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Les Ballets de Monte-Carlo s’embrasent sur un air de tarentelle

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Monaco. Grimaldi Forum. 27-IV-2019. Corpus.
Atman (création). Chorégraphie : Goyo Montero. Musique : Owen Belton. Costumes : Goyo Montero en collaboration avec Jean-Michel Lainé. Lumières : Goyo Montero en collaboration avec Samuel Thery
Core Meu (création). Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Musique : Antonio Castrignanò (Sufi, Core me, Respiri di pizzica, Beddha ci dormi, Fomenta, Corri, Tremula terra). Costumes : Salvador Mateu Andujar. Lumières : Samuel Thery
Avec les danseurs des Ballets de Monte-Carlo

Un vent d’Italie a soufflé sur les . Au rythme endiablé de la tarentelle, chantée en direct par , signe, avec Core meu, une œuvre festive et jubilatoire.

C’est d’une rencontre fusionnelle, d’un coup de cœur artistique entre , et les musiciens du Taranta Sounds, qu’est née l’idée de Core meu. L’énergie et la joie de vivre qui se dégagent de la tarentelle, musique traditionnelle venue des Pouilles défendue avec fougue par Antonio Castrignanò, ont donné envie au chorégraphe de créer un ballet en hommage à Maurice Béjart et à sa danse, populaire et généreuse. Après une performance en plein air devant 11 000 personnes en 2017, Jean-Christophe Maillot a souhaité apporter cette danse vivante, rassembleuse et festive dans le cadre d’un théâtre. Avec Core meu, il présente une pièce entièrement remaniée, plus étoffée et élaborée, comprenant de nouveaux morceaux composés par Antonio Castrignanò.

Sur la scène, le bleu et le blanc dominent, hommage rendu par le dessinateur de costumes Salvador Mateu Andujar aux couleurs de la Méditerranée. L’Italie, et la Grèce aussi, sont évoquées par ces larges jupes translucides, qui virevoltent dans une profusion de tulle. La référence à la Grèce, à ses couleurs et aux mouvements circulaires des derviches, n’est pas évoquée par hasard : Antonio Castrignanò chante dans un dialecte de Lecce mais aussi en Griko Salentino, langue utilisée dans l’enclave hellénophone de Grecìa Salentina. Parfois, cette musique du Sud de l’Italie se mâtine de sonorités orientales, et la voix rauque d’Antonio Castrignanò prend des accents plus graves et mélancoliques.

À l’origine destinée à guérir des effets de la morsure de la tarentule, la tarentelle est une danse rituelle purificatrice, à connotation sexuelle. À tel point, que la danse, considérée comme démoniaque, est interdite par l’Église à la Renaissance. Elle évoluera au XVIIIe siècle en une danse de salon, au caractère beaucoup plus sage. Core meu revient à la dimension orgiaque de la tarentelle et cherche à créer l’état de transe des origines. Sur scène, les femmes sont belles, charmeuses et plaisent aux hommes. Ceux-ci, la taille enserrée par une ceinture bleue, jouent des muscles et mouillent la chemise, dans des ensembles à l’énergie survoltée. Galvanisés par le rythme et la générosité des musiciens, ils transmettent, avec enthousiasme et talent, une joie de danser débordante et communicative.
Comme un feu d’artifice, le final « Tremula Terra » explose et crépite, dans un emballement de musique, de couleurs et de corps qui tournoient. Les danseurs semblent saisis par une transe qui exulte parfois en un cri joyeux et libératoire.

D’un point de vue chorégraphique, Jean-Christophe Maillot a réussi l’alliance entre la technique classique des pointes et la vitalité de la danse de caractère. Il réalise des tableaux visuels d’une grande beauté et maîtrise à la perfection la gestion de l’espace et des déplacements des quarante danseurs. Le rythme est admirablement dosé, avec une alternance de passages de groupe intenses et des saynètes plus calmes et sensuelles, avant d’arriver au crescendo final qui explose dans une acmé jubilatoire. Sa danse charnelle, viscérale et généreuse prend aux tripes, et c’est debout, le sourire aux lèvres et les pieds battant la mesure, que le public ovationne les danseurs.

En première partie de ce programme mixte, Atman de est une création à partir du projet chorégraphique conçu pour cinquante jeunes danseurs dans le cadre du Prix de Lausanne 2018. Remaniée et adaptée pour trente danseurs des , la pièce intègre des solos et duos plus techniques. Vêtus d’académiques rouges, les danseurs évoluent dans une seule respiration. Toutefois, la dynamique de groupe ne se crée pas suffisamment. La musique d’Owen Belton confère un rythme uniforme et flottant à la pièce, qui aurait gagné en intensité par des cassures et accents rythmiques. L’on aurait aimé sentir battre plus intensément cet ensemble à l’unisson.

Crédits photographiques : © Alice Blangero

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Monaco. Grimaldi Forum. 27-IV-2019. Corpus.
Atman (création). Chorégraphie : Goyo Montero. Musique : Owen Belton. Costumes : Goyo Montero en collaboration avec Jean-Michel Lainé. Lumières : Goyo Montero en collaboration avec Samuel Thery
Core Meu (création). Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Musique : Antonio Castrignanò (Sufi, Core me, Respiri di pizzica, Beddha ci dormi, Fomenta, Corri, Tremula terra). Costumes : Salvador Mateu Andujar. Lumières : Samuel Thery
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