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Le Chant de la nuit sans mauvais rêve d’Ivan Fischer

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 7. Budapest Festival Orchestra, Ivan Fischer, direction. 1 CD Channel Classics. Enregistré au Palais des Arts de Budapest en septembre 2015. Notice en anglais, allemand et français. Durée totale : 75:17

 

Mahler 7 FischerClarté, luxe et volupté… Telle semble être la devise d’Ivan Fischer. Il domine sans conteste la virtuosité de l’écriture mahlérienne et offre une palette de couleurs splendides à la Symphonie n° 7. Est-ce pour autant suffisant ?

Il ne manque que l’immense Symphonie n° 8 pour qu’Ivan Fischer et sa formation concluent leur cycle Mahler. Disons-le d’emblée : la Symphonie n° 7 dite du Chant de la nuit ne sera pas le jalon le plus remarquable de celui-ci. Certes, on retrouve la précision de la direction, la beauté et la finesse des pupitres (magnifiés, il est vrai, par une prise de son DSD). Malgré une sonorité aussi luxuriante, on reste sur notre faim. La raison principale en est l’absence de choix interprétatif : ni profondément ancrée dans le romantisme, ni dans l’expressionniste, la version de Fischer décline tout avant-gardisme. Et bien souvent, l’énergie de cette gigantesque fresque sonore retombe dans le premier mouvement. Le vaste Adagio, qui lance une machinerie claudicante colorée par le cor ténor (saxhorn), un instrument issu de l’harmonie militaire, devient décoratif. La première Nachtmusik tourne à la démonstration de folklores – charmantes cloches de vaches – et n’est portée par aucune ironie ou même inventivité. La sensualité des sonorités, la bizarrerie des harmonies, leur laideur presque revendiquée et comme faisant partie de cet univers sont passées à la trappe. D’après , Mahler aurait été inspiré, pour la première Nachtmusik, par la célèbre toile la Ronde de Nuit de Rembrandt.

Le Scherzo (Schattenhaft – Fantomatique) s’ouvre par les timbales suivies des vents. Il se déhanche comme une valse prise d’un irrépressible hoquet. C’est le cœur de la symphonie, qui assemble des esprits maléfiques. Mahler y entrouvre la porte de l’expressionnisme avec des sonorités dépouillées. Il suffit d’entendre l’insurpassable Sinopoli pour mesurer à quel point Fischer s’est éloigné du commentaire du compositeur : « c’est une danse des morts comme on en voit dans les vieilles fresques […] la mort joue du violon, invite à danser et bientôt, tous doivent suivre… »

La seconde Nachtmusik– Andante amoroso – fait appel à la mandoline et à la guitare unies aux deux harpes. La sérénade italienne est plutôt réussie et la finesse des timbres scintillants se souvient des lieder du Wunderhorn. Le finale est une démonstration polyphonique dont Fischer domine sans conteste le gigantesque collage à l’instar des Inbal et Tilson-Thomas. Les uns et les autres rendent “impeccablement” cette page qui n’est, pourtant, que pure folie car d’une nature surréaliste. Ivan Fischer nous propose, à son tour, une lecture parfaitement attendue. Que nous sommes loin de l’imaginaire et des audaces de Solti, mais aussi de Bernstein (avec le Philharmonique de New York), Tennstedt et Sinopoli !

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 7. Budapest Festival Orchestra, Ivan Fischer, direction. 1 CD Channel Classics. Enregistré au Palais des Arts de Budapest en septembre 2015. Notice en anglais, allemand et français. Durée totale : 75:17

 
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  • Michel LONCIN

    Cela fait plaisir ces évocations de Tennstedt et Sinopoli, deux maîtres de la direction de l’œuvre symphonique de Gustav Mahler si décriés en leur temps et dont le génie (que l’ON est en train de découvrir) laisse derrière (voire LOIN derrière) une bonne partie de la « floppée » de drecteurs d’orchestre s’étant « emparés » de l’œuvre mahlérienne !!!

    Je n’ai pas entendu ce CD d’Ivan Fisher mais .. je ne suis pas surpris de cette critique : Fisher n’est vraiment à sa place dans Mahler que pour les symphonies du « Wunderhorn » (tout particulièrement, la 4ème !!!

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