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L’univers orchestral grandiose et vivifiant de James MacMillan

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James MacMillan (né en 1959) : Symphonie n° 5 « Le Grand inconnu » ; The Sun Danced. Marry Bevan, soprano (The Sun Dance) ; Julie Cooper, soprano ; Kim Porter, alto ; Mark Dobell, ténor ; Ben Davies, basse ; The Sixteen ; Britten Sinfonia ; direction : Harry Christophers. 1 CD Coro. Enregistré en public, au Barbican de Londres, le 14 octobre 2019. Notice en anglais. Durée : 78:54

 

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« Il y a des gens pour qui le Beau est une offense personnelle » écrivait Charles Baudelaire. possède cette passion du « beau » qu’il nourrit de sa foi. Ses deux récentes œuvres monumentales enregistrées en un concert séduisent à la fois pour leur liberté d’inspiration et la maîtrise de leur écriture. 

McMillan symph5 Coro live ne fait pas mystère de son ancrage dans le postmodernisme qui cherche avant tout le plaisir des alliages de couleurs et puise dans toutes les esthétiques du passé. De l’écoute de sa musique, il ressort une sensation d’éparpillement sonore, avec le risque du patchwork et de l’emphase sans but véritable. Autant de “périls” que le compositeur évite.

Composé en 2016, The Sun danced célèbre l’apparition de La Vierge, à trois jeunes bergers, à Fatima, au Portugal, le 13 octobre 1917. L’écriture vocale associe le latin, le portugais et l’anglais. C’est l’esprit du Stabat Mater recréé sur un rythme de marche lancinant avant que n’explose la puissance de l’orchestre. Le caractère hymnique si magistralement structuré de l’œuvre évoque les univers de Kilar et de Penderecki. La fusion des styles impressionne et créée un effet de procession hors d’âge, paradoxalement païenne (les ombres de Daphnis et Chloé de Ravel persistent). La souplesse de la direction de Christophers est pour beaucoup dans la clarté de l’architecture qui associe l’aria d’opéra ou d’un concerto pour voix, l’évocation du plain-chant, le monumentalisme des fresques anglaises de la fin du XIXe siècle… La volonté narrative s’exprime par la science de l’orchestration de MacMillan (quelle maîtrise dans les textures les plus complexes !) qui rend évidentes les lignes mélodiques, pourtant en métamorphose incessante. Ce jeu de miroitements de styles et de timbres s’achève dans un sentiment de béatitude captivant.

La Symphonie n° 4 de MacMillan se composait d’un seul mouvement, véritable « rituel en musique » jonglant d’esthétiques inouïes, entre Monteverdi et Birtwistle ! Achevée en 2019, la Symphonie n° 5 « Le Grand Inconnu » (en référence à la troisième personne de la Trinité, le Saint-Esprit de Dieu) joue à nouveau d’une polyphonie « en liberté ». Le premier mouvement, Ruah (vent, souffle en hébreu) s’ouvre par des effets de chuintements avant l’entrée d’un double chœur. Même si le compositeur refuse toute idée d’une œuvre religieuse, l’inspiration des grands oratorios est prenante. Comment ne pas songer aux « mystères » d’ puis, dans la pulsation rythmique, à l’héroïsme mahlérien (Symphonies n° 2 et n° 8) ? Zao (vivre ou eau de vie) est le sous-titre du second mouvement. La sonorité nimbée d’un piano, les reflets de cordes et de flûtes introduisent une mélodie lancinante. La partition alterne souvenirs de la musique grégorienne et oratorio baroque à quatre parties vocales solistes. Cette page profondément « rétinienne » se referme dans le minimalisme de son introduction. Le finale – Igne vel igne – évoquerait quelque office orthodoxe avant que la pulsation sourde ne conduise sur les terres des compositeurs polonais du XXe siècle. Le caractère incantatoire perd toutefois en continuité expressive lorsque les transitions sont trop abruptes. En effet, multipliant les idées, James MacMillan convie la polyphonie de la Renaissance à des phrases néo-classiques pour ne pas dire mozartiennes du piano. Tout cela pour dévoiler le fond d’une pensée éminemment romantique. Peut-on lui en tenir rigueur ? Assurément pas.

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James MacMillan (né en 1959) : Symphonie n° 5 « Le Grand inconnu » ; The Sun Danced. Marry Bevan, soprano (The Sun Dance) ; Julie Cooper, soprano ; Kim Porter, alto ; Mark Dobell, ténor ; Ben Davies, basse ; The Sixteen ; Britten Sinfonia ; direction : Harry Christophers. 1 CD Coro. Enregistré en public, au Barbican de Londres, le 14 octobre 2019. Notice en anglais. Durée : 78:54

 
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