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L’Orchestre national de Lyon et Leonard Slatkin à Aix-en-Provence

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Aix-en-Provence. Grand Théâtre de Provence. 20-I-2018. Darius Milhaud (1892-1974) : Le Bœuf sur le Toit op. 58a. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en sol mineur op. 22. Edward Elgar (1857-1934) : Symphonie n° 1 op. 55. Benjamin Grosvenor, piano. Orchestre national de Lyon, direction : Leonard Slatkin

B Grosvenor (c) Patrick Allen Opera OmniaDans un programme franco-anglais, l’, sous la baguette de , a une nouvelle fois démontré l’étendue de ses qualités dans des registres variés. Ce concert fut l’occasion d’entendre le pianiste anglais dans le Concerto n° 2 de Saint-Saëns.

signe en 1919 une de ses œuvres majeures avec Le Bœuf sur le toit. À son retour d’un voyage au Brésil, il écrit d’abord un morceau pour piano et violon, une version dite « cinéma fantaisie » destinée à être la musique d’un film muet de Charlie Chaplin avant de devenir un ballet-concert sur un argument de Jean Cocteau. Le décor représente un bar du temps de la prohibition qui voit défiler plusieurs personnages. On y retrouve le Paris des Années Folles, les sonorités suaves et ses rythmes de danse sans oublier une polytonalité osée. Dans un curieux mélange de bouffonnerie et de mélancolie poétique, plusieurs scènes s’enchaînent. Les superpositions harmoniques ainsi que les plages dissonantes sont guidées par une mélodie brésilienne qui sert de fil conducteur. L’ensemble est plaisant et les volets rapides sont les plus convaincants. Bois et cuivres sont très en vue dans leur partie discordante et colorée à l’humour décalé.

C’est un tout autre univers dans lequel nous pénétrons avec le Concerto n° 2 de Saint-Saëns. L’interprétation est globalement intéressante. Elle permet notamment à l’orchestre de révéler toute sa plénitude de son ainsi que l’équilibre de ses pupitres. La fameuse introduction de l’Andante sostenuto jouée par le pianiste donne le ton avec son approche agogique et libre. Entre rêverie et souvenir, empreint d’une touche romantique, ce mouvement est ce soir caractérisé par son instabilité, rythmique mais aussi émotionnelle. Le jeu très virtuose du pianiste s’appuie sur une rapidité d’articulation étonnante. Ses mises en tension font mouche tout comme sa flexibilité expressive qui lui permet de varier ses effets avec une facilité apparente. Si ses intentions et ses choix de tempi témoignent d’une forte personnalité musicale, la réalisation est parfois moins aboutie lorsque la clarté de certains passages devient inégale. Des fins de phrases sont précipitées ou bien noyées par une pédale mal dosée. De plus, l’acoustique très sèche du Grand Théâtre ne permet pas d’apprécier à sa juste valeur le son du Steinway dans les nuances piano. Après un mouvement central léger et facétieux, apparaît totalement maître de ses moyens dans le redoutable Presto. Chacun s’écoute pleinement, se répond du tac au tac pour entrainer l’auditeur dans une course effrénée de haute voltige. Le sens du swing et la relance brillante du soliste rendent ce final galvanisant.

En deuxième partie, l’ interprète la rarissime  Symphonie n° 1 d’Elgar. Peu jouée sur les scènes françaises, celle-ci présente des similitudes avec l’orchestration et l’expression romantiques du répertoire allemand, en particulier des symphonies de Beethoven et de Brahms. Toutefois, l’œuvre d’Elgar s’inscrit bien dans la lignée de l’héritage musical britannique. La marche d’ouverture de l’Andante en est un exemple probant. Noblesse et grandeur se dégagent de ce thème conducteur. La construction cyclique la rend difficile à unifier et sa longueur peut la rendre mièvre. Toujours généreux dans sa direction, Leonard Sla‎tkin mène ses troupes avec verve et fait avancer le discours avec corps. Il ‎garde son cap sur la grande ligne tout en exploitant dans le détail la densité harmonique avec une précision constante. Les différents pupitres déploient un éventail de dynamiques franches (Allegro molto), de sentiments renouvelés où se mêlent liesse solennelle et mélancolie (Adagio). On admire la clarté des plans et la variété de nuances qui mettent en lumière des cordes homogènes et des cuivres puissants sans tomber dans la lourdeur. La qualité de l’orchestre se fait une nouvelle fois entendre. Séduit, le public du Grand Théâtre réserve une belle ovation aux musiciens.

Crédit photographique : Benjamin Grosvenor © Patrick Allen/Opera Omnia

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