À Fribourg, une Flûte enchantée toute en finesse

La Scène, Opéra, Opéras

Fribourg. Théâtre de L’Équilibre. 29-XII-2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, opéra en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Mise en scène et scénographie : Joan Mompart. Costumes : Irène Schlatter. Lumières : Eloi Gianini. Vidéo : Brian Tornay. Avec : Peter Gijsbertsen, Tamino ; Bénédicte Tauran, Pamina ; Benoit Capt, Papageno ; Bert Driessen, Sarastro ; Marlène Assayag, Die Königin der Nacht ; Roman Mamontov, Monostatos ; Salomé Zangerl, Papagena ; Alexandra Dobos-Rodriguez, 1ère Dame ; Jennifer Pellagaud, 2ème Dame ; Annina Haug, 3ème Dame ; Lucie Murith, Elsa Binz, Lauranne Binz, Drei Knaben ; Richard Helm, L’Orateur, 1er Prêtre, 2ème esclave ; Germain Bardot, 2ème homme armé, 2ème Prêtre. Chœur du Nouvel Opéra Fribourg. Orchestre de Chambre fribourgeois, direction musicale : Laurent Gendre

DER ZAUBERFLOTE.01Cette fin d’année, le Nouvel Opéra Fribourg offre une très belle et subtile production de Die Zauberflöte animée par des chanteurs portés par la mise en scène intelligente et poétique de .

En littérature, Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry fait office de message universel. Parce qu’il est simple de lecture et profond d’enseignement, il peut se lire à tout âge. C’est son universalité. Die Zauberflöte de Mozart est son parallèle musical. Sa musique, son intrigue ravira les enfants ; ses airs, son message initiatique, combleront les adultes. Le metteur en scène s’est imprégné de cette vision universelle de l’œuvre pour nous en faire goûter toutes les facettes avec une finesse d’imagination et d’interprétation admirables.

Pour faire jaillir la poésie de l’ouvrage, quoi de plus propice au lyrisme qu’une forêt. Étrange, mystique, inspirante, Joan Mompart l’imagine avec des lumières rasantes sur des rideaux de tulle où il projette en vidéo (Brian Tornay) des arbres se mouvant lentement. Effet saisissant permettant l’apparition et la disparition de personnages sans que l’action principale ne soit perturbée par des interruptions. Ainsi, dans ce décor léger libéré de tout accessoire, Joan Mompart caractérise ses personnages en les peignant avec une infinie intelligence : on peut y ressentir l’intimité perturbée de Pamina, l’amour maternel de la Reine de la Nuit, le naturel paysan de Papageno, la pureté de Tamino, la solennité des prêtres et de Sarastro. Tout ce joli monde des sentiments est déplacé aux rythmes de la musique laissant le spectateur ébloui.

Homme de théâtre, Joan Mompart fait la part des choses entre la comédie et l’opéra, entre le texte parlé et la musique. Bien sûr, la complicité de n’est pas pour rien dans cette affaire. Le chef d’orchestre, attentif aux chanteurs, cisèle la partition mozartienne avec précision, si bien que jamais le terme de « Singspiel » accolé à cet opéra n’a été aussi approprié et si bien intégré. Bien préparé, l’ est dans le coup.

Sur le plateau, on attend la soprano (Pamina) dont le talent de comédienne n’a d’égale que celui de chanteuse. Malheureusement, elle semble avoir perdu une partie de ses moyens vocaux avec des aigus souvent en délicatesse avec le diapason. Cette baisse de forme, qu’on espère passagère, semble perturber un jeu théâtral qu’on lui connaît plus expansif. On retrouve pourtant son timbre vocal magnifique dès qu’elle chante mezza-voce.

À ses côtés, le ténor (Tamino) est en pleine possession de ses moyens. Alors qu’on attend un Tamino timide, emprunté devant les épreuves qu’il doit affronter pour enlever le cœur de Pamina, on trouve un jeune homme vaillant, à la voix sonore et superbement timbrée. Un Tamino au phrasé franc, plus près d’un Nicolaï Gedda que d’un Léopold Simoneau. Le baryton (Papageno) cache derrière un talent de comédien dévastateur, une voix qu’on aurait aimée plus solaire, plus brillante. On reste pourtant toujours impressionné par la qualité de sa diction.

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Le rôle de la Reine de la Nuit est souvent hautement critique pour qui s’attaque à cette page archi connue et si souvent caricaturée. Ici, la soprano empoigne son « O zitt’re nicht, mein lieber Sohn ! » » avec une véhémence et un aplomb vocal impressionnant. Lorsqu’on sait les difficultés de cet air, on craint toujours la fausse note. Rien de tel avec . Elle tient son personnage. Autant vocalement, avec une diction impeccable, que théâtralement. Elle a l’aisance de l’évidence, se permettant, là où tant d’autres interprètes campent l’immobilité, de traverser la scène à grandes enjambées, de secouer Pamina, de gesticuler avec son manteau tout en chantant les plus périlleuses vocalises. Elle récidive avec le même bonheur dans le stratosphérique « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen. »

Des autres rôles, le plateau de l’Opéra de Fribourg est correct avec un (Sarastro) aux impressionnants graves et un (Monostatos) solide. Souvent traitées secondairement, les Trois Dames sont ici dirigées avec soin, et leurs prestations vocales sont exemplaires. Il en est de même pour les Trois Enfants dont la taille dépasse largement celle qu’on voit habituellement dans d’autres productions, mais ici, elle est amplement compensée par l’heureuse qualité du chant.

Crédits photographiques : © NOF / Magali Dougados

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