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Nante/Locatelli : le fil d’Ariane du Concert Idéal

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Théâtre Le Ranelagh. 13-V-2019. Pietro Locatelli (1695-1764) : Introduction théâtrale op. 4 n° 2 ; Concerto grosso en do mineur op. 1 n° 11 ; Concerto grosso en ré majeur op. 4 n° 7 ; Sinfonia Funebre ; Lamento ; Pianto d’Arianna ; Alex Nante (né en 1992) : Elegiaco ; Mesto ; Sotto voce ; Giga ; Specchio ; Paspié & Lamento ; Labirinto. Le Concert Idéal : violon solo, Marianne Piketty ; mise en espace et en lumières, Olivier Fourés

 

IMG_0425Ce spectacle de et son ensemble au Théâtre Le Ranelagh annonce la sortie de leur disque « Le fil d’Ariane » sous le label Evidence.

Fondé en 2013 par la violoniste , est un ensemble de cordes d’une dizaine de musiciens attaché au grand répertoire autant qu’ouvert aux musiques d’aujourd’hui. En témoigne ce projet original, fruit d’une résidence à l’Abbaye de Noirlac, où la musique d’ coudoie celle de , sans que jamais ne se rompe le fil tendu dans ce « labyrinthe ».

« Le Fil d’Ariane » est une aventure aussi risquée que bien conduite par Marianne Piketty et Olivier Fourés qui en assure la mise en espace et en lumière. Les musiciens jouent pieds nus et en habits de scène, puisqu’ils sont amenés à évoluer sur le plateau. Olivier Fourés s’est attaché aux mouvements des archets, dans une chorégraphie de gestes et un jeu de clair-obscur subtilement dosés. Le parcours musical consiste dans l’articulation de différentes pièces de Locatelli jouées partiellement, laissant des espaces à la musique d’, jeune compositeur argentin embarqué dans le « labyrinthe » et ses sinuosités. Il est chargé de composer « à côté » de l’Italien (Mesto, Giga, Paspié & Lamento) ou en miroir (Specchio), ouvrant chaque fois une fenêtre sur le monde contemporain.

Son « Elegiaco », qui débute le concert, donne « le ton », dans une temporalité étirée et la résonance des quintes à vide qui ouvre l’espace. Le violon rayonnant de Marianne Piketty s’y inscrit dans sa plénitude sonore. Nante exerce son art de la transition, ramenant la consonance en vue de l’enchaînement avec l’Introduction théâtrale op. 4 n° 2 de Locatelli. Pour débuter Mesto (triste) il garde en tenue les dernières notes de l’Italien sur lesquelles s’amorce son écriture. Par contre, Giga succède à la Gigue du Concerto grosso op. 1 n° 11 sans prévenir, exposant l’oreille à un chaud-froid saisissant. Paspié reprend textuellement le début de l’Allegro du Concerto grosso op. 4 n°7, puis se dissout rapidement dans des textures qui l’anamorphosent. Le Lamento qui suit installe un rythme obstiné sur lequel évolue le violon solo, préfigurant l’écriture de la Sinfonia Funebre de Locatelli, avec son fugato rigoureux qui lui fait suite. Specchio est une des plus belles pages du compositeur argentin. Elle nous fait basculer dans un autre temps, l’écriture tissant un contrepoint expressif à deux voix qui s’élève dans les registres lumineux des violons. La cadence de Marianne Piketty, écrite dans les règles de l’art par Nante dans Labirinto, semble signaler la sortie imminente de ce labyrinthe…

La fluidité avec laquelle les interprètes déroulent ce « Fil d’Ariane » est confondante, dans le respect éminemment baroque du principe du contraste entre des pièces relativement courtes. En dépit de l’acoustique un peu sèche du théâtre, qui masque souvent la présence du clavecin, on est séduit par l’élégance de l’articulation et la synergie des archets, modernes en l’occurrence, dans l’interprétation de la musique de Locatelli. Dominée par l’esprit de la danse, celui des Concerti grossi notamment (hommage à son maître Corelli), la musique de l’Italien prend parfois des accents d’une profondeur insoupçonnée, dans le Largo du Concerto grosso en do mineur par exemple, mettant en relief la ligne finement ornementée du violon solo de Marianne Piketty. Locatelli nous surprend également dans Il Pianto d’Arianna joué dans son intégralité par l’ensemble. C’est le violon solo, épaulé par ses partenaires, qui endosse le rôle d’Arianna, dans des « récitatifs et airs » auxquels il ne manque que les paroles. Le Largo du II est saisissant, avec ses silences éloquents, l’expressivité de ses dissonances et la versatilité du discours, entre fureur et désespoir : une page opératique poignante dans laquelle nous plonge Le Concert Idéal, qui termine la soirée sur cette note funèbre, dans une lumière déclinant à mesure.

Crédits photographiques : © http://mariannepiketty.com

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