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L’enfant et les sortilèges, l’enfance à la fête à Clermont

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Clermont-Ferrand. Opéra-Théâtre. 22-III-2019. Maurice Ravel (1875-1937) : L’enfant et les sortilèges, fantaisie lyrique en deux parties sur un livret de Colette. Mise en scène : Bénédicte Budan. Scénographie et costumes : Luca Antonucci. Lumières : Maurizio Montobbio. Chorégraphies : Philippe Cheloudiakoff et Solange Cellé. Avec : Clémence Olivier, l’Enfant ; Elena Rakova, La Mère, le Pâtre, la Libellule ; Vincent Billier, Le Fauteuil, l’Arbre ; Elisa Doughty, La Bergère, La Pastourelle, la Chauve-souris ; Benoît Gadel, L’Horloge, le Chat ; Isabelle Philippe, Le Feu, la Princesse, le Rossignol ; Anthony Lo Papa, la Théière, l’Arithmétique, la Rainette ; Elise Bédènes, la Tasse chinoise, la Chatte, l’Ecureuil. Circassiens : Jonathan Charlet, Alexandra Schmitz, Yamil Falvella. Chœurs et danseurs : élèves du Conservatoire Emmanuel Chabrier. Edwige Herchenroder et Nicolas Meyer, piano à quatre mains. Renaud Charles, flûtes. Alice Picaud, violoncelle

enfant_et_les_sortileges_copyright_patrick_daninoPari risqué à chaque étape de la tournée de Jeune Opéra de France qui a conçu un spectacle intégrant pleinement les enfants de chaque ville où L’Enfant et les sortilèges est joué. A Clermont-Ferrand, avec les élèves du Conservatoire Emmanuel Chabrier, le pari est gagné.

L’Enfant mis en scène par et Colette, apprend dans ce conte initiatique que toute chose a ses conséquences. Quoi de mieux que ce petit « opéra miniature » de quarante-cinq minutes pour une première à l’Opéra, que ce soit en salle ou sur scène. A Clermont comme ailleurs, les enfants répondent toujours présents.

Cette production choisit de débuter par « un lever de rideau » d’une trentaine de minutes dans une ambiance de music-hall en parfaite cohérence avec l’œuvre à venir. Entre pastiche et caricature, comme dans l’opéra de Ravel, une fantaisie lyrique s’opère autour du Boléro et du charisme envoûtant d’une danseuse de flamenco. D’abord exécutée par les quatre musiciens en fosse (un piano à quatre mains, un flûtiste et une violoncelliste), la célèbre partition est ensuite reprise par les chanteurs qui font éclater de rire petits et grands grâce à une version pittoresque et bien amenée. Pour cela, un rideau rouge en toile de fond et un brin d’humour pour les artistes. Une enfant à la baguette, et voilà que le rideau rouge prend vie avec l’apparition de quinze petits choristes du Conservatoire de la ville pour le Chant des Questions de Jean-Luc Degioanni (musique) et Hubert Humeau (livret) écrit pour l’occasion et parfaitement exécuté. Ce prélude prépare judicieusement les petits spectateurs d’un soir à l’inventivité du chef-d’œuvre de Ravel.

Bénédicte Budan aborde l’ouvrage exactement de la même manière en soulignant la construction « en numéros » de la première partie ou chaque meuble ou objet de la chambre de l’Enfant a son petit moment de gloire. Les couleurs vives des costumes particulièrement féeriques par leur aspect graphique très marqué, calibrent bien l’espace nu d’une chambre d’enfant qui se devine. La mise en scène choisie pour la première partie évoque une scène circulaire de cirque où circassiens et chanteurs s’exhibent, avant d’évoluer dans un jardin disproportionné et inquiétant où les animaux sont presque aussi grands que le petit héros dont on aperçoit sa maison identique à une maison de poupée. La poésie et l’étrange sont bien là, et cela même si l’ouvrage de Ravel est difficile à mettre en scène.

Les élèves du Conservatoire font partie prenante du spectacle en constituant un chœur et un ballet d’enfants présents sur scène à plusieurs reprises. Grenouilles ou petits sujets de l’Arithmétique, le travail minutieux de préparation permet une prestation de ses jeunes apprentis sans faiblesse apparente. Les placements sont précis, les gestes sûrs et les voix directes et affirmées. Autour d’eux, la magie opère avec Clémence Olivier en chef de file, convaincante dans le rôle de l’Enfant tant par sa musicalité que son naturel, n’hésitant pas à assurer des figures aériennes pour affirmer l’étrange poésie de ce qui l’entoure. Comme dans l’ouvrage original, les chanteurs interprètent différents rôles. Elena Rakova (La Mère, le Pâtre, la Libellule) manque quelque peu de projection alors que (Le Fauteuil, l’Arbre) affirme au contraire un chant énergique. La précision rythmique en contretemps du dérèglement maniaque de Benoît Gadel (L’Horloge, le Chat) répond aux vocalises virevoltantes et lyriques d’Isabelle Philippe (Le Feu, la Princesse, le Rossignol). En Théière et en Tasse chinoise, Anthony Lo Papa (aussi L’Arithmétique et la Rainette) et Elise Bédénes (aussi la Chatte et L’Écureuil) s’adaptent avec un beau naturel aux différents styles qu’ils ont à défendre, entre sonorités jazz et rythme du frox-trot.

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En fosse, l’adaptation de n’a plus rien à démontrer alors que seuls quatre instrumentistes sont présents. Entendue à Rochefort en 2018, mais aussi au Théâtre de l’Athénée en 2007 et au festival d’Aix-en-Provence en 2012, cette approche intimiste joue judicieusement de sonorités bien distinctes sans que la musique de Ravel en pâtisse. Une soirée qui fusionne la musique, le chant, le théâtre, la danse et les arts du cirque, mais aussi et surtout la nouvelle génération à un genre de plusieurs siècles. Quoi de mieux pour une soirée à l’Opéra.

Crédits photographiques : © Patrick Danino

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Clermont-Ferrand. Opéra-Théâtre. 22-III-2019. Maurice Ravel (1875-1937) : L’enfant et les sortilèges, fantaisie lyrique en deux parties sur un livret de Colette. Mise en scène : Bénédicte Budan. Scénographie et costumes : Luca Antonucci. Lumières : Maurizio Montobbio. Chorégraphies : Philippe Cheloudiakoff et Solange Cellé. Avec : Clémence Olivier, l’Enfant ; Elena Rakova, La Mère, le Pâtre, la Libellule ; Vincent Billier, Le Fauteuil, l’Arbre ; Elisa Doughty, La Bergère, La Pastourelle, la Chauve-souris ; Benoît Gadel, L’Horloge, le Chat ; Isabelle Philippe, Le Feu, la Princesse, le Rossignol ; Anthony Lo Papa, la Théière, l’Arithmétique, la Rainette ; Elise Bédènes, la Tasse chinoise, la Chatte, l’Ecureuil. Circassiens : Jonathan Charlet, Alexandra Schmitz, Yamil Falvella. Chœurs et danseurs : élèves du Conservatoire Emmanuel Chabrier. Edwige Herchenroder et Nicolas Meyer, piano à quatre mains. Renaud Charles, flûtes. Alice Picaud, violoncelle

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