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Robin Ticciati impose un Bruckner très personnel

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 6 en la majeur. Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, direction : Robin Ticciati. 1 CD Linn. Enregistré à la Philharmonie de Berlin en février 2018. Notice en anglais et en allemand. Durée : 51:30

 

Bruckner 6 TicciatiUne énergie débordante, un sens des contrastes et des couleurs, voilà quelques qualités réunies sous la baguette de Ticciati dans cette étonnante Symphonie en la majeur de Bruckner.

Directeur musical du Deutsches Symphonie-Orchester depuis deux ans, enregistre pour la première fois une symphonie de Bruckner (il grava fort bien, pour le label Tudor, la Messe n° 3 avec le Symphonique de Bamberg). Est-ce le prélude à une intégrale ? Un tel défi débuterait de manière originale par la symphonie probablement la plus sous-estimée sinon la plus mal-aimée du cycle. Pour autant, le legs discographique déjà conséquent de Ticciati témoigne de prises de risques constants. En effet, son engagement pour l’œuvre de Berlioz, ses intégrales des symphonies de Schumann et de Brahms ont montré qu’il savait animer avec tempérament, le répertoire romantique et postromantique.

Dans l’œuvre de Bruckner, le chef témoigne d’un goût sûr pour les changements d’atmosphères radicaux et la maîtrise du discours. Son interprétation joue de la multitude des contrastes dynamiques et rythmiques. Elle serait presque schumanienne tant elle est mouvante en comparaison de la grandeur granitique des versions de Klemperer, Jochum et Karajan. Il est vrai, aussi, que l’expression de la foi exprimée dans la Symphonie n° 5 et la pureté mystique de la Symphonie n° 7 est moins patente dans cette symphonie. La volonté de Ticciati est d’animer sans cesse, de relancer le discours au risque de saturer l’auditeur par la profusion d’idées. Par contraste, l’adagio très solennel apparaît, ici, presque insipide. Que faire d’une telle “offrande à Dieu” quand on ne s’appelle ni Celibidache, ni Wand et que l’on a choisi des tempi parmi les plus rapides de la discographie ?

C’est à Mendelssohn que l’on songe dans le scherzo, dont l’énergie si vive sous la baguette du chef tend à s’éparpiller. L’orchestre tient bon et les cuivres superbes portent ce mouvement d’inspiration fantasmagorique et qui pose nombre de problèmes aux interprètes confrontés à une polyphonie aussi insaisissable. Le présent finale est le plus réussi des quatre mouvements. Les superpositions de thèmes, les modulations harmoniques, les ruptures de climats sont assemblées dans un même élan et un sens juste des proportions.

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  • Michel LONCIN

    51’31 » … c’est cinq à six minutes plus rapides que la « normale » … soit … une évidente ERREUR de conception d’un tempo brucknérien lui-même sujet à controverse (Celibidache) mais qui n’est CERTAINEMENT PAS orienté vers la rapidité (voir les indications, pourtant TRES claires du compositeur : 1. « Majestoso » – 2. Adagio sehr feierlich – 3. Scherzo nicht zu schnell – 4. Finale bewegt nicht zu schnell …) Alors … une intégrale par ce directeur musical … Il faudra que Robin Ticciati pratique de l’auto critique avant de « mériter » de diriger Bruckner !!!

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