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Le violoniste Andrew Haveron trop sage dans le Concerto de Korngold

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Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Concerto pour violon et orchestre op. 35 ; Sextuor à cordes op. 10. Andrew Haveron, violon ; RTÉ Concert Orchestra ; direction : John Wilson ; Sinfonia of London Chamber Ensemble. 1 CD Chandos. Enregistré en décembre 2015 (Concerto) à Dublin et en janvier 2019 (Sextuor) au Potton Hall, Dunwich. Durée : 56:32

 

Mort sinon oublié en 1957, en tout cas relégué au rang de simple compositeur de musique de films, , le génial Wunderkind viennois du tournant du siècle, revient en force au disque. Ce n’est que justice et son Concerto pour violon est l’un des plus séduisants du XXᵉ siècle.

Korngold_ Andrew Haveron_John Wilson_ChandosMort prématurément à soixante ans, Korngold aura connu trois périodes dans sa vie de compositeur. D’abord enfant prodige éblouissant Mahler, Richard Strauss et son professeur Zemlinsky dans la Vienne de l’avant première guerre, il donne d’opulents chefs-d’œuvre, culminant dans la géniale Ville morte, opéra créé en 1920. Très affecté par l’échec de son grand opéra suivant Le miracle de Héliane en 1927, il quitte sagement l’Europe, fuyant la montée du nazisme pour fonder les bases du style hollywoodien et composant alors quelques unes des plus belles musiques de film de tous les temps. Après la guerre, ses tentatives pour revenir en Europe avec de grandes pages « sérieuses » se révèlent des échecs car son style post-romantique n’a guère évolué alors qu’une nouvelle génération bouscule les musiciens d’une esthétique devenue lointaine et révolue. Korngold meurt en 1957, et ce n’est que dans les années 80 que la réévaluation du post-romantisme viennois rend peu à peu justice à son génie.

Outre l’ambitieuse symphonie, le Concerto pour violon entrepris avant-guerre en 1937 pour Huberman mais terminé après la victoire sur les nazis et créé par Heifetz en 1947 est la partition la plus populaire de cette dernière période. Après Heifetz, Perlmann puis Mutter, Shaham, Znaider ou Korcia ont donné de splendides lectures de cette œuvre dont le lyrisme généreux et l’orchestration brillante séduisent immédiatement. Aujourd’hui, c’est le britannique qui le grave accompagné de l’orchestre de la RTÉ de Dublin. Il signe une version très probe, en parfaite osmose avec l’orchestre, mais à laquelle manquent cette sensualité, ce lyrisme intense, cette richesse de sonorité aussi qui rendent les versions précitées inoubliables. L’orchestre manque lui aussi de cette touche « hollywoodienne » (après tout, le concerto réutilise des thèmes initialement écrits pour des films antérieurs) que sublimait en particulier Previn.

Avec d’autres musiciens de l’orchestre, Haveron complète ce CD assez bref par le vaste Sextuor opus 10 créé en 1917 par les Rosé ; Korngold se coule dans le moule formel des sextuors de Brahms et non dans celui de la Nuit transfigurée. L’œuvre déborde de mélodies sensuelles et de lyrisme viennois. Moins intense peut-être que le formidable Quintette avec piano légèrement postérieur, elle dégage un charme envoûtant. De nouveau, un rien d’abandon supplémentaire aurait été bienvenu pour nous combler.

Beau programme donc, mais une interprétation très sage qui ne rend que partiellement justice à ces pages flamboyantes et trop sur la réserve pour enthousiasmer dans une musique qui exige un engagement absolu de ses interprètes.

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Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Concerto pour violon et orchestre op. 35 ; Sextuor à cordes op. 10. Andrew Haveron, violon ; RTÉ Concert Orchestra ; direction : John Wilson ; Sinfonia of London Chamber Ensemble. 1 CD Chandos. Enregistré en décembre 2015 (Concerto) à Dublin et en janvier 2019 (Sextuor) au Potton Hall, Dunwich. Durée : 56:32

 
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