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Nouvelle approche du Clavier bien tempéré par Cédric Pescia

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Le clavier bien tempéré. Intégrale des livres I et II (BWV 846 à 893). Cédric Pescia, piano. 4 CDs La dolce volta. Enregistrés en avril et août 2017 à Reitstadl (Allemagne). Livret en français, anglais, allemand et chinois. Durée totale : 4:23:18

 

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Dans les deux grands cahiers du Clavier bien tempéré, chef-d’œuvre absolu de pour ce type d’instrument, propose au piano une vision fédératrice de diverses approches du passé dont il reconnait l’inspiration. 

Le livret de cet album propose une interview passionnante de l’artiste à propos de Bach, de l’œuvre et de l’utilisation du piano moderne. Historiquement informé, l’artiste a côtoyé Andreas Staier autour du clavecin et du clavicorde. Fidèle à son instrument, le piano, n’écarte pas pour autant la possibilité d’inclure une part du jeu spécifique aux instruments anciens afin d’en améliorer son discours et le rendre plus lisible. On le perçoit par exemple dans le Prélude en si mineur du Premier livre où les basses, par un toucher particulier deviennent distinctes note à note. Une autre caractéristique de cette version est l’accord du piano selon un tempérament inégal. Voilà une démarche originale et bien rare au piano, à l’inverse du clavecin où cela se pratique couramment. Le terme même de Clavier bien tempéré choisi par Bach ne signifie pas que le clavier soit forcément accordé au tempérament dit égal, avec des demi-tons tous identiques, mais plutôt « agréablement tempéré » où l’on imagine chaque tonalité avec une couleur propre. Comme sur les orgues anciens, la tonalité de sol majeur sera lumineuse alors que celle de si mineur sera perçue comme plus sombre. De nombreuses recherches ont essayé de retrouver ce que Bach souhaitait vraiment dans ce domaine, jusqu’à analyser les volutes dessinées sur la première page du manuscrit de ce cycle et qui seraient peut-être la solution de l’énigme.

Il faut se plonger dans l’écoute de ces Préludes et fugues avec concentration pour en saisir toute leur structure, leurs spécificités, chacun devenant un microcosme unique ne ressemblant en rien à son voisin. Le Premier livre semble plus abordable à l’écoute, plus familier à nos oreilles, sans doute parce que plus joué que le deuxième cycle, assurément plus savant. Certains, comme le Prélude en la mineur BWV 889 deviennent musique atonale, de plus libérée de tout rythme contraignant. Le piano est à même de développer une quantité de couleurs et de climats, instrument idéal en apparence, n’occultant pas pour autant les versions sur instruments anciens, à cordes ou à tuyaux.

Le piano choisi est un Steinway des années 80 de la fameuse série D, celui-là même utilisé par András Schiff pour ses propres enregistrements, instrument remarqué par Cédric Pescia et présentant de belles qualités de cantabile. Cet aspect se retrouve tout au long du coffret de manière sensible. Bien sûr la concurrence est rude dans une volumineuse discographie où brillent déjà de nombreuses étoiles. Pour autant, Cédric Pescia occupe désormais au sein des versions récentes une place de choix, lui qui a su révéler au travers de cette musique sublime son propre chant intérieur.

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