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Dans la profondeur de l’écoute avec Hélène Breschand

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Octopus. Éliane Radigue (né en 1932) : Occam Océan XVI pour harpe acoustique ; Kasper T.Toeplitz (né en 1960) : Convergence, saturation & dissolution pour harpe électrique et électronique live. Hélène Breschand, harpe. 1 CD BOCIAN RECORDS BC-KTT72. Enregistré et mixé au Sleaze ART studio à Paris en 2018. Durée : 53:00

 

Voir le geste de l’interprète dans l’instant de la performance participe de l’expérience sonore à laquelle nous convie et sa harpe, un instrument qu’elle semble réinventer à chaque nouvelle œuvre.

Bocian Records_BC-KTT72Évoluant dans l’univers de l’électroacoustique depuis son tout jeune âge, découvre dans les années 70 à New-York les vertus des premiers synthétiseurs, le Arp 2500 notamment, qui devient son fidèle partenaire. Forte de cette expérience, elle se tourne aujourd’hui vers les interprètes pour élaborer avec eux, et par le truchement de l’improvisation, l’œuvre que son imaginaire lui dicte : « L’idée d’Occam Océan m’est venue d’une visite de la section géologie du musée de Los Angeles que j’ai faite en 1970, confie-t-elle dans le livre d’entretiens que lui consacre Bernard Girard aux éditions Aedam Musicae. Sans la dimension du visuel, ce nouvel enregistrement nous invite à une immersion plus radicale encore dans le son. Les deux pièces du disque se situent au croisement des musiques écrites et improvisées.

On s’interroge sur l’origine du continuum sonore entendu dans les premières minutes d’Occam Océan XVI pour harpe (2017), s’il l’on n’a jamais vu faire résonner son instrument avec un ruban métallique qu’elle passe entre les cordes. Mais oublions la source pour pénétrer au cœur du son et y entendre son grain, les modulations incessantes de sa masse et de ses couleurs, à la faveur d’une écoute active (« réduite » aurait dit Pierre Schaeffer) qu’induit une telle expérience sonore. La harpe est légèrement « préparée » dans la deuxième séquence de l’œuvre où les cordes aigües, sans résonance, évoquent quelque sanza ou autre boite à musique aux sonorités vibrionnantes. Sans interrompre le flux, l’interprète a pris un archet dans chaque main (l’un des deux semble cranté) pour réinvestir le continuum sonore, ouvrir l’espace de résonance et jouer sur les variations fines de l’image spectrale, avec cette qualité vibratoire entretenue par les allers-retours de l’archet. Ce sont des images associées à l’eau et à l’océan, transmises par la compositrice et intégrées par l’interprète, qui ont guidé l’élaboration d’Occam océan XVI, une réalisation bicéphale, pourrait-on dire, telle qu’ conçoit la création.

Aux manettes de son ordinateur d’où il tire une matière sombre et saturée, mixe en direct les sonorités de la harpe électrique d’Hélène Breschand dans Convergence, Saturation & Dissolution, une pièce dédiée à la harpiste. S’y exerce la manière singulière du performer de modeler le flux sonore en jouant sur l’hybridation des matières. Le son métallique des cordes de la harpe et la strate aigüe de ses fréquences interférent la source électronique (Convergence) et semblent la phagocyter au cours d’un premier processus porté jusqu’à l’incandescence (Saturation). La fin cut est saisissante mais n’altère pas le continuum, assuré en arrière-fond par le jeu de la harpiste. Le derniers tiers de la pièce va se jouer dans le registre bas-médium, sur l’énergie d’un flux réamorcé par l’ordinateur. La harpe y inscrit ses figures, sorte de chant plaintif fragilisé par le fond granulaire de l’électronique (Dissolution). La synthèse opérée dans les dernières minutes est du plus bel effet.

Lieu de la performance, qui accueille l’improvisation, l’œuvre chez Toeplitz n’écarte pas pour autant l’écriture, le compositeur aimant situer son travail entre « musique de notes » (dont il connait les ressorts) et « noise music » : un univers dans lequel le travail d’Hélène Breschand s’inscrit pleinement.

 

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Octopus. Éliane Radigue (né en 1932) : Occam Océan XVI pour harpe acoustique ; Kasper T.Toeplitz (né en 1960) : Convergence, saturation & dissolution pour harpe électrique et électronique live. Hélène Breschand, harpe. 1 CD BOCIAN RECORDS BC-KTT72. Enregistré et mixé au Sleaze ART studio à Paris en 2018. Durée : 53:00

 
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