Renée Fleming et Jaap van Zweden passionnants avec l’Orchestre de Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 14-II-2019. Samuel Barber (1910-1981) : Knoxville, Summer of 1915, pour soprano et orchestre. Benjamin Britten (1913-1976) : Sinfonia da requiem. Franz Schubert (1797-1828) : Lieder orchestrés : Nacht und Träume D. 827 (orch. Reger) ; Die Forelle D. 550 (orch. Britten) ; Gretchen am Spinnrade D. 118 (orch. Reger). Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 5 en ut mineur op. 67. Renée Fleming, soprano. Orchestre de Paris, direction : Jaap van Zweden

jaap-van-zweden- cc chris-leePlus encore que la tenue du chant et l’incarnation du Knoxville de Barber par , le programme de l’ dirigé par met en avant la maîtrise d’orchestre passionnante du chef.

a fait ses adieux à l’opéra avec Der Rosenkavalier à Londres puis New-York en 2017, mais se permet encore d’apparaître en récital, comme à Bordeaux quelques jours plus tôt, ainsi que lors de courtes œuvres de concert, accompagnée à l’orchestre. Elle entre ce jeudi dans une Philharmonie complète et acquise d’avance pour interpréter le rare poème Knoxville : Summer of 1915 écrit par Barber après la Seconde Guerre mondiale sur un poème nostalgique de James Agee.

Porté à l’enregistrement par Leontyne Price et Thomas Schippers, ce poème au thème principal extrêmement touchant trouve à Paris une superbe émotion sous les mains de , d’une suavité toute adaptée. Le chef est très attentif à se servir des plus belles sonorités de l’, notamment de ses bois, dont la première clarinette et le premier basson, très importants également dans les autres pièces du concert. Avec des moyens encore très préservés quant à la justesse du chant, Renée Fleming démontre par la ligne et l’effusion des couleurs à quel point elle possède encore toutes les qualités pour porter les parfums enivrants de cet été au Tennessee mis en musique par Barber, avec une belle dynamique au centre lors des passages imagés du tramway.

Son retour après la rare Sinfonia da Requiem pour trois Lieder de Schubert, orchestrés par Reger et Britten, illustre encore plus la réserve de couleurs et l’impeccable tenue de la soprano star, avec d’abord Nacht und Träume et Die Forelle quelques peu limités par une orchestration trop décalée de l’univers schubertien, puis un Gretchen am Spinnrade d’une superbe grâce. Auparavant, la pièce orchestrale de Britten composée en 1940 développe le geste délicat et à la fois imperturbable du nouveau directeur du New York Philharmonic, ancien premier violon d’un Concertgebouw dirigé par Bernard Haitink, dont l’influence se ressent lors les parties douces, notamment au Finale de cette Sinfonia influencé par Mahler. Dans cette œuvre également ressortent les cuivres de l’orchestre français, des cors aux trombones, avec des trompettes marquantes au Dies Irae.

Plus impressionnante encore, la seconde partie du concert risquait de présenter une Symphonie n° 5 de Beethoven trop banale, même si l’enregistrement récent de l’œuvre par van Zweden et sa formation américaine bluffait à sa parution l’an passée. L’attaque préliminaire du tutti surprend autant ce soir par la capacité du chef à concentrer des cordes méconnaissables par leur puissance, effet renforcé par un effectif normalement prévu pour Bruckner ou Mahler. Cette nomenclature servira pendant les trente-cinq minutes suivantes à magnifier la symphonie, avec pour seul défaut de limiter les interventions des cors et trompettes, maintenus à deux par pupitre, quand pour le reste, la gestion des équilibres impressionne autant qu’elle fascine.

Sans jamais chercher à paraphraser les idées d’un Furtwängler (comme le tentent parfois Barenboim ou Thielemann) ni à essayer d’approcher son style de direction, Jaap van Zweden parvient cependant à traiter aussi génialement de nombreux instants. Que ce soit une mise en avant subtile des deuxièmes voix à l’Andante con moto, d’abord aux seconds violons, puis à la répétition du thème par les premiers violons ; ou un pianissimo de pizz emmenés vers l’extinction du son à la coda du troisième mouvement, pour faire exploser l’introduction du Finale à la manière de l’Empereur. Aux coups d’archets d’un tranchant et d’une netteté incroyables au second Allegro s’ajoutent un traitement pastoral extrêmement fin des soli de bois dans le premier, avec un basson transcendé et une première flûte sublime de clarté. En plus de ces nombreux détails se dévoile une ligne globale évidente pour unifier la symphonie et une parfaite gestion des équilibres, à l’image du piccolo dans le dernier mouvement, rarement maintenu aussi parfaitement dans le groupe.

Après une telle prestation, il nous semble évident que c’est vers un chef comme celui-ci que l’Orchestre de Paris devrait se tourner pour remplacer son directeur musical démissionnaire. Il faudra cependant savoir prendre le même risque que le Nederlands Symfonieorkest lorsqu’il a choisi Jaap van Zweden en 1996 ou que le Hong Kong Philharmonic en 2012 puis le New York Philharmonic en 2018, à savoir étudier les prétendants et confirmer le candidat élu exclusivement sur la base de ses qualités artistiques.

Crédit Photographique © : Chris Lee

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  • HELENE ADAM

    Extrêmement séduite également par ce concert et notamment par le choix des oeuvres et le chef….

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