Gaspard Dehaene et Adrien Boisseau en récital

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Pourrières. Couvent des Minimes. 11-IV-2019. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Partita pour violon seul n°1 en si mineur BWV 1002. Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour piano n° 20 en la majeur D.959. Robert Schumann (1810-1856) : Märchenbilder op. 113 ; Trois Romances op. 98 ; Adagio et Allegro en la bémol majeur op. 70. César Franck (1822-1890) : Sonate en la majeur. Gaspard Dehaene, piano ; Adrien Boisseau, alto

flaneries-reims-boisseau-dehaene_dDans le cadre de l’association Opéra au village, le Couvent des Minimes (Var) accueillait le pianiste et l’altiste en récital. Dans ce superbe lieu classé monument historique, à l’acoustique remarquable, ils ont proposé un programme varié et exigeant autour de Bach, Schubert, Schumann et Franck.

C’est dans une version pour alto de la Partita n° 1 de Bach qu’ débute ce concert. Le discours dévoile d’emblée une vision plus baroque que préromantique. Le vibrato est à peine appuyé et l’expression s’inscrit avant tout sur la note. Le geste se libère peu à peu et trouve plus de fluidité dans la Courante et le Presto. Le jeu gagne en précision pour dévoiler un phrasé parlant. Sa dextérité souligne ainsi les différentes voix avec toute la sonorité boisée propre à l’alto. Dans le dernier mouvement, une touche spirituelle nous fait oublier la rigueur de la structure. L’intonation devient moins lisse et met en lumière une fêlure touchante dans le timbre.

La concert se poursuit avec l’avant-dernière sonate de Schubert récemment enregistrée par dont il ne donne ici que le premier mouvement. Le pianiste va à l’essentiel et suit ses intentions sans compromis ni effets superflus. Le toucher est chaleureux et la ligne mélodique avec son tapis de nuances a une portée descriptive au service de la dramaturgie et de sa progression. La reprise du thème principal, dans cette expression aussi recueillie, revêt des allures de prière.

Les deux complices se retrouvent autour de Schumann. Seule œuvre écrite pour alto sur les trois cycles joués, les Märchenbilder montrent tout d’abord un Schumann intimiste mais aussi perpétuellement changeant. ‎Inspirée par l’univers des contes, cette œuvre ne manque pas de charme notamment Nicht schnell et sa beauté mélodique tristement lumineuse ou son dialogue pénétrant. Les volets rapides sont portés par une verve brute côté alto. Avec introspection et gravité, Langsam, mit melancholischem Ausdruck semble étirer le temps pour nous plonger dans un climat planant. Les Romances, écrites initialement pour le hautbois, sont des miniatures d’une poésie à fleur de peau. Avec lyrisme, chacune est empreinte d’une vive mélancolie. La première pièce constitue une déception. La sonorité reste rêche côté cordes ce qui ajoute une couleur douloureuse alors que le piano trouve plus de lumière. Plus ouvert, Einfach, innig cristallise l’émotion. Enfin, c’est Adagio et Allegro, une autre transcription à l’origine pour le cor, dans laquelle l’osmose du duo est présente dans tous les registres du jeu. L’instrument d’Adrien Boisseau retrouve davantage de rondeur mais aussi un engagement de premier plan.

Pour clore ce récital, les musiciens nous offrent une lecture de la Sonate de Franck intense et à l’énergie. Le dialogue est équilibré notamment dans le premier mouvement. Celui-ci débute avec un tempo assez allant et ne s’attarde pas sur les touches impressionnistes mais plus sur la gravité sous-jacente. Contrasté mais aussi fiévreux, le Recitativo-Fantasia est enthousiasmant. L’opposition entre ces touches pastel quasi romantiques et ce climax tout en puissance est des plus réussies. Les deux musiciens donnent deux bis de Satie. Adrien Boisseau prend place au piano pour jouer la Gymnopédie n° 1 tandis que Gaspard Dehaene prolonge le voyage avec la Gnossienne n° 1.

Crédits photographiques : © les Flâneries Musicales/Medici.TV

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