009), et c’est donc sans surprise qu’elle donne une interprétation exemplaire de ce concerto, sans en forcer le trait. C’est la huitième fois que les musiciens le jouent depuis le premier concert de leur tournée à Cologne le 13 décembre, autant dire qu’ils l’ont dans les doigts et qu’ils l’interprètent en complicité. En bis, Sol Gabetta propose le mouvement Dolcissimo de Gramata Cellam du compositeur , pour une conclusion éthérée.

La seconde partie de concert propose Mort et Transfiguration de , où l’on peut apprécier l’individualité des pupitres solistes, l’épaisseur des contrebasses, la fermeté et la clarté des tutti, avec un Mikko Frank qui cultive le beau son sans tomber dans le piège de la grandiloquence. Avec La Valse, on retrouve cette fièvre tenue dans un carcan de fer. Dans le climax de l’œuvre, il faut voir l’ensemble des musiciens qui semblent comme danser, pris par une transe dont ils sont pourtant totalement maîtres et qui produit une musique aussi puissante qu’articulée. Et si la valse n’était pas à chercher dans une évocation d’un bal, mais dans ce moment précis où la musique transforme les musiciens eux-mêmes en danseurs ?

Pour fêter la fin de l’année et l’approche de Noël, offre en bis le Prélude en sol bémol majeur op. 7 de (1885-1957), une miniature post-romantique et évocation quasi-cinématographique des grands espaces calmes du nord. Pour l’anecdote, ce compositeur finlandais décéda le même jour que son compatriote et héros national Sibelius.

Crédit photographique : © DR / www.facebook.com/solgabetta

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