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Portraits de musiciens par Karg-Elert joués à l’orgue par Graham Barber

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Sigfrid Karg-Elert (1877-1933) : From Portraits op. 101 ; Sonate n° 2 op. 46. Graham Barber à l’orgue Link/Gaida de l’église Saint-Paul à Ulm (Allemagne). 1 CD Fugue State Films. Enregistré à Ulm en septembre 2018. Livret en anglais et allemand. Durée : 70:53

 

Comme beaucoup de compositeurs-organistes de la période post-romantique, Sigfrid Karg-Elert a produit de nombreuses œuvres pour l’harmonium. Graham Barber ressuscite quelques unes d’entre-elles sur grand orgue. Une manière de partir à la découverte de mondes inconnus.

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Jeune musicien, Sigfrid Karg-Elert fit ses études au conservatoire de Leipzig, notamment pour le piano avec un élève de Franz Liszt, puis devint professeur et successeur de Max Reger. Son œuvre comporte essentiellement des compositions pour le clavier, dont une bonne trentaine pour l’harmonium. Karg-Elert s’était intéressé au Kunstharmonium du facteur Mustel, qui offrait de belles possibilités musicales, ce qui l’a incité à écrire plusieurs œuvres très originales, dont une série de portraits, en hommage à d’autres compositeurs.

Graham Barber nous propose un choix de six portraits, extraits de l’opus 101 comprenant 33 évocations de musiciens de Palestrina à Schönberg. Délaissant l’harmonium, l’interprète a choisi l’orgue pour traduire ces pièces. La démarche est heureuse puisque Karg-Elert lui-même avait adapté plusieurs opus pour l’instrument à tuyaux, notamment en répartissant les voix avec une partie de pédale indépendante. On entend ici un orgue allemand du début du XXᵉ siècle de grande taille (86 jeux) signé Link/Gaida et situé dans la vaste acoustique de l’église Saint-Paul à Ulm. Ce type d’instrument gigantesque est adapté à la musique de Max Reger et dans son prolongement à celle de Karg-Elert. A l’orgue, les portraits de l’opus 101 prennent un relief particulier : un premier hommage destiné à Carl Maria von Weber permet d’entendre la jolie parodie d’un concerto pour clarinette. L’orgue restitue à merveille la sonorité de l’instrument soliste, comme à l’orchestre. Plus tard l’hommage à Chopin, tel un impromptu, met en avant la flûte harmonique, chère aux romantiques. Chaque évocation non seulement joue sur les timbres et les couleurs, mais plus encore le style propre à chaque compositeur. Ce sont de judicieux pastiches « à la manière de… », où se retrouvent une valse de Strauss, un duo d’amour de Verdi ou le drame wagnérien.

En seconde partie de programme, l’organiste propose la Sonate n° 2 pour harmonium, pour la première fois présentée à l’orgue. Il faudrait pouvoir comparer les deux versions, mais il est clair que l’écriture très fouillée de cette sonate sonne particulièrement bien ici. On reconnait une filiation certaine venant de Reger. Le premier mouvement est une Fantaisie sur le nom de B.A.C.H. On pense également à Liszt, ou Busoni. Karg-Elert semble très inspiré par ces quatre petites lettres, en une longue construction de plus de seize minutes se terminant par une double fugue. L’écriture est savante et digne de ses prédécesseurs. La sonate se poursuit avec une Canzona assez extatique sur les jeux ondulants, ponctués de mélodies interrogatives sur un cor lointain… La Toccata finale est virtuose comme il se doit, quelque peu empêtrée dans des développements inspirés à nouveau de son contemporain Reger. Devant tant de savoir musical, on s’étonne que sa notoriété n’ait pas fait l’unanimité attendue. Sa tournée aux États-Unis en 1932, riche de 33 récitals, fût hélas un échec cuisant qui précipitèrent sa maladie et son décès en 1933.

Il faut saluer la très belle prestation de Graham Barber, spécialiste en la matière, illustrissime artiste anglais, organiste à Norwich et Président des archives Karg-Elert, parmi de nombreux titres liés à sa carrière internationale. Il nous offre ces pages inédites et précieuses pour la découverte d’un répertoire oublié et pourtant caractéristique d’une époque charnière entre les derniers romantiques et les modernes.

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Sigfrid Karg-Elert (1877-1933) : From Portraits op. 101 ; Sonate n° 2 op. 46. Graham Barber à l’orgue Link/Gaida de l’église Saint-Paul à Ulm (Allemagne). 1 CD Fugue State Films. Enregistré à Ulm en septembre 2018. Livret en anglais et allemand. Durée : 70:53

 
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