Les larmes d’exil de Dowland par la lyra grecque et la viole de gambe

À emporter, CD, Musique d'ensemble

John Dowland (1563-1626) : the Lachrimae or Seaven Teares and Improvisations. Sokratis Sinopoulos, Lyra grecque. L’Achéron, viole et direction : François Joubert-Caillet. 1 CD Fuga Libera. Enregistré à l’Abbaye de Noirlac-Centre culturel de rencontres en juillet 2018. Notice trilingue. Durée : 65:38

 

5400439007536En 1604, Dowland signe son recueil de Lachrimae or Seaven Teares, véritable tombeau de la mélancolie où se succèdent les larmes pieuses d’une illumination mystique à l’espoir d’un salut retrouvé.

Ce disque nous plonge dans l’épopée de deux destins, celui de la lyra grecque et de la viole de gambe qui, en dépit de leurs ressemblances, ne se sont jamais rencontrées sur les chemins de l’histoire. Elles ont pourtant, dans des régions éloignées, exprimé les mêmes sentiments, ce que les grecs nomment l’harmolipi, c’est à dire la tristesse joyeuse, le plaisir d’être malheureux. Dès l’époque de l’empire byzantin, la lyra grecque exprimera le déchirement de l’exil en Empire Ottoman.

François Joubert-Caillet et son ensemble  nous donnent à entendre l’immensité du monde, cette faculté de la musique à traduire l’intemporel et ce qui touche au plus profond de l’âme humaine. Au-delà des mondes, des formes et des croyances, l’essence de la vie se retrouve dans l’architecture des sons que rien ni personne ne pourra jamais effacer. La lyra grecque et la viole de gambe se rencontrent aujourd’hui comme si elles n’étaient qu’un seul et même instrument, l’outil du sacré.

L’austérité élisabéthaine et la nostalgie byzantine ottomane se retrouvent sur l’autel d’une partition écrite où le dialogue permet d’accueillir la voix de l’improvisation comme celle de la transmission. La lyra grecque, sorte de pardessus de viole à l’accent mauresque, a traversé montagnes et mers pour se fondre dans le consort de violes.

L’histoire se raconte sur et à travers la musique de Dowland. La lyra grecque de Sokratis Sinopoulos est invitée à s’exprimer, apportant des merveilles de couleurs et d’intervalles, que le consort de violes accompagne dans une sorte d’immense poème harmonique, où les frontières s’éloignent à mesure que le rapprochement des musiciens se coagule enfin dans une unité parfaite. Un disque lumineux, libre et contemplatif, où la parole perdue ressuscite le mystérieux chemin de la transmission.

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  • François Joubert-Caillet

    Merci, mais nous c’est L’Achéron, pas L’Archéron… 😉

  • Désolés pour cette coquille

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