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Lilian Meurin, époustouflant euphoniumiste dans un patchwork français

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Gabriel Philippot : Trois poèmes; transcriptions originales d’après Maurice Ravel (1875-1937) (Pavane pour une infante défunte), Gabriel Fauré (1845-1924) (Papillons opus 77) et Camille Saint-Saëns (1835-1921) ( Le cygne du carnaval des animaux). Luc Vertommen : Carmen Fantasy d’après Georges Bizet. Lilan Meurin, euphonum, Victor Metral, piano. 1 CD Indésens. Enregistré en février 2018 à l’auditorium Henri Dutilleux du conservatoire de Douai. Textes de présentation en français et en anglais. Durée : 52:54

 

Lilian Meurin est un phénomène : à vingt-trois ans à peine, cet euphoniumiste, formé dès ses quinze ans au CNSM de Paris, déjà lauréat de nombreux concours internationaux dédiés aux cuivres graves, nous livre en guise de premier disque un récital chambriste français ébouriffant. Il y est secondé par par un excellent Victor Metral, pianiste chambriste patenté, déjà bien connu pour ses prestations au sein de son trio à clavier familial.

poemes indesensLe XIXᵉ siècle romantique a doté la famille des cuivres d’une réelle assise grave. Si Berlioz réquisitionne l’ophicléide pour sa Symphonie Fantastique, il faut attendre la génération suivante, pour qu’en marge des innovations d’Adolph Sax, le facteur parisien Besson émigré à Londres, ou Somer en Allemagne créent leur version moderne de l’instrument, avec différentes formes modernes de « tubas » au sens large. L’euphonium, variante ténor franco-anglaise a très vite intégré les brass bands britanniques, et sous ses différentes déclinaisons, l’orchestre symphonique, avec quelques solos mémorables tel celui du Bydlo des Tableaux d’une exposition de Moussorgsky, vus selon un Ravel orchestrateur de génie.

Le jeune Lilian Meurin est, en dehors de ses multiples activités au sein d’orchestre et d’ensembles de cuivres, un passionné de musique de chambre. Il a eu l’idée pour son premier enregistrement de rendre hommage à l’école française tout d’abord au travers de diverses transcriptions d’œuvres célèbres, probablement dues à notre interprète – la notice un peu sommaire d’Indésens étant muette à cet égard. Une fois admis le principe d’une telle pratique, les interprètes nous permettent de découvrir sous un jour inattendu, outre une version assez prévisible de la Pavane pour une infante défunte de Ravel (timbriquement voisine de la version orchestrale de la page, avec son énoncé initial au cor), les Papillons de Fauré ou le Cygne de Saint-Saëns, grâce, ici au sens profond du legato, ou là à la virtuosité et au souffle de l’interprète, cela sans tomber dans aucun pachydermisme sonore.

Une bonne moitié du présent disque est consacrée aux Poèmes du jeune chef et compositeur Gabriel Philippot, spécialiste de la littérature pour cuivres et harmonies. Imposé en finale du concours d’euhonium, saxhorn et tuba de Tours de 2015, dont Lilian Meurin fut premier lauréat, il s’agit d’un hommage oblique et un peu bavard à la poésie et à la musique françaises : sous les auspices de Rimbaud, Baudelaire ou Verlaine, l’écriture mélodique et harmonique, plus passéiste que novatrice peut faire songer au jeune Dutilleux dans la « Sensation » initiale ou au groupe des Six au fil de la « Tristesse de Lune » centrale. Mais le final centré sur les « deux chansons pour boire » de Verlaine débouche sur une assez cocasse et déso(pi ?)lante paraphrase de la Rhapsodie hongroise n° 2 de Franz Liszt, ironique et quelque peu hors sujet. Cette composition hétéroclite et longuette est heureusement sauvée par une interprétation rayonnante de maîtrise et d’engagement de la part du soliste, admirablement secondé par un Victor Metral d’une confondante maîtrise au fil de la redoutable réduction pour piano faite par l’auteur.

Le disque se termine par une incroyable « Carmen fantaisie » dont l’« arrangeur » n’est pas précisé dans la notice ou en quatrième de couverture – il s’agit probablement de Luc Vertommen, compositeur belge et actuel directeur du Brass Band des Hauts-de-France. Très habile et calquée sur la page violonistique de Sarasate inspirée par le même opéra, elle permet à Lilian Meurin de faire étalage de toutes ses qualités et d’ajouter çà et là une touche d’humour à ce disque, carte de visite musicale tout compte fait fort réussie à défaut d’être inoubliable.

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Gabriel Philippot : Trois poèmes; transcriptions originales d’après Maurice Ravel (1875-1937) (Pavane pour une infante défunte), Gabriel Fauré (1845-1924) (Papillons opus 77) et Camille Saint-Saëns (1835-1921) ( Le cygne du carnaval des animaux). Luc Vertommen : Carmen Fantasy d’après Georges Bizet. Lilan Meurin, euphonum, Victor Metral, piano. 1 CD Indésens. Enregistré en février 2018 à l’auditorium Henri Dutilleux du conservatoire de Douai. Textes de présentation en français et en anglais. Durée : 52:54

 
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