Banniere-ClefsResmu-ok

Voix de contraltos par Nathalie Stutzmann et Orfeo 55 à Montpellier

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Montpellier. Opéra Comédie. 19-I-2019. Œuvres de Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Antonio Lotti (1667-1740), Antonio Vivaldi (1678-1741), Nicola Porpora (1686-1768), Giovanni Bononcini (1670-1747). Nathalie Stutzmann, contralto et direction. Ensemble baroque Orfeo 55

nathalie-stuzmann-orfeo55-615_jean-jacques-ader

Le répertoire baroque pour voix de contralto occupe une place de choix que et ses musiciens d’ mettent en relief et en espace sonore sur le plateau de l’Opéra Comédie à Montpellier.

En ces temps agités en France, surtout le samedi, il est agréable de retrouver la quiétude de la belle salle de l’Opéra Comédie de Montpellier, œuvre de Joseph-Marie Cassien-Bernard (élève de Charles Garnier) achevée en 1888, copie en réduction du palais parisien. et son ensemble invitent à un voyage au pays de l’opéra baroque italien au travers d’une pléiade de compositeurs qui firent la gloire de cette période féconde. Ce qui attire l’attention est que ce choix d’airs tirés de ce répertoire furent écrits au XVIIIe siècle initialement non pour des hommes mais pour des femmes, à la voix grave, dont le programme nous livre quelques noms : Anastasia Robinson, Francesca Boschi, Anna Giro, Teresa Mucci… Le préfixe LA devant leur nom de famille témoigne de leur célébrité, elles qui ont chanté pour Haendel, Vivaldi, Porpora ou Bononcini.

Les pièces vocales alternent avec des mouvements orchestraux, ouvertures et concerti, où plusieurs membres d’Orfeo 55 deviennent tour à tour solistes, dans des extraits de Rinaldo, Ariodante, Giulio Cesare de Haendel, Bajazet de Vivaldi, parmi d’autres œuvres plus rares. Dès les premières mesures de la Sinfonia Ouverture d’, le ton est donné : une direction énergique et engagée. La cheffe prend en mains ses musiciens, par la droite qui leur imprime le tempo et l’énergie même et par la gauche qui leur suggère les affects du discours par une souplesse toute chorégraphique. Tournant son pupitre vers le public, Nathalie Stutzmann enchaîne alors une suite d’airs où sa voix se place avec justesse dans l’acoustique large du théâtre. La voix d’alto, plus grave, prend d’autres appuis efficaces afin de bien tenir sa place face aux musiciens souvent emportés par la frénésie de l’action. Quelques mouvements de concertos mettent en valeur le jeu virtuose de plusieurs membres de l’orchestre, au violoncelle, au basson, au théorbe … Malheureusement, le livret ne mentionne pas leur nom.

Le programme que l’on sent monter en pression enchante de plus en plus le public qui ovationne avec justesse les performances techniques et l’émotion rhétorique qui se dégagent du plateau. Tout cela se réalise pourtant avec sobriété et détente. Les regards se croisent, la complicité est grande, jusque dans les moindres détails de la mise en place. Après un dernier Haendel époustouflant tiré d’Ariodante : « Dover, giustizia, amor« , un rappel de la même verve comble un public en haleine durant près de deux heures et tenu par un fil d’Ariane solide qui réunit compositeurs et interprètes dans ce style si typé du chant italien baroque, où tout est à la fois pareil et totalement différent. C’est peut-être là la grande caractéristique de cette période dite baroque, que les artistes de cette soirée ont su défendre au plus haut point.

Crédit photographique : © Jean-Jacques Ader

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.