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À Turin, La Sonnambula endort

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Turin. Teatro Regio. 14-IV-2019. Vincenzo Bellini (1801-1835) : La Sonnambula, opéra en deux actes sur un livret de Felice Romani d’après la comédie-vaudevile « La Somnambule » d’Eugène Scribe et Germain Delavigne. Mise en scène : Mauro Avogadro. Décors : Giacomo Andrico. Costumes : Giovanna Buzzi. Lumières : Andrea Anfossi. Avec : Ekaterina Sadovnikova, Amina ; Antonino Siragusa, Elvino ; Nicola Ulivieri, Il conte Rodolfo ; Nicole Brandolino, Teresa ; Daniela Cappiello, Lisa ; Gabriele Ribis, Alessio ; Alejandro Escobar, Un notaro. Orchestre et Chœur du Teatro Regio de Turin (chef de chœur : Andrea Secchi), direction : Renato Balsadonna

La sonnambula.01En reprenant, sans la rénover, une mise en scène vieille de vingt ans, la production de La Sonnambula de au Teatro Regio de Turin déçoit.

On fait du vieux avec du… vieux. Ainsi pourrait se résumer La Sonnambula de Bellini présentée au Teatro Regio de Turin. En effet, cette production n’est qu’un copié-collé du spectacle donné dans ce même théâtre en septembre 1998. Est-ce par souci d’économies qu’on a gardé tout ce qui avait été montré alors ? Tout, y compris ce qu’il aurait été logique et sensé de revoir. À l’exemple de ces membres du chœur s’asseyant (par terre) et se relevant (sans véritable raison) tous en même temps. Comme un seul homme, plus sur une note que sur l’injonction d’une idée scénique, théâtrale ou musicale. Ou encore ce carrosse et son cocher haut-perché traînés précautionneusement sur scène par le personnel de coulisse ? Malgré quelques beaux éclairages () et quelques jolies scènes se déroulant en fond de décor, alors que celles se déroulant sur le devant sont désespérément vides et statiques, il faut croire que le metteur en scène est grandement satisfait de son travail d’il y a vingt ans. Sinon, il aurait revu ses mouvements de foule caricaturaux. Ou encore, ne pouvant s’offrir le cheval, il aurait évité le carrosse.

Fort de l’indigence de la mise en scène, de l’absence de direction d’acteurs et de la pâle monochromie des costumes du XIXe siècle, on aurait pu s’éprendre de la musique. Hélas ! Dans la fosse, le chef fait peine à voir devant l’Orchestre du Teatro Regio. Dirigeant sans nerfs, sans dynamisme, il se fait l’accompagnateur des chanteurs plutôt que leur guide, leur moteur. Tout est étouffé dans l’œuf, dans une discrétion sonore si probante que, parfois, on n’entend plus l’orchestre au-delà du cinquième rang !

Restent les chanteurs. Encore que… Parce qu’avec sa relativement petite voix, la soprano (Amina) ne convainc pas là où une Maria Callas, une Joan Sutherland, une Renata Scotto, une June Anderson, une Edita Gruberova ou encore, plus près de nous, une Eva Mei ou une Natalie Dessay ont fait la gloire de ce personnage. Certes, la soprano russe possède une fort jolie voix, mais elle en montre rapidement les limites techniques lorsque, dans ses vocalises, elle contraint l’orchestre à ralentir. On frôle l’endormissement. Lors de la production de La Sonnambula à Lausanne en février 2018, ou de L’Italiana in Algeri de Rossini au Théâtre des Champs-Élysées en juin dernier, le ténor (Elvino) laissait apparaître quelques difficultés d’émission. Aujourd’hui, le problème persiste. Plus à même de chanter pianissimo, il envoie ses aigus en force en les serrant dans le haut du masque, leur donnant une couleur nasale. À leurs côtés, le baryton (Comte Rodolfo) tente d’élever le niveau interprétatif de cette intrigue mal racontée en offrant son métier, son excellente diction, son noble phrasé.

Des autres protagonistes, on retiendra la prestation de la mezzo-soprano (Teresa) dont l’implication vocale et théâtrale apporte un moment d’agréable authenticité dans cet univers fabriqué tournant autour des premiers rôles. De même, on aurait aimé que la soprano Daniela Cappiello (Lisa) use de la clarté de sa voix pour construire un personnage plutôt que de nous en faire apprécier la qualité.

Quand bien même le chœur du Teatro Regio est le meilleur élément du plateau, il impressionne moins qu’à son habitude, probablement anesthésié, comme l’orchestre, par la molle direction de Renato Basadonna.

Crédit photographique : Edoardo Piva © Teatro Regio Torino

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Turin. Teatro Regio. 14-IV-2019. Vincenzo Bellini (1801-1835) : La Sonnambula, opéra en deux actes sur un livret de Felice Romani d’après la comédie-vaudevile « La Somnambule » d’Eugène Scribe et Germain Delavigne. Mise en scène : Mauro Avogadro. Décors : Giacomo Andrico. Costumes : Giovanna Buzzi. Lumières : Andrea Anfossi. Avec : Ekaterina Sadovnikova, Amina ; Antonino Siragusa, Elvino ; Nicola Ulivieri, Il conte Rodolfo ; Nicole Brandolino, Teresa ; Daniela Cappiello, Lisa ; Gabriele Ribis, Alessio ; Alejandro Escobar, Un notaro. Orchestre et Chœur du Teatro Regio de Turin (chef de chœur : Andrea Secchi), direction : Renato Balsadonna

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