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Le trio Rondeau-Chemirani-Dunford à Montpellier entre Orient et Occident

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Montpellier. Opéra Comédie. 2-II-2019. Musiques improvisées sur des thèmes de Keyvan Chemirani (né en 1968), Robert de Visée (1650-1725), Bernardo Storace (1637-1707), Henry Purcell (1659-1695), Antonio Soler (1729-1783), Johannes Hieronymus Kapsberger (1580-1651), Joan Dalza (14..-1508). Jasmin Toccata : Jean Rondeau, clavecin ; Thomas Dunford, archiluth ; Keyvan Chemirani, zarb, santour et direction

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Les trois musiciens étaient réunis sur le plateau de l’Opéra Comédie à Montpellier dans un programme quasi improvisé, mêlé de musiques baroques occidentales et orientales ancestrales. Leur trio Jasmin Toccata mélange ainsi instruments, rythmes et mélodies de ces différentes cultures, par une approche inédite en un discours séduisant et savamment orchestré.

Le mélange des genres musicaux, cela n’est pas nouveau, beaucoup d’artistes s’y sont risqués avec plus au moins de réussite. Le nom même de ce trio inhabituel : Jasmin Toccata évoque à lui seul les senteurs de l’orient et la virtuosité d’une pièce de musique emblématique, inventée jadis par les italiens. Avant toute note, tout son, il est bon de remarquer le rapprochement de divers instruments : clavecin, archiluth, santour (sorte de cymbalum) et zarb (percussion iranienne), eux mêmes représentants de répertoires spécifiques. Le décor est ainsi dressé pour que le dialogue commence. Une première pièce en forme d’improvisation Faotiti où chacun se cherche, s’écoute, se répond. Ce nom exprime un cri lié au travail auquel se livrent les musiciens, ici conduits par . C’est une belle introduction à ce voyage auquel nous sommes conviés. Apparaissent ensuite des thèmes issus de la musique baroque, basses obstinées de chaconnes qui permettent, telles de solides fondations, de construire de multiples variations improvisées. On fait alors appel à , ou Bernardo Storace. Ces auteurs sont ainsi revisités à partir de leurs idées propres auxquelles se mêlent avec bonheur et comme par magie des éléments orientaux, par des rythmes propres et des gammes spécifiques.

Le clavecin de , au centre du discours, distribue par ses tessitures élargies une base solide et énergique. L’archiluth de pour sa part se distingue d’avantage par son côté mélodique souvent soutenu par des arpèges charmeurs. Le zarb, percussions aux multiples sonorités, orchestrales, entraine l’ensemble par des rythmes subtils et complexes. Les techniciens d’Opéra Comédie ont décidé de sonoriser le concert, en amplifiant les instruments aux sonorités assez discrètes et un peu justes pour remplir le grand espace de la salle. Les oreilles des musiciens et du public mettront un peu de temps à prendre leurs marques, les haut parleurs situés sur les côtés de scène projetant un son agréable mais décalé visuellement et acoustiquement par rapport aux instruments. Curieusement ce phénomène s’estompe au cours de la soirée, nos perceptions s’habituant sans doute à cette proposition sonore. L’amplification en elle-même respecte parfaitement les timbres et les équilibres instrumentaux.

Au milieu du concert, une pièce intitulée Soudha composée par nous fait entendre en guise de surprise un instrument oriental, le santour, cymbalum d’origine persane, instrument à cordes frappées par de petites fourchettes métalliques. Ici trois instruments à cordes se fondent littéralement comme par enchantement. La précision des musiciens est diabolique, d’autant plus étonnante qu’il s’agit là de pièces quasiment improvisées d’un bout à l’autre et sans aucun support de partition visible. , issu d’une célèbre famille de musiciens conduit ses collègues du bout des doigts. se prête avec brio à ce défi par une maitrise parfaite des rythmes et des climats. , émouvant dans son jeu et ses timbres nous rappelle que le luth est aussi bien anglais qu’oriental… Ces deux musiciens ne sont d’ailleurs pas à leur première expérience d’hybridation.

À la fin, la pièce Dawar évoque un tourbillon mystique dans le souvenir des derviches tourneurs, conclusion festive d’un concert inouï et instructif. Les spectateurs conquis, rappellent les musiciens à plusieurs reprises, dont un bis très remarqué sur l’air des Sauvages de Jean-Philippe Rameau. On sort émerveillé d’un tel concert, avec ces rapprochements qui ouvrent des portes, rassemblent des mondes musicaux, où des extrêmes se rejoignent. Merci pour cette révélation, pour la joie du public, pour l’universalité de la musique…

Crédit photographique : © Bertrand Pichene-Pictoria

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