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Decca réédite les intégrales Bruckner et Mahler par Haitink

À emporter, Actus Prod, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n° 0 à 9 ; Te Deum. Elly Ameling, soprano ; Anna Reynolds, contralto ; Horst Hoffmann, ténor ; Guus Hoekman, basse ; Chœur de la Radio des Pays-Bas ; Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam ; direction : Bernard Haitink. Coffret de 10 CD + 1 disque Pure Audio Blu-ray Decca. Enregistré entre septembre 1963 et mai 1972 à Amsterdam. Textes de présentation en anglais, français et allemand. Durée totale : 10:12:15
Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonies n° 1 à 10 ; version alternative de la Symphonie n° 1 (seulement en Blu-ray, de mai 1972) ; Le Chant de la terre ; Das klagende Lied ; Chants d’un compagnon errant ; Chants pour les enfants morts ; Le Cor merveilleux de l’enfant. Interprètes : Elly Ameling, soprano (Symphonies n° 2 et 4) ; Aafje Heynis, contralto (Symphonie n° 2) ; Maureen Forrester, contralto (Symphonie n° 3) ; Ileana Cotrubas, soprano (Symphonie n° 8) ; Heather Harper, soprano (Symphonie n° 8 et Das klagende Lied) ; Hanneke van Bork, soprano (Symphonie n° 8) ; Birgit Finnilä, contralto (Symphonie n° 8) ; Marianne Dieleman, contralto (Symphonie n° 8) ; William Cochran, ténor (Symphonie n° 8) ; Hermann Prey, baryton-basse (Symphonie n° 8, Chants d’un compagnon errant et Chants pour les enfants morts) ; Hans Sotin, basse (Symphonie n° 8) ; Janet Baker, mezzo-soprano (Le Chant de la terre) ; James King, ténor (Le Chant de la terre) ; Norma Procter, contralto (Das klagende Lied) ; Werner Hollweg, ténor (Das klagende Lied) ; Jessye Norman, soprano (Le Cor merveilleux de l’enfant) ; John Shirley-Quirk, basse (Le Cor merveilleux de l’enfant) ; Chœur de la Radio des Pays-Bas (Symphonies n° 2 et 3 et Das klagende Lied) ; Chœur de garçons de l’église Saint-Willibrord d’Amsterdam (Symphonie n° 3) ; Toonkunstkoor Amsterdam (Symphonie n° 8) ; De Stem des Volks d’Amsterdam (Symphonie n° 8) ; Collegium Musicum Amstelodamense (Symphonie n° 8) ; Chœurs d’enfants de l’église Saint-Willibrord et de l’église Saint-Pius-X d’Amsterdam (Symphonie n° 8) ; Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam ; direction : Bernard Haitink. Coffret de 12 CD + 1 disque Pure Audio Blu-ray Decca. Enregistré entre septembre 1962 et avril 1976 à Amsterdam. Textes de présentation en anglais, français et allemand. Textes chantés (en allemand ou latin) traduits en anglais. Durée totale des 12 disques compacts : 14:44:41

 

decca4834660packshotEn guise de cadeau pour le 90e anniversaire de , Decca réédite dans un son « remastérisé » ses seules intégrales achevées des symphonies de Bruckner et de Mahler, gravées pour Philips, pour lesquelles les pochettes reprennent la jaquette de l’édition originale. Deux intégrales également marquantes à leur publication, d’un intérêt différent aujourd’hui.

À sa parution en microsillons (à l’époque des « souscriptions » dont les plus anciens discophiles se souviennent encore), cette intégrale des symphonies d’ avait fait sensation en s’imposant comme la seule alternative à celle déjà historique d’Eugen Jochum à Munich et Berlin (DG). D’une part parce que Haitink avait fait des choix de textes complémentaires de ceux de Jochum : inclusion de la Symphonie n° « 0 » dans le cycle (mais pas de la symphonie d’étude en fa mineur) et versions différentes des Symphonies n° 2, 3 et 8. D’autre part parce que le style brucknérien de Haitink, refusant toute sollicitation des partitions comme tout rubato s’opposait aux fluctuations de tempos visionnaires de Jochum ; en quelque sorte, Jochum perpétuait l’approche de Furtwängler tandis que Haitink ouvrait la voie à ce que fera ensuite Wand. Mais aujourd’hui cet ensemble que réédite en dix CD (plus un disque Pure Audio Blu-ray qui comporte toutes les symphonies) Decca ne possède plus tout à fait le même attrait. Les travaux musicologiques ont mis à la disposition des chefs d’orchestre d’autres partitions plus différentes de celles jusque là connues des symphonies et Inbal, Rojdestvenski, Schaller ou Tintner notamment ont exploré passionnément ces variantes. Haitink lui-même, conscient sans doute des limites de sa première approche est revenu sans relâche aux symphonies en approfondissant nettement sa conception que ce soit avec l’ (Philips à nouveau et RCO live), l’Orchestre symphonique de Chicago (CSO live), l’Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise (BR Klassik), l’Orchestre philharmonique de Vienne (Philips) ou la Staatskapelle de Dresde (Profil Medien) signant parfois des interprétations de référence. Sa 3° viennoise ou sa 8° de Dresde sont ainsi des sommets de la discographie. Reste la splendeur du Concertgebouw, la qualité de la remastérisation (même si le souffle est audible en permanence) et l’incontestable probité de la direction. Un beau document sur un chef majeur mais plus une référence en raison autant des avancées de la musicologie et en conséquence de la discographie de ces œuvres que de l’évolution du chef néerlandais bien naturelle en plus de quarante-cinq ans !

decca4834643packshotPour ce qui est du coffret , nous avons affaire à l’une des plus belles sinon la meilleure intégrale des symphonies de ce compositeur. Beaucoup de chefs d’orchestre ont osé aborder ce répertoire, d’aucuns voulant à tout prix le revisiter, voire le révolutionner. , au contraire, s’est toujours tenu à l’écart de l’extravagance et des maniérismes, en optant pour la simplicité maximale dont le but est de rendre ces partitions « classiques » par excellence. Il en résulte que ses gravures, contrairement aux Bruckner, n’ont quasiment pas pris une ride, cette impression étant renforcée encore par la qualité de la prise de son, magnifiquement reportée par Andrew Walter d’Abbey Road Studios.

L’ paraît une formation idéale pour jouer cette musique, peut-être même plus que l’Orchestre philharmonique de Vienne. Lesdites interprétations de Bernard Haitink sont somptueuses du point de vue de la variété des couleurs, et, dans un sens, d’une dramaturgie intense, qui cependant ne provoquera pas de tremblement de terre, en mettant en avant la structure formelle de ces pages. Dénuées de pathos, elles impressionnent par une ampleur du geste qui, dans les climax, s’accompagne du sens de l’éclat et de la splendeur, et captivent par la transparence des textures et le naturel du phrasé. Chaque motif semble être au bon endroit, et sur le plan du total de cette mosaïque, la narration ne perd pas son rythme ni le fil. Sachant que la manière de diriger ces compositions par Haitink est directe, il les propose sans emphase ni théâtralité, sans mièvrerie ni effets visant à emporter l’auditeur par la pure virtuosité. Cela n’exclut pas le brio ou l’élan à l’occasion.

L’expression du geste de Haitink est parfois un brin retenue, voire raide, comme par exemple dans quelques moments de l’exécution de la Symphonie n° 1 en ré majeur de 1962 – on dirait même que c’est, par instants, un peu statique et timide –, mais force est de constater que sa vision de l’œuvre mahlérienne a mûri au cours de l’enregistrement de cette intégrale (réalisée dans les années 1962-1971). Pour les symphonies suivantes, nous y trouverons aussi bien la tension (par exemple dans le 1er mouvement de la Symphonie n° 2 en ut mineur « Résurrection ») que la légèreté et l’humour (le 2e mouvement de la Symphonie n° 3 en ré mineur), ou encore la résignation (le dernier mouvement de la Symphonie n° 9 en ré majeur).

On notera que Haitink s’entoure d’excellents chanteurs, que ce soit le contralto de velours de , la voix de soprano mélodieuse et cristalline d’ ou le mezzo-soprano intense de . Tous les compléments de programme, où ceux-ci se produisent, sont d’ailleurs dignes d’attention car ils présentent l’art du maestro dans une plus large perspective.

Le bonus sous forme d’un disque Pure Audio Blu-ray est aussi sympathique que discutable car, à notre meilleure connaissance, et malgré les extraordinaires paramètres techniques que ce format offre (le son y est échantillonné sur 24 bits à 96 kHz, soit en ultra-haute définition, et tout tient sur un disque), il n’existe pas de lecteurs capables d’en extraire une qualité supérieure à celle que met à notre disposition un simple CD, pour lequel l’équipement de décodage « haut de gamme » est plus avancé en termes de la performance (et de la disponibilité sur le marché) de convertisseurs numérique-analogique et laisse donc percevoir davantage de microinformations qui y sont gravées.

Voici un coffret à chérir, sans toutefois nous faire oublier les autres gravures du chef dans ce répertoire, ainsi que les réalisations mahlériennes des plus illustres interprètes de l’œuvre du compositeur, pour ne mentionner que celles de Karel Ančerl, Georg Solti, Leonard Bernstein, Klaus Tennstedt, Michael Gielen, Giuseppe Sinopoli, de même que, pour Le Chant de la terre, de Bruno Walter et, pour Das klagende Lied, de Guennadi Rojdestvenski.

Jean-Claude Hulot (Bruckner) et Maciej Chiżyński (Mahler)

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  • Michel LONCIN

    Dommage que ne ressorte pas AUSSI l’intégrale Chostakovitch … la SEULE occidentale qui approche voire égale les témoignages soviétiques ou russes : elle a été un événement des années ’80 !!!

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