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Sarah Connolly et Julius Drake au Wigmore Hall

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

London. Wigmore Hall. 15-III-2019. Alexander Zemlinsky (1871-1942) : 6 Gesänge Op. 13. Robert Schumann (1810-1856) : Gedichte der Königin Maria Stuart Op. 135 (Avec des extraits du Mary Stuart de Friedrich Schiller dans une adaptation de Robert Icke). Dominick Argento (1927-2019) : From the Diary of Virginia Woolf (Avec des textes de A Music of One’s Own de Kate Kennedy). Dame Sarah Connolly, mezzo-soprano ; Julius Drake, piano ; Emily Berrington, actrice

Sarah_Connolly cc Christopher Pledger Dans la splendide acoustique du Wigmore Hall, Dame tient d’une ligne de chant droite et avec un art de la diction remarquable des cycles de lieder de Zemlinsky, Schumann et Argento. Le piano de accompagne parfaitement les deux premiers, déconcentré au dernier par l’interruption de chaque chant avec un texte lu par l’actrice Emily Berrington.

et entrent sur la petite scène du Wigmore Hall pour trois cycles de lieder, dont seul celui de Zemlinsky est joué sans interruption. Dès le premier des Sechs Gesänge, Die Drei Schwester (Les trois sœurs), la voix inaltérée de la mezzo-soprano développe l’ouvrage viennois avec une superbe intelligence. La première phrase, Die Drei Schwestern wollten sterben (Les trois sœurs ont voulu mourir), répétée trois fois pendant le lied, trouve un véritable impact grâce au poids inséré dans chaque mot. Le piano sombre de Julius Drake s’accorde parfaitement à la vision de Connolly, encore plus profond ensuite dans la tonalité en Fa dièse mineur du deuxième lied, surtout sous les mots conclusifs Wollten ihr Schicksal finden. Les accords transparents rendent sublime le quatrième, Als ihr Geliebter schied, là encore porté puissamment par la voix, superbe de clarté et de mystère jusqu’au sixième chant, Sie kam zum Schloß gegangen.

Le retour sur scène dans l’acoustique fascinante du Wigmore Hall, idéale par la chaleur et le détail qu’elle prodigue, est accompagné de l’actrice Emily Berrington. Idée musicologique mal adaptée ou effet de mode consistant à penser qu’un cycle de lieder ne se suffit plus à lui-même et doit être expliqué par des textes ou des images ? On a décidé ici d’accoler à chacun des Gedichte der Königin Maria Stuart de un extrait du Marie Stuart de Schiller, traduit en anglais par Robert Icke. Au sujet près, le rapport est pourtant lointain entre le texte de Schiller et les poèmes utilisés par Schumann, découverts dans un journal par Clara dans une traduction de Gisbert Freiherr von Vincke et dont seul un est aujourd’hui authentifié comme étant de la main de Marie Stuart, Abschied von der Welt (L’Adieu au Monde). Après chaque lied, évidemment chanté en allemand par Connolly, avec le léger accent qu’on lui connaît, un texte en anglais rompt le rythme et la musique, malgré la lecture dynamique d’Emily Berrington.

Dominick ArgentoPrix Pulitzer en 1975, From the Diary of Virginia Woolf de était programmé depuis le début de saison ; le compositeur est décédé trois semaines avant cette représentation, le 20 février dernier, à l’âge de quatre-vingt onze ans. Le retour d’entracte retrouve le même parti-pris de coupures de la musique par des textes lus (de Kate Kennedy), aggravé par le fait que l’œuvre musicale dure à elle seule une quarantaine de minutes, et ne possède pas le génie d’écriture de Schumann. Elle dépasse maintenant une heure et vingt minutes avec les interruptions, pour un style de la fin du romantisme mâtiné d’accords dissonants à la modernité proche de celle du jeune Webern soixante-dix ans plus tôt. Rien d’impérissable donc, mais une belle musique tout de même, dont la partie de piano présente quelques difficultés pour Julius Drake. Le pianiste est visiblement perturbé de ne pouvoir rester concentré plus de cinq minutes environ, puisqu’il doit laisser chaque fois l’actrice lire autant de temps un extrait de textes de l’écrivaine autour de sa vie musicale. La voix et le style de Connolly s’accordent à merveille aux chants en anglais, mais il est difficile pour elle comme pour l’audience de rester absorbés sur la musique et ses parties poignantes comme War, June 1940 ou Last Entry, March 1941, quand auparavant vient d’être lu un extrait amusant d’une découverte d’un quatuor de Beethoven ou d’un voyage à Bayreuth.

Fasciné une fois encore par l’acoustique du lieu et par la qualité des artistes de ce récital, nous ne pouvons que regretter l’accolage de textes lus à ceux chantés, et de n’avoir pu profiter plus purement de la musique.

Crédits Photo : Argento © Joel Larson ; Sarah Connolly © Christopher Pledger

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