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Pour le compositeur Craig Shepard, la musique est dans la rue

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On Foot : Aubervilliers embarque les participants dans une déambulation silencieuse au fil d’un parcours choisi, les oreilles grandes ouvertes à une appréhension différente de leur environnement, quand Trumpet City : Aubervilliers harmonise la musique et la rue. Avec ces deux projets, le compositeur américain propose une approche sensible de la ville.

_mg_1388-1_largeResMusica : Vous êtes compositeur et tromboniste. Pourriez-vous dire en quelques mots où vous vous situez dans l’univers de la musique contemporaine ? Est-ce que le fait d’être américain a une importance décisive pour vous en tant que musicien ?

: À l’origine, il y a eu la découverte de la musique de John Cage, dans mes années lycée, sur le disque emprunté par un copain à la bibliothèque. Ensuite, mon frère Mark m’a offert pour mes 18 ans un CD de musique pour trombone du même compositeur. À l’université, j’ai étudié avec Michael Pisaro, qui m’a présenté à Antoine Beuger, Jürg Frey, Manfred Werder, Thomas Stiegler et le Groupe Wandelweiser. Puis j’ai suivi à Zürich les cours d’Ulrich Eichenberger sur la musique sacrée de la Renaissance.

Je crois que quiconque grandit à l’intérieur du système éducatif américain doit savoir deux choses importantes. La première est que l’art avec un grand « A » est pour tout le monde. La seconde, c’est qu’en bossant dur, on arrive toujours à trouver sa voie. Jeune, je travaillais à la ferme, mais parce que dans ma commune de naissance il y avait de bons bibliothécaires, j’ai eu l’occasion de connaître tôt les compositions de John Cage. Parce que notre ville croyait à l’importance de sensibiliser tout un chacun à la musique savante, j’ai pu m’élever dans la fréquentation de musiciens de qualité. Pour accompagner les matchs de football, notre harmonie jouait du Stravinsky ! Et j’ai entendu dans la cafétéria le quintette à vent du lycée jouer des pièces de Jean-Sébastien Bach.

RM : Vous êtes le maître d’œuvre, dans le cadre du Festival d’Automne, de deux manifestations : ON FOOT : Aubervilliers – 24 marches quotidiennes silencieuses dans la ville – et TRUMPET City : Aubervilliers – concert de plusieurs dizaines de trompettistes alignés dans la rue. Pour vous qui composez avec le silence, ces deux événements ne font-ils qu’un seul ? Diriez-vous que la musique naît du silence et/ou y retourne ?

CS : Certains de mes projets musicaux ont résulté d’activités extérieures. Ainsi, en 2005, à l’occasion de mon ON FOOT : SUISSE, après avoir marché 31 journées consécutives, j’ai écrit une pièce et l’ai jouée dehors à la trompette. La marche est très profitable à ma créativité. Et quand je me suis mis à réfléchir à ce que j’allais faire par la suite, je me suis dit « pourquoi pas davantage de trompettes ? », et c’est ainsi qu’est née en 2009 la performance TRUMPET CITY.

Le silence est un vaste sujet. Si je le résume, c’est la « paix de l’esprit ». J’ai fait beaucoup de retraites dans les monastères de trappistes et me suis intéressé également aux pratiques des Quakers. En marchant ensemble silencieusement, nous devenons de plus en plus disponibles à ce calme intérieur. Et lorsqu’on joue dans la rue, une écoute vraiment attentive peut conduire à la quiétude – à condition bien sûr d’être prêt à ça.

« La musique est pour moi une activité spirituelle. »

RM : Lundi 9 septembre, vous avez réuni les trompettistes pour leur expliquer la performance du 6 octobre et faire quelques essais. L’essentiel de cette première rencontre s’est organisée autour de l’attention à son propre corps, chacun devant être attentif tour à tour à ses pieds, son écoute et sa respiration. Diriez-vous que la musique est pour vous inséparable de la vie et qu’elle est moins un objet qu’une activité ?

CS : La musique est pour moi une activité spirituelle, que l’on soit interprète ou auditeur. Cette pratique peut être affinée, étendue et approfondie. Puisque dans toutes les cultures, la musique est un fait anthropologique (et même jusque chez les baleines à bosse !), il me semble difficile de l’isoler de l’ensemble des activités humaines.

RM : TRUMPET City : Aubervilliers sera la septième édition de Trumpet City. Avez-vous eu des surprises à chaque nouvel événement ? Qu’attendez-vous que vous n’ayez pas encore expérimenté ? Les Français vous paraissent-ils réceptifs à ce genre de production ?

CS : C’est le Suisse Christian Kobi qui a organisé la deuxième performance, à Berne, sur les rives de l’Aar. Là-bas, il est apparu comme évident que la musique était une bonne chambre d’écoute de la ville. Et ce qui est intéressant, c’est, pour chaque manifestation, la spécificité du lieu. Sans oublier bien sûr les musiciens eux-mêmes, ni, à égalité, les auditeurs. La musique se met réellement à vivre dans ce moment d’engagement réciproque.

Étant donné que 41 trompettistes vont jouer à Aubervilliers, j’imagine qu’il va se passer quelque chose ! Quand, à la présentation du projet le 9 septembre, nous avons fait un essai avec 12 musiciens, nous avons tous été surpris par l’investissement enthousiaste des interprètes alignés dans la rue. Je suis très curieux de voir ce que cela va donner le 6 octobre.

Crédits photographiques : Trumpet City : Park Avenue, Eric Bondo à gauche et Craig Shepard à droite © Beth O’Brien

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