Les cordes sensibles de Dominique Lemaître

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Dominique Lemaître (né en 1953) : Sur l’île ovale de couleur bleue pour soprano et quatuor à cordes ; Lignes fugitives pour quatuor à cordes ; Pour voir la nuit fléchir pour quatuor à cordes. Kaoli Isshiki, soprano. Quatuor Stanislas. 1 CD Forlane. Enregistré en juin 2018 à la Salle Poirel de Nancy. Livret bilingue français/anglais. Durée : 60:00

 

41bG8E6UD6LAvec une écriture et une ligne esthétique qui s’écartent sensiblement du modèle du genre, les trois quatuors de ce nouvel album monographique de nous font traverser des contrées sonores insoupçonnées sous les archets du .

Renonçant à l’écriture dialogique des quatre cordes au profit de trames sonores qu’il inscrit dans une temporalité singulière, s’intéresse à la ligne et ses déploiements dans un espace qui se construit à mesure. Les titres poétiques, Pour voir la nuit fléchir, Lignes fugitives, Sur l’île ovale de couleur bleue, font écho à une musique évocatrice où les textures et le mouvement sont des données essentielles de la composition.

C’est l’énergie qui est à l’œuvre dans Lignes fugitives (2009) : énergie cinétique propulsant les figures rubans dans l’espace ; énergie du son, lorsque les quatre cordes, ancrées sur une seule note qui circule d’un pupitre à l’autre, en font varier les couleurs, l’allure et l’entretien. Dans Sur l’île ovale de couleur bleue (2015), la pièce la plus récente de l’album, Lemaître confie la ligne conductrice à une voix de soprano – envoutante Kaoli Isshiki – entrainant dans son sillage les quatre cordes qui lui confèrent tout à la fois une texture, une profondeur et une envergure spectrale. La langue inventée, les intonations modales et le rythme litanique donnent à l’ensemble une allure de rituel aux couleurs archaïsantes. Des voix fantômes semblent se fondre aux couleurs des cordes graves dans Pour voir la nuit fléchir (1991), une pièce puissamment expressive et d’un seul flux. Lemaître y tisse une polyphonie de lignes mouvantes dont il fait fluctuer l’éclairage. Comme dans Lignes fugitives, un travail très fin est opéré sur la matière et les textures, telles ces couleurs diaphanes (les premiers rayons du jour) au terme de la trajectoire, obtenues par les sons harmoniques des violons. Le allie fluidité du jeu et synergie des archets, ampleur du son et précision du détail, pour servir au mieux cette musique de timbres toujours en quête d’expression.

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