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Jansons et Urbański, face à face dans Strauss

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Richard Strauss (1865-1949) : Ainsi parla Zarathoustra ; Burleske. Daniil Trifonov, piano ; Orchestre symphonique de la Radio bavaroise ; direction : Mariss Jansons. 1 CD BR Klassik. Enregistré du 10 au 23 octobre 2017 à Munich, Herkulessaal. Notice bilingue (anglais, allemand). Durée : 60:51

Richard Strauss (1865-1949) : Don Juan ; Till l’espiègle ; Ainsi parla Zarathoustra. NDR Elbphilharmonie Orchester ; direction : Krzysztof Urbański. 1 CD Alpha. Enregistré du 17 au 20 mars et du 22 au 25 septembre 2016 à Hambourg, Laeiszhalle. Notice trilingue (français, anglais, allemand). Durée : 65:17

 

Sommets de virtuosité orchestrale comme de richesse d’inspiration romantique, les grands poèmes symphoniques de requièrent des phalanges d’exception menées par des chefs possédant une technique parfaite. Ces deux interprétations différentes de sont l’occasion d’une mise en miroir intéressante.

StraussLe regretté Mariss Jansons mettait souvent en avant sa technique de direction précise et impeccable acquise auprès de l’école de Saint Pétersbourg. Son approche des poèmes symphoniques de Strauss dont un nouveau volume posthume nous arrive aujourd’hui reflète bien cette virtuosité orchestrale impressionnante. L’orchestre de la radio bavaroise témoigne d’une mise en place parfaite, d’une lisibilité de tous les pupitres au sein de cette orchestration très riche mais toujours, quand elle ainsi jouée, d’une clarté et d’une transparence parfaites. Les cordes sont d’une ampleur et d’une richesse harmonique somptueuse, les cuivres puissants, les bois élégants, tout est en place. Jansons ne jette pas toutes ses forces d’emblée dans la célèbre introduction, préférant faire du sommet d’intensité de « de la science » le véritable apex de l’œuvre. Que manque-t-il alors à cette vision de grande tenue pour égaler les références historiques que Boehm, Karajan, Krauss ou Kempe ont données jadis de cette vaste épopée orchestrale ? Un peu d’abandon, un rien de sensualité, cet usage subtil et parfois imperceptible du rubato qui fait la différence entre les grands chefs et les grands straussiens. Comparez avec l’inégalable référence de Karajan à Vienne (1959, Decca), tout aussi éblouissante orchestralement mais qui se laisse aller à la griserie de la jouissance sonore tandis qu’on sent à chaque instant que la main de fer de Jansons tient les rênes courtes à sa monture. Et le solo de violon de Boskowsky est d’une liberté de ton et d’un chic insolent que nul n’a jamais atteints depuis. En fait, c’est le complément de ce nouveau CD qui nous offre le meilleur. Le Burleske de 1886 est une sorte de grand mouvement de 25 minutes comparable au Concerto n° 1 en ré mineur de Brahms. Si l’écriture de piano doit encore beaucoup à Schumann et à Brahms en effet, celle de l’orchestre plus inventive et impertinente avec ses solos de timbales qui en font presque un double concerto, laisse déjà entrevoir ce que sera le futur style straussien à partir de Don Juan, trois ans plus tard. Cette fois l’inimitable élégance de Trifonov, son toucher magique font de ce Burleske un vrai bijou entre le Schumann le plus tendre et quelques échos annonciateurs de Rachmaninov qui transcendent cette page difficile et peu jouée.

Strauss2Parallèlement nous parvient un enregistrement de l’Elbphilharmonie sous la baguette de son chef capté, non dans la salle neuve qui a donné son nom à l’orchestre, mais dans l’ancienne salle de concert « Laeiszhalle » de Hambourg. Cette fois, malgré sa discipline et sa cohérence, l’orchestre ne peut rivaliser avec les grandes phalanges de Berlin, Dresde ou Vienne, ni avec son homologue de la radio bavaroise. L’ampleur dynamique est moindre et l’on sent l’Elbphilharmonie précautionneuse, à l’image de ce cor solo qui ouvre Till l’espiègle en marchant sur des œufs. Paradoxalement d’ailleurs, le Zarathoustra d’Urbański a beau être plus rapide objectivement que celui de Jansons, il semble plus lent car privé de cet élan et de cette pulsation intérieure que lui insuffle le chef letton. De même l’élan juvénile et conquérant de Don Juan s’essouffle vite. Il est osé pour un orchestre qui ne fait pas partie des premiers et son chef de se mesurer aux meilleurs phalanges. Le pari ici n’est pas gagné.

On pourra donc se laisser séduire par Jansons grâce à un rare Burleske de très haut vol admirablement interprété par Daniil Trofonov avec en bonus une belle version d’Ainsi parlait Zarathoustra. Quant au disque d’Urbański à Hambourg, certes de qualité mais sans comparaison avec les références laissées au disque par les grands straussiens rappelés plus hauts, il souffre d’un orchestre trop limité techniquement pour dépasser le niveau d’une lecture honorable mais sans élan.

 

 

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Richard Strauss (1865-1949) : Ainsi parla Zarathoustra ; Burleske. Daniil Trifonov, piano ; Orchestre symphonique de la Radio bavaroise ; direction : Mariss Jansons. 1 CD BR Klassik. Enregistré du 10 au 23 octobre 2017 à Munich, Herkulessaal. Notice bilingue (anglais, allemand). Durée : 60:51

Richard Strauss (1865-1949) : Don Juan ; Till l’espiègle ; Ainsi parla Zarathoustra. NDR Elbphilharmonie Orchester ; direction : Krzysztof Urbański. 1 CD Alpha. Enregistré du 17 au 20 mars et du 22 au 25 septembre 2016 à Hambourg, Laeiszhalle. Notice trilingue (français, anglais, allemand). Durée : 65:17

 
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