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Leopold Mozart, un maître enfin reconnu

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Leopold Mozart (1719-1787) : Missa Solemnis. Bayerrische Kammerphilarmonie, direction : Alessandro De Marchi. Arianna Vendittelli, soprano. Sophie Rennert, alto. Patrick Grahl, ténor. Ludwig Mottelhammer, basse. Das Vokalprojekt. 1 CD Aparté. Enregistré au Bayerischer Rundfunk de Munich en avril 2018. Notice trilingue. Durée : 48:21

 

3149028131406Avec la Missa Solemnis, en fervent chrétien porte la musique vers des sommets où l’intime rencontre son écho. Et trouve en un vrai défenseur. 

Penser à Dieu en écrivant de la musique ou en composant un tableau est une façon de cheminer vers un idéal inaccessible en essayant de relever le défi suprême : comment traduire l’invisible ? Comment donner à voir ou à entendre ce qui n’est pas immédiatement perceptible ? Alors, d’une certaine façon, tout artiste est un croyant. Mais tout artiste est aussi un dieu, car il crée. Il crée selon des proportions parfaites, il participe à l’élaboration d’un monde qui donne à ceux qui le contemple, l’illusion rassurante qu’il existe, quelque part, un bienfaiteur de l’humanité.

On s’est longtemps demandé où se situaient exactement les sommets de l’œuvre de Leopold, père du plus divin des compositeurs. Pas facile d’avoir des parents illustres, mais il est encore plus troublant d’être le père d’un enfant porté par les forces cosmiques. Si Leopold s’investit dans l’éducation de son fils prodige, il n’en délaisse pas moins sa musique qui fut, pendant plus de deux siècles, continuellement évaluée, analysée et comparée à celle de sa progéniture. Il n’eut sans doute pas le temps d’en souffrir, quoique, on peut se poser la question. Et, ironie du sort, cette Missa Solemnis fut longtemps considérée comme une œuvre de jeunesse de son fils (Köchel 115). En réalité, cette œuvre qui est bien de la main de Léopold, nous donne à entendre aujourd’hui ce qu’était l’esprit du père, son originalité, sa synthèse des styles, et sa profonde légèreté. se découvre enfin, porté par la sincérité d’exécution du Bayerrische Kammerphilarmonie, dirigé par Allessandro de Marchi, ensemble qui œuvre pour la réhabilitation d’un père maltraité par l’histoire.

Dans cette musique, se dessine le carrefour des styles européens, où l’on sent aussi bien la classique école de Mannheim que le renouveau italien, en passant par des textures contrapuntiques qui rappellent le cantor de Leipzig, et même Haendel. Leopold se trouve véritablement à la croisée des chemins de l’Europe des Lumières, avec un sens aigu de la composition dramatique où la candeur joyeuse côtoie la tension austère.

Des pages d’intense communion entre les solistes, qu’ils soient vocaux ou instrumentaux, découpent les épisodes du chœur. Une Messe habitée par une virtuosité décomplexée et servie par un Allessandro de Marchi qui laisse planer un grand vent de liberté dans ce rituel liturgique. Un enregistrement capital donc qui réhabilite ce qui mérite d’être montré et entendu, loin, très loin des fonds de tiroirs. Leopold Mozart peut enfin être fier de ce qu’il a construit durant sa vie car il n’y a pas une note en trop. Comme disait Wolfgang, « juste après le bon dieu vient papa ». Le petit était visionnaire.

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