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Guerre de cour et des Te Deum à Versailles

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La guerre des Te Deum. Esprit Joseph Antoine Blanchard (1696-1770) : Te Deum ; François Colin de Blamont (1690-1760) : Te Deum. Michiko Takahashi, dessus ; Caroline Arnaud, dessus ; Sebastian Monti, haute-contre ; Romain Champion, haute-contre ; Cyril Costanzo, basse-taille. Chœur Marguerite Louise (dir. Gaétan Jarry). Ensemble Stardivaria. Direction : Daniel Cuiller. 1 CD Château de Versailles Spectacles CVS 007, 2019. Enregistré en concert à la chapelle royale du château de Versailles le 30 juin 2018. Notice en français et anglais. Durée : 66:38

 

Avec son Ensemble Stradivaria et le , met en regard deux Te Deum versaillais concurrents lors d’un concert à la chapelle royale du château de Versailles.

Guerre des Te Deum_Daniel Cuiller_Ensemble Stradivaria_Chateau de Versailles SpectaclesSi la musique est censée adoucir les mœurs, tel n’était pas toujours le cas à la cour de Versailles où l’on ne plaisantait pas avec la hiérarchie et les préséances. C’est la leçon qu’eut apprise à ses dépens Esprit Antoine Joseph Blanchard, Sous-maître de la Chapelle royale, ce 12 mai 1745 pour célébrer la victoire de Fontenoy, si la reine n’avait volé à son secours pour une question de préférence musicale.

Comme de coutume, on chantait en ces occasions un Te Deum à la gloire du roi victorieux. C’est ce que s’apprêtait à faire Blanchard lorsque, arguant de son rang supérieur, François Colin de Blamont, Surintendant de la Chambre du roi, arriva furieux pour remplacer au dernier moment les partitions de Blanchard par celles de son propre Te Deum. Mais la reine avait déjà pris place, Blanchard commença l’exécution de son ouvrage. Vexé par cet outrage à la hiérarchie, Colin de Blamont fit appel du duc de Richelieu, qui depuis le champ de bataille, réprimanda Blanchard au nom du roi. Quelques jours plus tard, il ordonna que la victoire de Tournai fut célébrée par le Te Deum de Colin de Blamont. Mais la reine fit en sorte que cela se passât à la messe du roi, alors en campagne, et que l’on jouât à nouveau celui de Blanchard à la messe de la reine. Le sourcilleux surintendant était coutumier du fait, puisqu’il avait agi de même en 1725 aux dépens de Nicolas Bernier et même au détriment de Campra.

On entendit par la suite le Te Deum de Colin de Blamont lors des nombreuses célébrations de la cour. L’histoire semble avoir donné la victoire au supérieur hiérarchique… Nous pouvons à loisir comparer les ouvrages de même nature, composés pour les mêmes circonstances et dégager une préférence selon nos goûts, en marge de la pompe versaillaise.

Tout d’abord, rendons grâce à et à Château de Versailles Spectacles de nous restituer ces ouvrages que l’on n’entend plus guère et dont les compositeurs, parmi les nombreux maîtres et sous-maîtres de la Chapelle royale, ont été oubliés par la suite. La renommée de Blanchard a été éclipsée par les vedettes Rameau, Campra et Mondonville et l’on doit à Jean-Marc Andrieu et à son orchestre Les Passions, avec le chœur de chambre Les Éléments, la renaissance en 2016 de trois grands motets parmi la quarantaine que composa ce maître provençal. Quant à François Colin de Blamont, lui aussi bien oublié, on le redécouvre grâce au travail des musicologues et à la curiosité de Daniel Cuiller, d’Agnès Mellon ou de l’ensemble Les Ombres.

Selon un côté plus tendre, plus humain, peut-être plus méridional, avec une vivacité évoquant celle de Rameau, l’ouvrage de Blanchard fait le choix d’un déroulement plus traditionnel, favorisant davantage les voix hautes ( superbe).

Surintendant oblige, François Colin de Blamont paraît plus martial et déclamatoire, voire un brin ampoulé. Trompettes, timbales et tambours soulignent le côté guerrier d’un Te Deum, avant tout destiné à célébrer les victoires royales et Blamont s’en donne à cœur joie dans le côté spectaculaire.

La partie chorale très étoffée, représentant environ la moitié de chacun des ouvrages, requiert des chanteurs de premier ordre et c’est ce que réussit à merveille, de façon homogène et équilibrée, l’excellent chœur Marguerite-Louise, dirigé par . Il joue avec maestria de la variété des registres selon, un engagement total et un enthousiasme communicatif.

Les solistes ne sont pas en reste avec un magnifique duo de hautes-contre, et aux aigus impressionnants, associés aux dessus expressifs et pleins de fraîcheur de et , tandis que l’élégante basse-taille de se permet quelques belles ornementations improvisées.

Vive et spirituelle, la direction de Daniel Cuiller souligne les nuances et varie les éclairages tant dans l’opulence des pages glorieuses que dans l’intimité des passages plus méditatifs. On goûte pleinement la vaste famille des cordes qu’utilisait la musique française au XVIIIᵉ siècle : dessus, hautes-contre, taille, quinte et basse de violon, au couleurs chaudes, charnues et d’une grande précision. Mention spéciale à la trompette de Thibaud Robinne, d’une grande justesse et qui donne l’impression de se démultiplier, quand Florent Tisseyre s’épanouit aux timbales.

Si le disque de la collection Château de Versailles spectacles est présenté avec soin, on regrettera toutefois l’absence de présentation des œuvres dans une notice se bornant à rappeler l’anecdote de la querelle entre les deux musiciens.

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La guerre des Te Deum. Esprit Joseph Antoine Blanchard (1696-1770) : Te Deum ; François Colin de Blamont (1690-1760) : Te Deum. Michiko Takahashi, dessus ; Caroline Arnaud, dessus ; Sebastian Monti, haute-contre ; Romain Champion, haute-contre ; Cyril Costanzo, basse-taille. Chœur Marguerite Louise (dir. Gaétan Jarry). Ensemble Stardivaria. Direction : Daniel Cuiller. 1 CD Château de Versailles Spectacles CVS 007, 2019. Enregistré en concert à la chapelle royale du château de Versailles le 30 juin 2018. Notice en français et anglais. Durée : 66:38

 
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