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Écouter, inventer avec Denis Dufour et l’Ensemble Furians

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Denis Dufour (né en 1953) : Stèle pour Pierre Schaeffer pour flûte, saxophone alto, clarinette basse, trompette et violoncelle ; Oriflamme pour saxophone soprano et percussion ; Duel pour deux trompettes ; Cinq formes d’appel, pour trompette et clarinette basse ; Poursuite pour violon et violoncelle ; Spiritus / Stella pour deux basses de violes. Ensemble Furians ; direction Pierre Dumoussaud. 1 CD Motus. Enregistré au conservatoire du XVIIe arrondissement de Paris en décembre 2013. Texte français/anglais. Durée : 57:00

 

dufour_ensemble_furians_motusLa fréquentation du studio électroacoustique au tout début de sa carrière de compositeur n’a pas empêché d’écrire en parallèle de la musique instrumentale, la première pratique ayant bien souvent stimulé la seconde. Pour autant, si son catalogue discographique en matière de musique acousmatique est pléthorique, c’est son premier album monographique de pièces pour ensemble qui sort aujourd’hui sous le label Motus.

Stèle pour (lors de sa création en 2013, la sortie de ce disque était déjà annoncée !) est emblématique de l’aller-retour opéré entre le studio et la partition dans le travail du compositeur. La pièce pour cinq instruments est en effet la transposition instrumentale de l’Étude aux sons animés (1958), pièce pour bande de l’inventeur de la musique concrète. L’idée est de donner à entendre, via l’instrumentarium traditionnel, une musique que certains n’auraient peut-être pas entendue autrement. C’est de la technique du montage et non de la logique du développement que relève l’écriture, qui s’attache ici à « traduire » l’aspect physique du son. Les oscillations, granulations, trames-timbres, incrustations et autres trouvailles sonores du studio s’incarnent dans la matière instrumentale, révélant des qualités plastiques souvent inouïes. Les musiciens de l’ sous la direction de en détaillent chaque figure avec une acuité virtuose.

Les six autres pièces du CD sont des duos variant d’autant les combinaisons instrumentales. Dune pour deux flûtes ( et ) qui referme l’album est la pièce la plus ancienne (1981), sorte de fantaisie aux allures serpentines dont la trajectoire se dessine au fil de l’invention. Beaucoup plus récente (2011), Poursuite pour violon et violoncelle ( et Manon Guillardot) est une musique de gestes, un fascinant théâtre de sons élaboré sur la matière ductile des cordes. « La structure, l’écriture, le caractère et l’esprit de Poursuite sont bâtis sur ceux du poème éponyme de  » (à lire dans la pochette du CD) prévient le compositeur. Le titre d’Oriflamme (2005) est tiré d’un autre poème de sur lequel Dufour élabore son duo pour saxophone soprano et percussion. Le choix des matières percutées – crépitement des peaux, brillance du carillon, résonance boisée du marimba – en rythme la narrativité. Loin de s’en tenir à la seule ligne mélodique, le saxophone tout terrain () est solidaire de cette aventure sonore où il lui arrive parfois d’assumer l’assise rythmique (slaps et bruits de clé) sous les figures de la percussion (). L’alliage fusionnel des sons multiphoniques avec le timbre du marimba projètent de somptueuses images spectrales.

Plus étrange et sombre dans sa trajectoire, Spiritus / Stella (2007) pour deux basses de violes ( et Malu Gabard) balance entre sentiment mélancolique et énergie salutaire sans nous convaincre pleinement. Duel (1990) pour deux trompettes ( et ) est une pièce pour l’apprentissage, aussi courte qu’ingénieuse. Après le délicieux bicinium (les deux voix enlacées) de l’Andante, molto rubato, le Largo nous met à l’écoute du son et de ses allures (oscillation, itération, granulation, etc.) avec les deux trompettes complices qui réamorcent à tour de rôle l’énergie. L’Allegro final et son temps pulsé est un « pas de deux » enlevé.

Éloge du son, comme toutes les pièces du programme, Cinq formes d’appel sont une autre manière, théâtrale et pleine d’humour, de solliciter l’écoute avec une trompette et une clarinette basse () : jeux d’espace dans Appel, de registres (Alerte), relais d’instruments et sons qui vacillent dans Annonce, basses carillonnantes pour Invite. Jean-Philippe Rameau (une passion chez notre compositeur) s’invite in fine dans Rappel, proposant une facétieuse version de la célèbre pièce pour clavecin Le Rappel des oiseaux dont le compositeur magnifie l’énergie et la ciselure des contours.

Inventive, solaire et fantasque, telle se révèle la musique de sous le geste engagé et réactif de l’ qui en confère l’authentique sonorité.

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