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Giacinto Scelsi ou la force cosmique du son

À emporter, Musique et cinéma

Le premier mouvement de l’immobile, un film de Sebastiano d’Ayala Valva ; produit par Nicolas Lesoult / Les Films des Deux Rives ; Long-métrage documentaire. Durée : 1h22. Sortie le 30 janvier 2019

 

Le premier mouvement de l'immobile-« Ici de passage » : l’inscription, sur laquelle s’arrête la caméra, figure sur la tombe de (1905-1988) poète et musicien qui repose à Verano. En 1973, il enregistre durant quatre nuits le récit de ses mémoires. En demandant à ce que la bande-son ne soit dévoilée que quinze ans après sa mort. Le cinéaste Sebastiano d’Ayala Valva, cousin du musicien, nous la fait entendre, au fil de très belles images sur lesquelles s’entend la musique de cet « être de son ». 

était comte d’Ayala Valva. Si ces interprètes mentionnent souvent le bleu profond de son regard, l’homme refusait d’apparaître aux yeux du public et signait ses poèmes comme sa musique d’un cercle flottant au-dessus d’une ligne. Cet être mystique, proche de la pensée bouddhiste, déclarait être né en 2637 avant Jésus-Christ en Mésopotamie et prônait le détachement, disant qu’il recevait sa musique des Dévas, divinités hindoues. Il est formé à l’école sérielle, un système qui va à l’encontre de sa nature au point de le rendre « fou » (il sera interné à Montreux durant plusieurs semaines). Il commence alors à développer son esthétique sur une seule note, dont les répétitions inlassables et la perte des repères temporels qu’elles procurent le font accéder à un état de contemplation. « Le son est sphérique et rond » disait-il ; il a donc un centre vers lequel il tentait de s’approcher. La musique de Scelsi est cette plongée verticale dans la profondeur du son.

Elle résonne dès les premières minutes du film (Quattro pezzi su una nota sola), en synchronie avec une image qui semble capter les vibrations du son. De l’atelier du sculpteur, où le père du réalisateur fait « l’expérience » de l’écoute scelsienne, on passe à la demeure romaine (aujourd’hui Fondation Scelsi) qui surplombe le Palatino. Interprètes et professeurs « scelsiens » (la chanteuse Michiki Hirayama, la contrebassiste , la pianiste Marianne Scroeder) y jouent et transmettent une musique qu’elles ont fait sienne au côté du maître. L’ondioline, instrument électronique à vibration trône dans une des pièces vides. C’est l’instrument salvateur sur lequel Scelsi improvisait/composait avant de faire transcrire par son assistant le fruit de ses recherches qui avaient été enregistrées sur une bande magnétique. Par étapes, et au fil du récit, dans un temps long où la nature et les saisons participent des images, on pénètre progressivement dans un univers qu’habite le mystère. Au château d’Alaya Valva, une superbe demeure au sud de l’Italie où a grandi Scelsi, la clarinettiste , qui a recueilli l’esprit du maître, joue Ixor IV et raconte : je sentais qu’il cherchait à m’emmener dans un lieu où j’étais capable d’aller mais j’avais peur de me perdre ; parce que ça me mettait en connexion avec quelque chose de très fort […] Maintenant avec l’âge je sens que je peux y aller ». On assiste in fine, sous la conduite d’Aldo Brizzi à l’exécution de l’étonnant Uaxuctum, la légende de la cité Maya détruite par ses habitants, sorte de célébration rituelle (on pense à l’Oresteïa de Xenakis) que Scelsi compose en 1966.

Le mystère demeure avec les dernières images qui interpellent … montrant l’arrachage un rien brutal – au vu de la conception très esthétisante du film – du palmier qui semblait, depuis le début, avoir recueilli l’âme de Scelsi.

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