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Sonosphère V d’Elżbieta Sikora en création mondiale à la Philharmonie

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Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 14-XII-2019. Elżbieta Sikora (née en 1943) : Sonosphère V, Wanda Landowska (CM) ; Franz Liszt (1811-1886) : Totentanz pour piano et orchestre ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 3 « Eroica ». Misja Fitzgerald Michel, guitare électrique ; Mihkel Poll, piano ; Orchestre Pasdeloup, direction : Elena Schwarz

Présences féminines à la Philharmonie de Paris avec au pupitre de direction et la compositrice qui rend hommage dans sa nouvelle pièce d’orchestre à .

Elena-Schwarz-by-Priska-Petterer
L’affiche de l’ est alléchante, mettant sur le devant de la scène deux solistes avant de donner à entendre l’ « Eroica » de Beethoven, premier symptôme d’une célébration annoncée.

C’est en entendant sur France Musique le chant populaire polonais « Le Houblon », adapté au clavecin par , que jaillit l’idée de Sonosphère V, Wanda Landowska, un nouvel opus rejoignant la série des Sonosphères initiée en 2013, dont chaque numéro convoque l’électricité. « J’ai choisi la guitare électrique, non le clavecin, car ma composition est créée aujourd’hui, au XXIᵉ siècle. Par ce choix délibéré, je voulais mettre en valeur la modernité de Wanda Landowska qui, si elle était toujours parmi nous, aurait probablement joué de cet instrument ». Ainsi s’explique la compositrice polonaise dans sa note d’intention. Misja Fitzgerald Michel est à sa guitare et ses pédales d’effets au côté d’, rivé à son geste et un rien tendu semble-t-il. L’entrée en matière, superbe, se fait sur une note lancée par le xylophone que relaient la harpe puis la trompette, dans un effet d’irisation qui contamine progressivement tout l’orchestre jusqu’à le faire vibrer dans sa plénitude. Relais de timbres, fanfare des cuivres, percussion musclée et émergences de la guitare dessinent ensuite la dramaturgie, font vivre les contrastes et jouent avec l’espace, dans cette veine expressionniste que la compositrice aime perpétrer. Très réactif, l’ en grande forme captive notre écoute. Dans son long solo de guitare électrique au centre de la pièce, Misja Fitzgerald Michel n’est pas moins énergétique, entre groove et traits virtuoses : glissades vertigineuses, impacts bruiteux et matière saturée ; le soliste balaie un large spectre sonore, s’engageant corps et bras dans une cadence dûment écrite, même si l’élan de l’improvisation la traverse.

C’est , jeune artiste estonien déjà bardé de récompenses, qui est au piano dans la redoutable Totentanz (« Danse macabre ») de , pièce concertante (et non pas concerto) que le compositeur écrit en 1838 et révise en 1849. Sous-titrée « paraphrases sur le Dies Irae », l’œuvre est une série de variations sur le thème liturgique fort célébré, par Berlioz notamment, et sa Symphonie fantastique. Liszt est aussi aventurier que son confrère, qu’il admire, dans cette  « messe noire » dont les premières minutes donnent le ton : ostinato d’accords atonaux percutés dans le registre grave du piano (c’est lui qui débute) sur lequel s’énonce le thème de la Séquence aux cuivres les plus gras. Sous la direction ferme autant que précise d’Elena Schwarz, on goûte les finesses de l’orchestration du maître de Weimar, ciselant son écriture autour d’un piano toujours au centre du dispositif. Il est seul dans la troisième variation où l’on apprécie les aigus délicats et la plénitude de la sonorité de . Son abattage virtuose dans les variations suivantes impressionnent, autant que sa musicalité dans les pages plus contrapuntiques où la synergie s’instaure avec l’orchestre. L’écoute est ainsi constamment stimulée au cours d’une partition dont Elena Schwarz nous fait percevoir mille et un détails.

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Pas de pause, si ce n’est celle du changement de plateau, dans ce programme exigeant donné en  milieu d’après-midi. L’Orchestre Pasdeloup galvanisé par Elena Schwarz interprète pour terminer la Symphonie n° 3 de Beethoven dite « Eroica ». Superbement conduit, le premier mouvement instaure une belle fluidité du discours, avec de l’élan et des nervures rythmiques bien dessinées, même si le son, dans l’espace de la Philharmonie, manque parfois de définition. L’élégance de la ligne se dégage dans la Marche funèbre dont la cheffe soigne les passages de l’ombre à la lumière. Après un scherzo frémissant qui fait apprécier la qualité des bois ainsi que le pupitre des cors, exemplaires dans le trio, le finale redoutable est enchaîné comme il se doit. L’orchestre ne démérite pas dans ces pages denses et hautement contrapuntiques, en phase avec le geste d’Elena Schwarz dont la présence magnétique et l’oreille affûtée nous comblent cet après-midi.

Crédits photographiques : Elena Schwarz © Priska-Petterer ; concert © Michèle Tosi

 

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Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 14-XII-2019. Elżbieta Sikora (née en 1943) : Sonosphère V, Wanda Landowska (CM) ; Franz Liszt (1811-1886) : Totentanz pour piano et orchestre ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 3 « Eroica ». Misja Fitzgerald Michel, guitare électrique ; Mihkel Poll, piano ; Orchestre Pasdeloup, direction : Elena Schwarz

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