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Carl Philipp Emmanuel Bach émouvant et visionnaire par Vittorio Forte

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Carl-Philipp-Emmanuel Bach (1714-1788) : « Abschied » : rondos pour piano « Abschied von meinem silbermannischen claviere » en mi mineur Wq.66 H.272, en la mineur Wq.59/6, H.262, en ré mineur Wq.61/4, H.290, en ut mineur, Wq.59/4 H.283, en la majeur Wq. 58/1, H.276, en mi majeur, Wq.57/1, H.265. Fantaisies en ut majeur, Wq.59/6 H.284, en la majeur Wq. 58/7, H.278, en fa majeur Wq.59/5 H.279, en fa dièse mineur, Wq.67 H.300, en ut majeur Wq.61/6, H.291. Douze variations sur « la folia d’Espagna », Wq.118/9,H.263. Vittorio Forte, piano Steinway modèle D de la collection Fabbrini. Un CD Odradek ODRCD 368. Enregistré au studio Odradek « the spheres » en mai 2018. Textes de présentation en anglais, français et allemand. Durée : 78:31

 

Après d’intéressantes valses de , , nouvellement « signé » par le label Odradek, nous gratifie d’un disque intégralement consacré aux fantaisies et rondos du dernier Carl-Philipp-Emmanuel Bach, juste ponctués du bout de la pensée par les célèbres et plus légères variations sur les Folies d’Espagne.

Vittorio Forte - C.P.E. Bach - OdradekPar sa longue existence, le deuxième fils de Johann Sebastian Bach a mené sa barque musicale des derniers rivages d’un âge baroque finissant aux abords du (pré-)romantisme induit par l’Empflimdsamkeit allemande. Le doute n’est aujourd’hui plus permis : à côté de et de W.A Mozart, Carl Philipp Emmanuel est sans doute l’un des très grands compositeurs – entre autres, pour clavier – de cette seconde moitié du siècle des Lumières. L’étendue gigantesque de son œuvre solo et concertante pour les divers instruments à clavier (un domaine alors en pleine mutation technologique) n’a d’égale que la versatilité de ses affekts, dans un soucis de constante qualité. Une « somme » destinée « für kenner und liehaber », tant aux « connaisseurs » qu’aux simples amateurs de sensations inédites. La fantaisie en ut majeur Wq 59/6, H284 (plage 2) est un parfait exemple de cette nouveauté discursive, avec ses sautes d’humeurs brusques et imprévisibles, ses ruptures de tempi, ses enchaînements harmoniques aussi osés qu’inattendus, à la limite de l’improvisation quoique rigoureusement écrite et pensée.

opère un choix optimal à travers ce vaste catalogue, construit savamment son programme tant par l’enchaînement des tonalités que par le contrastes des humeurs et des climats et brosse un portrait émouvant mais nuancé, par petites touches du maître toujours esthétiquement aux abois en sa glorieuse fin de carrière. Son jeu – sur un Steinway modèle D réglé en exact rapport avec cette approche versatile – se veut à la fois tendre et incisif, entre épanchement empathique et vélocité quasi « jazzy » (fantaisie en la majeur). Il réussit la gageure, par cette sonorité courte mais magnifiquement malléable, par ce toucher chirurgical mais sans sécheresse, par cette articulation très détaillée doublée d’un imparable à-propos discursif, ou encore par cet usage millimétré de la pédale, à donner l’illusion au clavier moderne des reflets changeants et mordorés des meilleurs pianoforte de l’époque ou du clavicorde. C’est notamment le cas tout au fil du rondo « adieu à mon clavier Silbermann » Wq.66 H.272, (publié en édition papier seulement …en 1986 !), œuvre à programme illustrant le don de son plus précieux clavicorde du maître à son élève Grotthuss. C’est sous le signe de cette transmission que s’ouvre le copieux album fort justement intitulé Abschied : il s’agira au fil des quatre-vingt minutes de ce programme aussi d’évoquer à la fois les affres du temps que les ruptures et transmutations tant humaines qu’artistiques.

Le pianiste ne nous y épargnera aucune des excentricités (l’opposition des registres extrêmes dans le rondo en la mineur Wq. 56/5 H.262), aucun de ces brusques contrastes d’ambiance (rondo en ut mineur Wq.59/4, H. 283), entre ton direct et délié (rondo en la majeur Wq. 58/1, H.276) et recherche plus spéculative (fantaisie en ut majeur Wq.61/6 H;291). C’est sans doute au fil de la pathétique, doloriste et presque ultime (1787) fantaisie en fa dièse mineur (Wq.67, H.300) que Vittorio Forte atteint des sommets d’intensité d’expressive et de parfaite connivence d’esprit avec le maître vieux de cœur mais jeune d’esprit : il rejoint avec d’autres moyens organologiques mais avec une sensibilité comparable, un au sommet de son art dans le délicat maniement d’un clavier à tangentes (Ecm), disque fêté en ces colonnes voici deux ans. Dans un esprit plus déluré et décoratif, les variations sur les folies d’Espagne ponctuent agréablement le récital avec heureusement plus de légèreté et de pittoresque.

Voici donc une splendide réalisation, très achevée dans sa conception et idéale dans sa réalisation, dans un répertoire majeur de l’instrument-roi, pourtant si peu, et parfois si mal (l’intégrale-pensum en 26 CD d’, chez Hännsler) abordé par nos pianistes « modernes ». Un disque auquel nous reviendrons souvent et avec enthousiasme.

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Carl-Philipp-Emmanuel Bach (1714-1788) : « Abschied » : rondos pour piano « Abschied von meinem silbermannischen claviere » en mi mineur Wq.66 H.272, en la mineur Wq.59/6, H.262, en ré mineur Wq.61/4, H.290, en ut mineur, Wq.59/4 H.283, en la majeur Wq. 58/1, H.276, en mi majeur, Wq.57/1, H.265. Fantaisies en ut majeur, Wq.59/6 H.284, en la majeur Wq. 58/7, H.278, en fa majeur Wq.59/5 H.279, en fa dièse mineur, Wq.67 H.300, en ut majeur Wq.61/6, H.291. Douze variations sur « la folia d’Espagna », Wq.118/9,H.263. Vittorio Forte, piano Steinway modèle D de la collection Fabbrini. Un CD Odradek ODRCD 368. Enregistré au studio Odradek « the spheres » en mai 2018. Textes de présentation en anglais, français et allemand. Durée : 78:31

 
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