Une Italienne à Alger de haute volée au TCE avec Marianna Pizzolato

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 22-VI-2018. Gioachino Rossini (1792-1868) : l’Italiana in Algeri, opéra-bouffe en deux actes (1813) sur un livret d’Angelo Anelli. Version de concert. Avec : Marianna Pizzolato (Isabella) ; Lavinia Bini (Elvira) ; Carlo Lepore (Mustafa) ; Antonino Siragusa (Lindoro) ; Roberto De Candia (Taddeo) ; Cecilia Molinari (Zulma) ; Andrea Vincenzo Bonsignore (Haly). Chœur du Teatro Communale di Bologna ; Orchestre du Teatro Communale di Bologna, direction : Michele Mariotti.

Pizzolato_02gLe Teatro Communale di Bologna avait rassemblé ses forces musicales au grand complet avenue Montaigne, sous la direction de son directeur musical , pour cette Italienne à Alger. Donnée en version de concert, elle comble toutes les attentes des lyricomanes parisiens grâce à une distribution vocale irréprochable.

Premier opéra-bouffe (dramma giocoso) de Rossini, L’Italienne à Alger, est une œuvre éruptive, savant mélange parodique d’opéra seria et d’esprit buffa, où la folie musicale emporte tout sur son passage, trouvant son apogée dans l’étonnant final de l’acte I et ses extravagantes onomatopées… « Folie organisée et complète » d’après Stendhal : tout ici, musique et livret, est prétexte au rire et à la farce.

Mustafa, bey d’Alger, ne veut plus de son épouse Elvira qu’il compte faire épouser par son esclave italien, Lindoro. Celui-ci ne pense, en revanche, qu’à s’évader afin de retrouver sa fiancée Isabella, laissée en Italie. Par miracle, un naufrage amène sur les rives d’Alger, la fameuse Isabella, très attendue par Lindoro, bien sûr, mais également par Mustafa… Laissant croire à Mustafa qu’il l’a conquise, Isabella se joue de lui, l’honorant du titre de « Pappataci » (« Mange et tais-toi »), exalte le patriotisme des marins italiens et parvient à quitter Alger avec son fiancé retrouvé, laissant Mustafa, beau joueur, promettant fidélité à son épouse Elvira, et refusant dorénavant tout commerce avec une italienne !

et l’Orchestre de Bologne connaissent leur Rossini sur le bout des doigts, soucieux de respecter les équilibres avec les chanteurs. Point d’exubérance outrancière dans la direction du chef italien, mais un constant souci de valoriser les joyaux vocaux de la partition par une mise en place et une complicité exemplaires, dans les nombreux ensembles notamment. Usant de beaucoup de nuances et de couleurs, l’accompagnement orchestral sait rendre compte de l’orchestration riche en faisant valoir toutes les interventions, essentielles, des vents, cors et petite harmonie (flûte et clarinette).

Bel canto oblige, c’est assurément dans la qualité de la distribution vocale que réside tout l’intérêt de cette version de concert, et tout particulièrement dans l’interprétation éclatante de en Isabella. Puissance d’émission, souplesse de la ligne, technique irréprochable dans les roulades et vocalises, legato sublime, et tessiture étendue caractérisent une vocalité qui culmine dans le « Cruda sorte » du premier acte et le « Per lui che adoro » du second. Pour lui répondre, (Mustafa) ne démérite pas : son entrée sur des vocalises lourdes et pâteuses « Gia d’insolito ardore » parodiant l’opera seria est un modèle de bouffonnerie. campe un Taddeo parfaitement convaincant, tant vocalement que scéniquement. En revanche, (Lindoro) déçoit par son timbre nasal et ses aigus forcés. Malgré la discrétion de leurs interventions (Elvira), (Zulma) et (Haly) séduisent, tout comme l’excellent chœur de Bologne.

Crédit photographique : © Felix Broede

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