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Le Winterreise de Schubert retranscrit pour quatuor à cordes et voix : un voyage introspectif mais statique

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Franz Schubert (1797-1828) : « Winterreise » D. 911 dans une transcription pour baryton et quatuor à cordes par Gilone Gaubert. Alain Buet, baryton ; Quatuor “Les Heures du jour”: Gilone Gaubert, David Chivers, Sophie Cerf, Emmanuel Jacques. 1 CD Muso. Enregistré du 10 au 14 septembre 2018. Textes de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 73:53

 

Proposer une transcription pour quatuor à cordes du célèbre cycle de lieder de Schubert, après un XXᵉ siècle qui a fort déprisé ce genre de ré-écriture, c’est pour le et un acte courageux, même si Matthias Goerne et le Quatuor Ebène ont fait de même pour d’autres lieder.

Schubert-Winterreise-A.-Buet-Les-Heures-du-jour-Cover-musoIl faut reconnaître que la tentation de retranscrire le Voyage d’hiver pour un quatuor à cordes a quelque chose de légitime, tant cette formation est à même de traduire les mouvements l’âme, ainsi que Schubert lui-même l’a si bien démontré dans ses vrais quatuors. On sera d’autant plus indulgent envers d’avoir commis cette transcription, qu’elle a faite avec une pudeur et une fidélité louables, de façon à permettre aux cordes de prêter avant tout leur sonorité à la partition pianistique. Ce son boisé et volontairement âpre, se coule en belle harmonie avec la voix ductile et chaleureuse d’. Certains lieder sont très réussis : « Auf dem Flusse », « Der Wegweiser », « Der Leiermann », mais si la réflexion sur soi-même est crédible, le rapport (essentiel) à la nature pose problème. Où est le bruissement du feuillage du tilleul, où est l’éclat du clairon du postier ? Même la corneille semble absente. Tout devient uniformément beau, nocturne, serein mais lointain. La profondeur, la sincérité sont là, mais pas la tension intérieure, ni l’urgence à avancer. Il s’impose peu à peu une distanciation entre le héros et ce qu’il nous chante, qui donne à son environnement, non plus un rôle d’acteur ou de miroir, mais de souvenir. Notre « Wanderer » n’est pas en voyage : il médite rétrospectivement, à la lueur d’une bougie, sur les expériences d’une itinérance achevée.

Cette relecture n’est pas un fourvoiement, mais ainsi « dé-romantisée », elle ne présente pas un intérêt majeur pour servir l’œuvre. Elle nous permet du moins de découvrir Alain Buet comme chanteur de lieder, et cette découverte-là est intéressante. La beauté de son timbre, sa souplesse, l’homogénéité des registres et son aisance naturelle avec l’idiome allemand pourraient l’amener à devenir un interprète de premier plan dans ce répertoire. Un piano pour Alain Buet !

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Franz Schubert (1797-1828) : « Winterreise » D. 911 dans une transcription pour baryton et quatuor à cordes par Gilone Gaubert. Alain Buet, baryton ; Quatuor “Les Heures du jour”: Gilone Gaubert, David Chivers, Sophie Cerf, Emmanuel Jacques. 1 CD Muso. Enregistré du 10 au 14 septembre 2018. Textes de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 73:53

 
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