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Musique et mythologie avec François-Bernard Mâche et Musicatreize

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François-Bernard Mâche (né en 1935) : Safous Mélè pour contralto solo, chœur de femmes et ensemble, 2 flûtes, 2 hautbois, harpe et percussions, d’après des fragments de Sapphô ; Danaé pour 12 voix et percussions ; Heol dall pour 12 voix et deux pianos, d’après Sapphô et Novalis ; Invocations pour 6 voix et 2 percussionnistes, d’après des papyrus magiques de l’Égypte hellénique. Marie-George Monet, contralto ; Nathanaël Gouin, Sélim Mazari, piano ; Raphaël Simon, Christian Hamouy, percussions ; ensemble Musicatreize ; direction Roland Hayrabedian. 1 CD L’Empreinte digitale ; enregistré en 2017 et 2018, salle de musique de Karolina Blaberg, Le Tholonet (1,3,4) ; le 25 février 2018, Salle Musicatreize à Marseille (2). Durée : 54:00

 

Ce CD monographique consacre le long compagnonnage de avec le compositeur dont les quatre œuvres de cet enregistrement balaient presque soixante années (1959-2017) de création sonore.

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Compositeur et musicologue, passionné de civilisation grecque (il obtint un diplôme d’Études supérieures d’archéologie grecque en 1957), écrit une musique nourrie de ce bagage historique et littéraire, véhiculant les légendes, la beauté de la langue antique et sa puissance évocatrice. En témoigne la première pièce de cet album, Safous Mélè (« Vers de Sapphô ») où la voix de contre-alto portée par le chœur met en valeur les sonorités de la langue – une langue à tons nous dit le compositeur – à travers les vers de la poétesse. Les instruments ne sont pas en reste, qui colorent voire relaient la texture vocale (« Le charme d’un bois de pommiers »). Le traitement de la harpe semble parfois évoquer l’antique cithare quand flûtes et hautbois très ondoyants enlacent la voix soliste dans « Et moi, j’aime la volupté ». C’est au Pierrot lunaire de Schoenberg que l’on pense dans « Voici qu’Eros à nouveau », s’agissant de la complicité des instruments et de la voix qui emprunte ici à la technique du Sprechgesang. Sapphô est également convoquée, au côté de Novalis cette fois, dans Heol dall (« Soleil aveugle », en breton), pour douze voix mixtes et deux pianos, une pièce dédiée à et son chef Roland Hayrabedian qui l’ont créée en 2004. C’est une œuvre « œcuménique », prévient le compositeur, où les langues grecque, française et allemande convergent et fusionnent en un idiome plus sonore que sémantique. Les deux pianos donnent le ton, débutant la pièce sur une danse véhémente qui conduit le chœur vers un premier climax. La ferveur rythmique qui étreint l’écriture traduit ici le désir d’aller au-delà de la vie. La « louange » impressionne, exprimée par une montée en puissance des voix en onomatopées, doublées par les deux pianos qui en prolongent la résonance. La vitalité et la virtuosité des pupitres de sont mises en valeur dans une dernière séquence chauffée à blanc. Un même processus d’amplification conduit l’écriture d’Invocations, une pièce récente (2017), commande du Cirm de Nice (Centre national de création musicale), pour six voix et deux percussionnistes, d’après des papyrus magiques de l’Égypte hellénique. Le chœur ne chante que sur les cinq voyelles, échos des formules inscrites sur ces papyrus magiques, pour instaurer un relais entre la musique, l’homme et le cosmos : on pense à Stimmung de Stockhausen. Quatre étapes et autant de gestes sonores (voix et vibraphone) ponctuent ce rituel dont les voix invoquantes culminent in fine, démultipliées par la résonance de la cymbale qui embrase l’espace sonore.

Danaé est une autre héroïne grecque dont Mâche rappelle la légende au cours d’un entretien mené par Maxime Kaprielian dans le livret du CD. Danaé est aussi ce chef d’œuvre pour douze voix et percussions qui s’inscrit au côté de Nuits de Xenakis, des Cinq Rechants d’Olivier Messiaen (également au répertoire de Musicatreize) et de bien d’autres pièces expérimentales créées dans les années 1970 par Marcel Couraud et ses solistes. Comme chez Xenakis, à qui la pièce est dédiée, il n’y a pas de texte dans Danaé mais un ensemble de phonèmes et d’onomatopées rehaussés d’une percussion musclée (Raphaël Simon et Christian Hamouy) : murmure, sifflement, constellations et nuages de sons animent cette partition tout en reliefs, notamment lorsque les damarus, ces tambourins à boules fouettantes confiés aux chanteurs, émettent leur crépitement qui sature l’espace sonore : pièce à haute tension, gorgée d’énergie et multipliant les trouvailles sonores, dont les voix expertes de Muzicatreize, sous le geste de Roland Hayrabedian, restituent tout à la fois la frénésie rythmique et le mystère de la célébration.

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François-Bernard Mâche (né en 1935) : Safous Mélè pour contralto solo, chœur de femmes et ensemble, 2 flûtes, 2 hautbois, harpe et percussions, d’après des fragments de Sapphô ; Danaé pour 12 voix et percussions ; Heol dall pour 12 voix et deux pianos, d’après Sapphô et Novalis ; Invocations pour 6 voix et 2 percussionnistes, d’après des papyrus magiques de l’Égypte hellénique. Marie-George Monet, contralto ; Nathanaël Gouin, Sélim Mazari, piano ; Raphaël Simon, Christian Hamouy, percussions ; ensemble Musicatreize ; direction Roland Hayrabedian. 1 CD L’Empreinte digitale ; enregistré en 2017 et 2018, salle de musique de Karolina Blaberg, Le Tholonet (1,3,4) ; le 25 février 2018, Salle Musicatreize à Marseille (2). Durée : 54:00

 
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