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Le festival En chair et en Son revient sur la scène du Cube

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Issy-les-Moulineaux. Le Cube
24-X-2019 : Michel Titin-Schnaider : La Mort de la Mort pour sons fixés ; Marek Jason Isleib – Maurizio Chiantone : Fenix ; Jutta Mayer – Agnès Poisson : L’Autre en soi ; Tina Besnard – Noah Creshevsky : BibiBimba EX-Too ; Juju Alishina – Claude Hermitte : Les Robots Abusifs
25-X-2019 : Lucile Belliveau – Ljuba de Angelis : Cryonic Dream ; Willy Pierre-Joseph – Cyril Menauge : La fourmi électrique ; Renaud Semper-Manchon – Lucie Prod’homme : Cantique des Quantiques ; Maite Soler – Pierre Boeswillwald : Dans le trou odieux de la bête appelée algorithme. Acousmonium Motus ; projection sonore Nathanaëlle Raboisson, Agnès Poisson, Ljuba de Angelis, Cyril Menauge, Lucie Prod’homme, Pierre Boeswillwald

 

Pour la cinquième année consécutive, le Cube d’Issy-les-Moulineaux accueille le festival En chair et en Son, une proposition artistique forte où le geste du danseur part à la rencontre de la musique acousmatique, entendue à travers les seuls haut-parleurs.

En chair et en son#5 - Renaud (1)

C’est l’acousmonium Motus (une trentaine de haut-parleurs) qui investit l’espace du centre de création numérique du Cube pour trois jours de festival où des artistes du monde entier, fidèles pour certains, viennent danser la musique électroacoustique, sur des œuvres préalablement écrites et qu’ils ont choisies. Le thème retenu cette année est celui du trans-humanisme, de l’intelligence artificielle et de la robotique, qui transparait dans les titres d’œuvre, si ce n’est dans la musique.

Sans doute pour mieux cerner le propos, Michel Titin-Schnaider, un des organisateurs de la manifestation, donne à entendre une pièce acousmatique sans la danse, La mort de la mort : sorte de Hörspiel anticipatoire (la scène est située au XXIIe siècle) projetant des voix d’androïdes et l’écho d’un contexte social dominé par les robots, sur un ton aussi alarmiste qu’humoristique. Les voix sont également déshumanisées dans Fenix du Napolitain Maurizio Chiantone, interprété à la console par de la Compagnie Motus, alors que Chloé Chope est aux lumières. Fenix est une musique de flux sombre et chaotique, extrêmement tendue, et qui ne va pas sans longueurs, que s’approprie l’Italien Marek Jason Isleib, un fidèle du festival, dont la stature et la force du propos chorégraphique nous mettent sous hypnose. Formé à la danse Butō dont il fait évoluer la pratique (il est en costume et chapeau melon), le danseur communique la tension et toutes les vibrations expressives qui émanent de son corps en mouvement.

C’est un monde intérieur, une exploration toute en finesse dans le « ventre » d’un violoncelle, que donne à entendre L’Autre en Soi d’ : « Les algorithmes apporteront-ils des réponses aux questions essentielles de nos vies, qui touchent notre âme? », interroge-t-elle. Elle est à la console pour donner une interprétation sensible de cette fantasmagorie sonore, tandis qu’on peine à décrypter les options chorégraphiques de Jutta Mayer. Plus en phase avec la musique, la pétillante git au sol, comme éjectée d’un gobelet de carton géant au tout début de sa prestation dans BibiBimba EX-Too. Chapeau à voilette et gant rouge à main droite, elle est ange et démon à la fois, comme électrisée par une musique haute en couleurs, celle de Noah Creshevsky, sorte de patchwork virtuose et bien assumé dont la danseuse traduit l’inquiétante fantaisie.

 

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La Japonaise Juju Alishina, formée à la danse traditionnelle et au butō, est également une habituée du Cube. Elle danse ce soir en chaussures souples et combinaison à capuche, sur la composition de Claude Hermitte, Les Robots Abusifs. Fascinante dans son imperturbable maintien, elle élabore un contrepoint subtil, alliant souplesse et mécanique du geste, tandis que la musique inscrit ses objets sonores bruyants sur une toile de fond éminemment expressive.

Le binôme est féminin dans Cryonic Dream, une musique de Ljuba de Angelis qui est aux manettes lors de la seconde soirée du festival. Le matériau sonore très hétérogène génère un univers bruité, celui de machines d’IRM notamment qu’elle est allée enregistrer. Entre rêve et réalité, l’écriture chorégraphique est plus narrative, frôlant parfois le mimodrame. Dans sa lutte pour gagner la paix intérieure, Lucile Belliveau, très agitée, inclut la percussion corporelle. La danse de Willy Pierre-Joseph est fluide et virtuose dans La fourmi électrique de Cyril Menauge. À tel point que la performance physique du danseur mise au premier plan « occulte » un rien la musique, qui balance entre trames colorées et micro-montage.

En chair et en son#5 - Renaud - Lucie (7)

L’équilibre des forces est idéal dans Cantique des Quantiques, un titre à la Lucie Prod’homme, où se frottent physique et métaphysique. La musique, économe et somptueuse, laisse un espace à la danse, qui s’exprime quant à elle sans débordement, occasionnant une des plus belles rencontres du festival. La compositrice nous met à l’écoute de la résonance du son, des battements entre les fréquences et des variations infimes du spectre sonore, créant un univers très immersif que traverse la danse de Renaud Semper-Manchon, d’une égale intériorité et d’une concentration optimale.

Doyen de ce festival, Pierre Boeswillwald, compositeur octogénaire des plus dynamique, est à la console pour interpréter Dans le trou odieux de la bête appelée algorithme, une musique au large spectre, articulée en plusieurs séquences, dont la puissance et le caractère onirique impressionnent. Elle donne lieu à la proposition chorégraphique la plus risquée et spectaculaire de la soirée. Un bas de laine sur le visage, la main droite entravée par un gant de cuir noir, le corps anonyme – la danseuse et chorégraphe Maite Soler – se tient en retrait dans le noir. Seule sa main droite capte la lumière (celle de Cloé Chope, rappelons-le), réagissant aux propositions sonores par un geste minimaliste mais non moins expressif : une autre manière d’instaurer le dialogue avec les sons fixés, aussi visionnaire que convaincante.

Crédits photographiques : © Fabrice Pairault

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24-X-2019 : Michel Titin-Schnaider : La Mort de la Mort pour sons fixés ; Marek Jason Isleib – Maurizio Chiantone : Fenix ; Jutta Mayer – Agnès Poisson : L’Autre en soi ; Tina Besnard – Noah Creshevsky : BibiBimba EX-Too ; Juju Alishina – Claude Hermitte : Les Robots Abusifs
25-X-2019 : Lucile Belliveau – Ljuba de Angelis : Cryonic Dream ; Willy Pierre-Joseph – Cyril Menauge : La fourmi électrique ; Renaud Semper-Manchon – Lucie Prod’homme : Cantique des Quantiques ; Maite Soler – Pierre Boeswillwald : Dans le trou odieux de la bête appelée algorithme. Acousmonium Motus ; projection sonore Nathanaëlle Raboisson, Agnès Poisson, Ljuba de Angelis, Cyril Menauge, Lucie Prod’homme, Pierre Boeswillwald

 
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