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Arrêt sur image : Stravinsky et Nielsen au restaurant

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Cette photographie constitue un témoignage intéressant rappelant un épisode musical danois peu connu, motivé par la visite du célèbre à la fin de l’année 1925 et sa rencontre avec le compositeur danois le plus fameux de l’époque, .

Nielsen_Stravinski_1925
La soirée organisée en l’honneur du passage d’ fit suite à un concert tenu au Théâtre royal au cours duquel le célèbre compositeur avait dirigé l’Orchestre royal danois, en particulier la musique de son ballet Petrouchka, récemment présenté dans la capitale mais créé bien antérieurement à Paris le 13 juin 1911. Au cours de l’automne 1925, s’était rendu à deux reprises au Théâtre royal pour déguster la musique de Petrouchka. Certains musicologues ont d’ailleurs décelé dans le quatrième mouvement de sa Symphonie n° 6 des sections partiellement influencées par le ballet. Le cliché en noir et blanc pris dans la capitale danoise, à Copenhague, date du 2 décembre 1925.

A l’issue du concert, une partie du monde musical danois se retrouva au très réputé et prestigieux restaurant Nimb (avec sa façade mauresque conçue en 1909) situé dans les Jardins de Tivoli en plein centre de la ville, non loin de la grande place Kongens Nytorv où se trouve le Théâtre royal. Sur le cliché, on distingue dix-sept personnes en tenue de soirée entourant, bien sûr, Igor Stravinsky (43 ans) et à sa droite Carl Nielsen (60 ans), tous les deux assis. Ce dernier a les mains posées sur ses cuisses et son visage exprime une impression de satisfaction discrète, l’air presque absent, songeant sans doute à la Symphonie n° 6 qu’il devait rapidement achever. A la gauche du Danois se trouve, installée dans un fauteuil, une belle jeune femme, élégamment vêtue. Il s’agit de la danseuse russe Vera de Bosset (1889-1982), maitresse de Stravinsky qu’elle épousera en 1940.

Deux autres personnages présents jouissaient alors d’une belle réputation nationale mais également européenne. Ils se trouvent sur la partie gauche de la photo. Le jeune et talentueux compositeur danois Finn Høffding (1899- 1997), alors âgé de 26 ans, représentant apprécié d’une certaine modernité musicale danoise. Il apparait souriant et regarde vers le photographe avec une cigarette à la main droite. Et l’excellent chef d’orchestre, ami de Nielsen, Frederik Schnedler-Petersen (1867-1938), 58 ans, installé dans un fauteuil, cigarette à la main gauche, souriant, détendu, regardant vers ses deux fameux collègues. Bien connu dans les pays scandinaves, il se rendit également à Paris à plusieurs reprises ne manquant pas de défendre avec succès plusieurs partitions orchestrales majeures de son compatriote et ami.

Quant à Nielsen, il achevait sa Symphonie n° 6, la dernière de son cycle. Il devait y porter le point final le 5 décembre, trois jours après cette soirée de gala, et les répétitions devaient commencer dès le lendemain. Sa création était programmée neuf jours plus tard, le 11 décembre précisément, lors d’une soirée consacrée à son soixantième anniversaire. On avait prévu ce soir-là l’exécution du trio de la Suite de L’Histoire du soldat de Stravinsky. La musique de Stravinsky l’intéressait hautement, tout comme était aiguisée sa curiosité pour le modernisme de Béla Bartók dont les auditeurs de Copenhague avaient découvert certaines partitions à partir de 1918 (ils s’étaient connus en mai 1920), et celle d’Arnold Schoenberg dont plusieurs œuvres furent interprétées dans la capitale danoise. Ils s’étaient rencontrés physiquement fin février 1925 à Menton sur la Riviera.

Assis sur le sol, devant et entre les deux maitres, russe et danois, les bras croisés sur le ventre se trouve le critique musical Gunnar Hauch (1890-1937). Stravinsky a posé ses mains sur ses épaules. Derrière l’invité du jour, debout, se trouvent plusieurs personnalités importantes du monde musical danois, à l’époque bien connus. S’ils sont aujourd’hui bien oubliés, ils ont activement participé à la bonne marche du monde artistique danois de l’époque. Il s’agit du président de la chapelle de musique Otto C. Friis (1880-1943) et de William Behrend (1861-1940), critique au fameux quotidien Politiken et historien de la musique placé juste derrière Stravinsky et encore Ferdinand Hemme (1871-1961), violoniste, chef de chœur et d’orchestre.

Le séjour scandinave de Stravinsky ne fut pas un événement sans suite puisqu’au cours de la saison 1925-1926 on exécuta la magnifique musique de Petrouchka une trentaine de fois. « Il y a énormément de bonnes choses dans la musique moderne qui m’intéressent également. Un musicien comme Stravinsky, qui était ici récemment et qui fut rudement traité par les critiques, pourrait bénéficier de beaucoup de considération. C’est un génie, quelque peu impudent, mais plein de vie et puissant » précisa Carl Nielsen lors d’un entretien pour le journal Fyns Ventresblad réalisé en janvier 1926. Toutefois, la singulière musique du Danois ne porte pas de marques patentes de celle de son collègue d’origine russe.

Crédits photographiques : image libre de droit

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