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Rentrée des classes au CNSMD de Lyon avec son directeur, Mathieu Ferey

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Avec 654 étudiants, 188 enseignants permanents et 430 manifestations annuelles, le CNSMD qui fête ses 40 ans cette année est l’une des places fortes de la vie musicale lyonnaise. Son rayonnement est aussi international avec 93 établissements partenaires dans le monde, et une très attendue tournée pour le Jeune Ballet. Rencontre avec le tout nouveau directeur, , qui a succédé en février dernier à Géry Moutier.

Mathieu FEREY © B_opt

« Il y a toujours eu ici une volonté d’être à l’écoute des évolutions de la création contemporaine, du métier, de la scène, de les sentir mais aussi de les anticiper. »

ResMusica : Qu’est ce qui, selon vous, peut définir la singularité du ?

MF : Tout d’abord sa capacité à innover, depuis 40 ans, avec dès l’origine un projet de formation nouveau et différent, des décisions fortes comme celle de prévoir des limites d’âge plus élevées qu’ailleurs pour les concours d’entrée. Ensuite, un lien et un soutien très forts à la création, et des réflexions approfondies sur le rôle et la place de l’artiste dans la société. Pourquoi se mettre en scène ? Comment fait-on évoluer la forme du concert et du spectacle ? Comment s’interroge-t-on sur les formes nouvelles de production artistique ?

Il y a toujours eu ici une volonté d’être à l’écoute des évolutions de la création contemporaine, du métier, de la scène, de les sentir mais aussi de les anticiper. Le Labo Scènes ActuelleS, sous la coordination artistique de Jean Geoffroy, le 3ème cycle Artist Diploma, la classe de Musique à l’image en attestent. Je suis aussi frappé par la réactivité des équipes, dès qu’une idée émerge elle se met en place et aboutit rapidement, et par la manière dont les enseignants et les étudiants s’emparent aujourd’hui de la médiation pour transmettre leur savoir, et leur art.

RM : Qui dit médiation, dit forcément aujourd’hui transversalité et pluridisciplinarité ?

MF: Oui. Nous avons d’ailleurs actuellement un post-diplôme Recherche et Création Artistique d’une durée d’un an proposé conjointement par l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon (ENSBA), l’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT), et la CinéFabrique, École Nationale Supérieure du Cinéma et Multimédia. Et nous appartenons aussi au CHEL(s), Collège des Hautes Études Lyon Science[s], réseau d’écoles publiques qui offre de multiples passerelles entre les établissements suivants : École Centrale de Lyon, Science Po Lyon, l’École des Mines de Saint-Étienne, Vet’Agro Sup et l’École Normale Supérieure.

RM : Qu’en est-il du CNSMD au plan international ?

MF : Beaucoup de coopérations, notamment européennes, de nombreuses masterclasses, deux masters en coopération internationale, et un événement exceptionnel cette année : notre jeune ballet va se déplacer, à Taipei mais aussi à Pékin, lors d’une rencontre chorégraphique internationale organisée par l’une des universités de la capitale chinoise.

RM : Parmi les récentes nominations, il y a l’Australienne Kylie Walters !

MF : C’est une personnalité très forte, elle a dansé avec des compagnies au travail particulièrement remarquable comme DV8Physical Theatre ou Ultima Vez/ Wim Vandekeybus. Elle a eu sa propre compagnie à Genève et connaît donc le monde de la danse sous tous ses aspects, y compris en tant qu’ « organisatrice » d’événements. Nous attendons beaucoup de cette collaboration.

CNSMD de Lyon light©libre de droits_opt
RM:
Vous venez tout juste d’arriver. Que souhaiteriez-vous impulser comme nouveaux projets ?

MF : La question du « je » est intéressante, mais c’est le « nous » qui compte pour moi. Nous sommes en cours d’écriture d’un projet collectif, mes propositions ont été enrichies de celles des professeurs, des équipes administratives et techniques. On s’interroge beaucoup sur le rapport à la création, qui est au centre de notre travail car le patrimoine dont nous sommes si fiers en France a d’abord été un moment de création contemporaine. Il faut aussi continuer à faire se rencontrer les grandes familles de l’établissement, dynamiser les pratiques d’ensemble, notamment la musique de chambre, les valoriser à l’extérieur, les mettre en contact avec des professionnels. Nous fonctionnons avec des chefs invités, et avons des relations fortes avec les ensembles installés ici (Orchestre National de Lyon, Orchestre de l’Opéra, Orchestre National d’Auvergne). Ce side by side fonctionne très bien. Je suis aussi personnellement sensible à la modularité des maquettes, faire en sorte que l’on puisse accompagner au plus près le projet de l’étudiant, lui proposer la formation la plus ouverte possible, diversifier les profils mais aussi développer une approche de l’entrepreneuriat culturel. Sont prévus également la création d’un master chorégraphique, un projet d’agrandissement de l’établissement et une résidence pour quatuor à cordes sur le répertoire des musiques actuelles.

« Je suis aussi personnellement sensible à la modularité des maquettes, faire en sorte que l’on puisse accompagner au plus près le projet de l’étudiant, lui proposer la formation la plus ouverte possible, diversifier les profils mais aussi développer une approche de l’entrepreneuriat culturel. »

RM : Vous êtes musicologue de formation, diplômé en Esthétique et Histoire de la Musique, auteur d’articles et d’un livre sur Ropartz (avec Benoit Menut, Joseph-Guy Ropartz ou Le pays inaccessible, Genève, Papillon), quelle place occupe la recherche musicologique au CNSMD ?

MF : Notre enseignement purement musicologique se définit autour d’un terme générique qui est Culture Musicale. Nous avons pour vocation de former des professionnels avec des compétences très larges, ouverts sur la société : organiser un programme, animer un festival, mener des actions de médiation ou une émission radio. Avoir une pensée qui articule la recherche pure avec ses implications en direction du public, sous forme de création ou de médiation. Notre doctorat spécifique, Recherche et Pratique, qui s’adresse à des interprètes ou des compositeurs, est aussi le fruit de cette réflexion. D’une façon plus globale, la recherche et la construction d’une riche personnalité artistique fait intégralement partie du travail de nos étudiants, qui bénéficient d’un vaste panel de disciplines dites théoriques.

RM : Le est situé en région… Que cela implique-t-il ?

MF : En soi, c’est un sujet de réflexion. Nous sommes dans une région très diverse en terme de territoires. Comment notre action peut-elle contribuer au vivre ensemble, à la cohésion et au dialogue entre les territoires ? Nous sommes présents dans les écoles, les hôpitaux, les prisons mais on souhaite inventer des dispositifs pour que nos répertoires irriguent la totalité des territoires. Avec le Grame (Centre National de Création Musicale), nous envisageons même de « déplacer de l’électronique ».

RM : Pour vous, quels sont les indiscutables temps forts de cette saison 2019-2020 ?

MF : Difficile de choisir, je dirai notre Festival Brahms, nos projets d’orchestres en side by side, l’atelier 20-21 dans le cadre de la biennale Musiques en scènes, la clôture de saison de la Maison de la danse avec le jeune ballet, les Dialogue des carmélitesde Poulenc sous la direction de Mirelle Delunsch, les journées de la Musique de chambre du 15 au 17 juin sans oublier les épreuves publiques de fin d’étude. Un moment que j’aime particulièrement, entendre de jeunes artistes à l’orée de leur carrière.

Crédits photographiques : Portrait de © Blaise Adilon ; CNSMD de Lyon © CNSMD

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