InAlto sur les hauteurs de la spiritualité baroque à Rome

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Œuvres d’Emilio de’ Cavalieri (1550-1602), Paolo Quagliati (c.1555-1628), Giovanni Franceso Anerio (1569-1630), Francisco Soto de Langa (1534-1619), Giovanni de Macque (1550-1614), Antonio Cifra (c.1584-1629), Luca Marenzio (1553-1599), Paolo Animuccia (?-1563), Girolamo Frescobaldi (1683-1643). Ensemble InAlto. 1 CD Ricercar. Enregistré en janvier 2018 (Trevi) et septembre 2018 (Belgique). Durée: 01:12:15

 

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teatro spirituale ricercarAprès deux enregistrements remarqués, le premier consacré à Schein et le second à Schütz et ses contemporains, c’est vers l’Italie du début du XVIIe siècle que se tourne le jeune ensemble belge InAlto conduit par le cornettiste , démarche initiée dans son précédent opus, Un cornetto a Roma, paru chez Passacaille en 2017.

Le programme de ce disque est construit comme une succession d’exercices spirituels autour du thème de la pénitence, sur le modèle des psaumes entendus dans les cercles oratoriens à Rome dans les premières années du XVIIe siècle. Fondée par Philippe de Neri à la fin du XVIe siècle, la congrégation de l’Oratoire a joué un rôle important dans la diffusion des idées de la Contre-Réforme catholique. La musique a très vite été primordiale au cœur de la spiritualité oratorienne, transformant ses réunions de prière en une prédication en musique, faisant la part belle à l’expression de l’introspection. C’est ce qu’illustre magnifiquement ce programme très bien pensé. Composés dans le style du recitar cantando, les psaumes anonymes présents dans cet enregistrement, confiés à la voix soliste de soprano et à celle de ténor, sont d’une extraordinaire intensité expressive. Les inventions chromatiques et les enchaînements harmoniques audacieux rappellent l’écriture de Cavalieri. Les voix amples et bien timbrées d’ et de y font merveille. On est particulièrement ému à l’écoute du De profondis qui ouvre cet enregistrement, où la voix de soprano semble trouver au plus profond de l’âme les élans qui implorent son Créateur. Il en est de même dans le Miserere qui culmine comme un sommet d’expressivité au centre du programme. L’importance donnée au texte, servi par une diction parfaite, est sublimée par un sens des couleurs particulièrement soigné. Ainsi, le continuo, qui fait alterner orgue et clavecin alliés au théorbe, soutient les affects des voix avec beaucoup de sensibilité.

Autour de ces psaumes, a imaginé un écrin de pièces vocales et instrumentales de compositeurs de la même époque, comme autant d’exercices spirituels propres à l’élévation des sens et de l’esprit. Un quatuor vocal alterne avec un quatuor de sacqueboutes pour nous entraîner dans les dédales polyphoniques d’une méditation musicale de haut vol. Deux pièces jouées sur l’orgue Renaissance (1509) de l’église San Francesco de Trevi ponctuent judicieusement le programme. On peut toutefois regretter une prise de son trop proche des tuyaux de l’orgue, qui favorise la restitution des bruits de mécanique au détriment de la réverbération naturelle du lieu, particulièrement dans la Toccata pour l’élévation de Frescobaldi. Quant au cornet de Lambert Colson qui survole ce programme tel un vol d’anges, il nous fait entrevoir ce qu’il y a au-delà des cieux.

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