Bernard Haitink dirige le LSO à la Philharmonie de Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 18-III-2019. Antonin Dvořák (1841-1904) : Concerto pour violon et orchestre en la mineur op. 51 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Isabelle Faust, violon. Sally Matthews, soprano. London Symphony Orchestra, direction : Bernard Haitink

CSO131031_050f-Todd-RosenbergPour son 90e anniversaire offre une lecture captivante et bouleversante de la Symphonie n° 4 de .

revient aujourd’hui à Paris en compagnie du , lors d’un concert unique dont le programme (hélas sans grande originalité !) apparie le Concerto pour violon de Dvořák, joué par en soliste, et la Symphonie n° 4 de Mahler.

Le Concerto pour violon de Dvořák, composé entre 1880 et 1882, plusieurs fois révisé, dédié au violoniste Joseph Joachim (qui jamais ne l’interpréta !) s’inscrit dans la période dite slave du compositeur, faisant la part belle à la ligne mélodique, au folklore bohémien et à la virtuosité violonistique. Isabelle Faut nous en donne une interprétation de belle facture, sans développer toutefois beaucoup d’émotion. L’Allegro initial déçoit, par une mise en place approximative, par l’équilibre des parties qui semble assez précaire, par la sonorité un peu rêche du violon et un jeu par trop rigide. En revanche, l’Adagio central révèle toute sa beauté et sa poésie sous l’archet de la violoniste et renoue avec l’esprit de l’œuvre dans un dialogue complice avec les vents remarquables de la phalange londonienne. Le Finale achève de nous laisser sur une impression favorable par l’étincelante virtuosité de la soliste qui n’hésite pas à souligner le trait dans un climat jubilatoire et dansant qui emporte définitivement l’adhésion. Un magnifique bis emprunté à Ysaÿe conclut cette première partie.

Mais le moment inoubliable de cette soirée restera indiscutablement la magistrale et très émouvante interprétation de la Symphonie n° 4 de . Une intense émotion faite d’empathie pour ce chef légendaire qui se déplace difficilement à petits pas mesurés vers le pupitre, mais surtout due à son exceptionnelle science de la direction qui force l’admiration et le respect.

Donnée très récemment dans cette même salle par Valery Gergiev et les Münchner Philharmoniker, la Symphonie n° 4 apparaît, ce soir, sous un nouveau jour. Là où le chef russe accentuait le contraste et l’ambiguïté de la partition, Bernard Haitink, a contrario, en arrondit les angles pour en faire un chant de joie, serein, une lente progression vers la Lumière menée sur un tempo opulent. Le premier mouvement « circonspect, sans presser » dégage d’emblée une poésie pleine de nuances dans un hymne à l’innocence enfantine soutenu par un phrasé délicat et élégant où se distinguent une petite harmonie de haute volée (flûte de Gareth Davies) et le cor juste et rond de Katy Wooley. Tout ici n’est que clarté dans une lecture très analytique exaltant tous les détails de la riche orchestration mahlérienne, sans sacrifier toutefois à la continuité, ni à la tension du discours. Le Scherzo « dans un mouvement modéré et sans hâte » est, ce soir, abordé de manière originale, comme une danse satanique certes, mais curieusement conduite de façon très mélodique, nullement effrayante, plus débonnaire que menaçante, menée par le violon solo désaccordé de George Tudorache. L’Adagio « tranquille » nous porte, quant à lui, sur des sommets d’émotion, dans un pur moment de grâce, annoncé par la splendide cantilène des violoncelles soutenue par les pizzicati véhéments des contrebasses et le chant plaintif du hautbois d’ ; avant que les cuivres, irréprochables de bout en bout, ne conduisent vers le climax dans un crescendo saisissant, conduit de main de maître par le chef. Les portes du Paradis s’ouvrent, alors, au son de la douce clarinette de Chris Richards avant que n’entame « Das himmlische Leben ». Une Vie céleste saisissante par la qualité de son chant, par son implication scénique, par la beauté de son timbre, par sa puissance et la longueur de son souffle.

Mahler confiait à Nathalie Bauer-Lechner ce commentaire concernant la Symphonie n° 4 : « Le bleu uniforme du ciel est bien plus difficile à rendre que toutes les teintes contrastées et changeantes… ». Ce soir, Bernard Haitink a réussi, et avec quel éclat, ce difficile pari.

Crédit photographique : Bernard Haitink © Todd Rosenberg

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  • Michel LONCIN

    La Quatrième symphonie est probablement l’œuvre la plus difficile à interpréter de Gustav Mahler … Car, de ce « bleu uniforme du ciel », les ambiguïtés ne manquent pas … à commencer par le pseudo « retour à Haydn » du premier mouvement qui a tant « choqué » les contemporains non plus que le Scherzo en forme de Ländler où « Freund Hain, le violoneux, joue pour la danse; la mort gratte bizarrement son violon et nous mène là haut vers le ciel ». Quant au divin Adagio … comment ne pas penser à l’analogie que Mahler établissait entre le « sourire de Sainte Ursule, la plus sérieuse de toutes les Saintes » … ce sourire ressemblant à celui des gisants des tombes anciennes, « les mains croisées sur la poitrine, avec cette expression sereine et douce de ceux qui ont conquis la suprême félicité » (soit, toujours la MORT en arrière plan !) ET le visage de sa propre mère, « souriant à travers les larmes » … elle qui savait « racheter toutes les souffrances par l’amour » ? Quant au Finale, avant l’ineffable Mi Majeur ultime, il nous parle AUSSI de l’au-delà … Plus tard, Mahler comparera « inexplicablement » sa Neuvième avec, précisément, cette Quatrième … C’est que la MORT participe à leur commune inspiration et que le mysticisme de l’Adagio final se situe .. encore plus « LOIN » que le lied final de la Quatrième …

    S’agissant du concerto pour violon de Dvorak … boudé par son dédicataire Joachim … signalons que ce dernier n’en était pas à cela près puisqu’il porte la responsabilité (avec Clara Schumann et Brahms) du REJET de l’extraordinaire concerto pour violon de Robert Schumann dont Isabelle Faust s’est également fait une spécialité …

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