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La musique des frères Jean-Pierre et Jean-Louis Duport brillamment défendue

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Jean-Pierre Duport (1741-1818) : Sonate I op. 1 ; Sonate IV op. 2 ; Sonate V op. 2. Jean-Louis Duport (1749-1819) : Sonate I op. 2 ; Sonate II op. 2 ; Sonate III op. 2. Guillermo Turina, violoncelle ; Manuel Minguillón, archiluth et guitare. 1 CD Cobra Records. Enregistré du 24 au 26 octobre 2019 en l’église Koepelkerk à Renswoude aux Pays-Bas. Textes de présentation en anglais, espagnol et français. Durée : 65:41

 

Les Clefs ResMusica

au violoncelle et à l’archiluth ou à la guitare assurent une interprétation très réussie de quelques pages de jeunesse des frères Jean-Pierre et .

Jean-Pierre Duport_Jean-Louis Duport_Guillermo Turina_Manuel Minguillon_Cobra Records, l’aîné, naquit à Paris en 1741. Vingt ans plus tard, il fit ses débuts en public avec une de ses sonates juvéniles, dans le cadre d’une soirée au Concert spirituel, organisée au Palais des Tuileries où il se produisit par la suite régulièrement. En 1773, il partit pour l’Allemagne en souhaitant y donner des concerts, il y restera jusqu’à sa mort, survenue le 31 décembre 1818. Engagé comme musicien de la Chambre des rois de Prusse, à la cour de Frédéric « Le Grand », Duport fut, après le décès du souverain et grâce à l’arrivée sur le trône de Frédéric-Guillaume II, nommé en 1786, surintendant de la musique.

Quant à , le cadet, il naquit à Paris en 1749. Sa première apparition devant le public eut lieu au Concert spirituel en 1768. En 1789, probablement en raison du début de la Révolution française, il partit rejoindre son frère, afin d’être également engagé comme premier violoncelliste de la cour où il rédigea sa célèbre méthode intitulée Essai sur le doigté du violoncelle et sur la conduite de l’archet. En 1807, il retourna à Paris où – en 1812 – il fut nommé professeur de violoncelle au Conservatoire. C’est aussi dans la capitale française qu’il mourut, le 7 septembre 1819.

Le rayonnement de la cour de Potsdam dans le domaine de la culture, ainsi que l’amour des monarques prussiens – francophiles et francophobes à la fois –, pour les arts, contribuèrent à des visites des meilleurs compositeurs de l’époque qui écrivirent pour Jean-Pierre et Jean-Louis Duport. Ce fut le cas de Haydn et de Mozart, avec leurs Quatuors prussiens, ainsi que de Beethoven, qui façonna, pour les jouer avec eux, ses Sonates op. 5, les toutes premières sonates de l’histoire de la musique élaborées pour violoncelle et piano.

Les frères Duport figuraient parmi les plus importants musiciens de leur temps. Par leurs efforts pour perfectionner la technique du violoncelle, ils contribuèrent à l’essor de cet instrument dans le répertoire romantique, non seulement au travers des pages novatrices qu’ils signèrent eux-mêmes, mais également grâce à celles que d’autres compositeurs mirent à leur disposition.

Cependant, le florilège de sonates juvéniles proposé sur ce disque, enregistrées en première mondiale, n’a encore rien à voir avec la « modernité » postérieure de l’œuvre des Duport. Celles qu’on trouve ici, furent publiées dans un Paris du siècle des Lumières : en 1766 et en 1772 pour les opus de , et probablement dans les années 1770 (la date précise est inconnue) pour l’opus de Jean-Louis. Bien que l’on ne puisse pas en être certain, quelques-unes de ces partitions sont vraisemblablement celles qu’ils présentèrent durant leurs premiers concerts au Concert spirituel. Les Sonates de Jean-Pierre Duport sont extraites de ses deux premiers livres ; le manuscrit de la Sonate V de son deuxième livre est conservé à la bibliothèque de l’Université d’Eichstätt en Allemagne, avec, pour le mouvement central Adagio, une cadence probablement élaborée par le compositeur lui-même, que et ont incluse dans cette gravure. En ce qui concerne les trois Sonates de Jean-Louis, elles représentent, quant à elles, l’intégralité de son second opus.

Toutes ces pages sont des musiques écrites dans le style galant. Leur structure est façonnée soit selon le schéma « classique » pré-beethovenien de trois mouvements par sonate, ou en deux mouvements. Deux des Sonates en trois mouvements comportent, pour leur finale, la mention Tempo de minuetto ou, littéralement, Minuetto, caractéristiques de cette époque. Rappelons que les menuets seront bientôt remplacés par des scherzos, trouvables déjà dans les premières Sonates pour piano de . D’ailleurs, le menuet n’est pas la seule danse évoquée par les Duport dans le programme de cet album, contenant également un mouvement appelé Siciliano.

Pour l’instrumentarium, Guillermo Turina joue sur un violoncelle monté en cordes en boyau, construit au XVIIIe siècle par un luthier nommé Marchal, dont nous ignorons le prénom. Quant à son accompagnateur, Manuel Minguillón, il joue un archiluth (Klaus Jacobsen, Londres 2010, équipé de cordes en boyau), ou une guitare baroque (Julio Castaños, Malaga 2005, muni de cordes synthétiques). Le choix de l’archiluth et de la guitare baroque peut paraître anachronique, d’autant que les Sonates des Duport sont proches du classicisme ; il résulte du fait que Jean-Pierre Duport se produisait dans les salons parisiens avec le luthiste bohémien Josef Kohaut, dont l’instrument ne fut plus guère utilisé à l’époque.

Pour aborder les œuvres des frères Duport, les capacités d’un interprète soliste doivent combiner maîtrise technique exemplaire et musicalité. Sans ce premier élément, il ne serait pas en mesure de jouer cette musique a tempo, notamment dans les passages virtuoses. La déficience concernant ce deuxième critère, priverait l’exécution de simplicité, de poésie autant que de brio dont ces partitions sont empreintes. Guillermo Turina associant toutes les qualités requises, sa prestation est de bout en bout appréciable voire fascinante. Nous sommes charmés par la clarté de la ligne mélodique, par des phrasés qui font penser au chant humain dans le meilleur sens du terme, par des aigus brillants et colorés (jamais sucrés), révélant une puissance expressive raffinée. À cela s’ajoute l’agilité du doigté, même dans les passages soumis à un tempo relativement vif, comme dans Presto, le finale de la Sonate V op. 2 de Jean-Pierre Duport. Turina signe une exécution exemplaire de ces pages avec sa précision dans les attaques des cordes, loin de toute démonstration prétentieuse, avec une expression convenablement mesurée, avec la légèreté de son archet, et finalement grâce au diapason accordé à 415 Hz, typique du baroque allemand, permettant de savourer un timbre différent de celui qu’on entend de nos jours.

Quant à l’accompagnement, Manuel Minguillón s’avère un chambriste attentif à la respiration du soliste, qui par la souplesse de l’articulation et la finesse du toucher, réussit à établir un dialogue exquis avec le violoncelliste, nous faisant percevoir la beauté des contrepoints et l’élégance harmonique que ces œuvres renferment.

Voici un disque jubilatoire qui permet de mieux appréhender la transition entre le baroque et le classicisme. Notons encore que la prise de son est remarquable, supporté par un équilibre qui, grâce aux micros disposés ni trop proche ni trop loin, donne l’impression d’assister à un concert.

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Jean-Pierre Duport (1741-1818) : Sonate I op. 1 ; Sonate IV op. 2 ; Sonate V op. 2. Jean-Louis Duport (1749-1819) : Sonate I op. 2 ; Sonate II op. 2 ; Sonate III op. 2. Guillermo Turina, violoncelle ; Manuel Minguillón, archiluth et guitare. 1 CD Cobra Records. Enregistré du 24 au 26 octobre 2019 en l’église Koepelkerk à Renswoude aux Pays-Bas. Textes de présentation en anglais, espagnol et français. Durée : 65:41

 
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