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Le Brahms rugueux et fier de Garrick Ohlsson

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Johannes Brahms (1833-1897) : Fantaisies op. 116 ; Intermezzi op. 117 ; Klavierstücke op. 118. Garrick Ohlsson, piano. 1 CD Hyperion. Enregistré à la salle de concert de Wyastone Estate, Monmouth, Grande-Bretagne, en novembre 2017. Notice en anglais, français et allemand. Durée totale : 71:39

 

hyperioncda68226« Mes berceuses de la douleur »… Brahms décrivait ainsi ses pièces ultimes pour le clavier. Confessions pudiques, regrets et réminiscences se rejoignent dans ces pages dont propose une lecture sans concessions.

La discographie particulièrement imposante de réserve toutefois une large place au répertoire romantique, de ses origines (Chopin) à son extinction (Scriabine, Rachmaninov). Au cœur de cette vaste période, l’univers de Brahms est bien représenté grâce à plusieurs enregistrements du Concerto n° 2, pour divers labels, et à celui des Variations pour piano (Hyperion). La clarté du jeu et le sens du panache animent les sept Fantaisies de l’opus 116. Le toucher est particulièrement incisif, ne laissant aucune place aux demi-teintes avec des contrastes d’autant plus violents, que les aigus du Steinway claquent. Ohlsson épure le récit, prend ses distances avec toute émotion qui lui paraîtrait superflue. Il n’est pas « dans le son », mais dans la dynamique et la clarté de la polyphonie.

Cet album aurait dû s’ouvrir avec le Scherzo op. 4, pièce géniale et prémonitoire dont l’interprète joue avec saveur de la rudesse et de l’énergie trépidante. Dans les trois cycles des pièces tardives, la virtuosité est moindre et les couleurs de l’ensemble s’irisent d’un douloureux et savant clair-obscur. L’ombre de Schumann plane dans ces pages introspectives, intimistes par nature et qui alternent avec des élans d’énergie et de passion. Cela n’est pas assez marqué. Ohlsson prend de la hauteur, préservant la diction parfaite du chant, mais altérant aussi le sentiment d’oppression. Cela est bien caractérisé dans le premier Intermezzo op. 118 – en quelque sorte, une ballade abrégée, d’une fougue et d’un lyrisme intenses – dans lequel le pianiste déploie une puissance comparable à celle que l’on entend dans les concertos. Il s’exprime alors avec un panache sans pathos. Plus souvent, hélas, on regrette que les couleurs ne soient pas assez voilées, changeantes et portées par la dimension nordique de ce “requiem”. Ce récital de belle facture ne peut faire oublier quelques-uns des grands “poètes” du clavier : Gilels, Katchen, Kempff, Richter (op. 116), Kovacevich, Lupu, Pogorelich et, aujourd’hui dominant la scène, Volodos (op. 117, op. 118).

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