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Un troisième CD monographique pour Samuel Andreyev

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Samuel Andreyev (né en 1981) : Iridescent Notation, cantate pour soprano et ensemble sur des textes de Tom Raworth ; À propos du concert de la semaine dernière pour piano et sept instruments ; Nets Move Slowly, Yet pour ensemble ; Le Malheur adoucit les pierres pour flûte basse, cor anglais et basson ; Événements quotidiens pour ensemble ; Night Division pour flûte alto, cor anglais, trombone, piano, percussion et contrebasse. Maren Schwier, soprano ; Dina Pysarenko, piano ; Ukho Ensemble Kyiv, direction : Luigi Gaggero. 1 CD Kairos. Enregistré en septembre 2018 au National Recording House, Kiev (Ukraine). Durée : 61:00

 

Après les ensembles Proton de Berne et HANATU Miroir de Strasbourg, qui ont enregistré la musique de , ce troisième album monographique scelle une nouvelle rencontre du compositeur avec l’excellente phalange ukrainienne Ukho Kyiv et son directeur artistique Luigi Gallero. Six pièces sont à l’affiche, qui balaient quinze années de composition, de 2002 à 2017. 

Samuel Andreyev_Luigi Gaggero_KairosOn pourrait rapprocher l’univers sonore de du monde de la poésie où les mots, choisis pour leur résonance et leur impact sonore peuvent s’assembler sans logique apparente. Le compositeur franco-canadien aime évoquer « la logique du rêve des surréalistes » s’agissant de sa propre écriture : musique intranquille, entre effacement et surgissement, où les textures se font et se défont, souvent traversées de sonneries intempestives : sonneries de comptoir qui alertent l’écoute dans À propos du concert de la semaine dernière (invitant en soliste la pianiste Dina Pysarenko) où le son est le plus souvent effacé, mêlé de souffle, dans une complexion délicate et une sensibilité microtonale, n’était cette violence du geste qui génère les ruptures de ton. Mêmes surgissements, quasi théâtraux, dans Nets Move Slowly, Yet (Les filets bougent lentement, pourtant) où le cor, personnage central jouant sur toutes les facettes de son timbre, est ourlé par ces mêmes sonneries obsessionnelles. La clarinette piccolo, un rien tendue et acide, participe de ce théâtre de sons, entre intimité feutrée et éclats multiples. Le son est rarement droit, hérissé de flatterzunge (flûte) et trémolos (cordes) ou encore modifié par les sourdines dans Événements quotidiens (2011), une pièce courte pour ensemble où l’écriture, comme le temps, entretiennent la discontinuité. Plus courtes encore, voire aphoristiques, les cinq perles de Le malheur adoucit les pierres (2002) convoquent la flûte basse, le cor anglais (l’instrument du compositeur) et le basson, des instruments graves qu’Andreyev aime faire jouer dans l’aigu de leur tessiture : sinuosités du contrepoint, courbes sensuelles, sautes d’humeur et raidissements subits, autant de figures exposées et non développées qui saisissent l’écoute par leur concision et leur singularité. Les trois mouvements, plutôt brefs, de Night division pour sept instruments ménagent en leur centre un Nocturne, connotation (bartókienne ou debussyste assurément) assez rare au sein de titres qui, le plus souvent, observent une distance par rapport à la musique entendue. On serait tenté d’y entendre des bruits de nature dans un espace que démultiplie la percussion résonnante.

La voix de soprano est au centre de l’ensemble instrumental dans Iridescent notation, cantate sur des textes de l’Irlandais Tom Raworth que le compositeur fait précéder d’une introduction instrumentale énergique, comme un lever de rideau. L’écriture très colorée et extrêmement ciselée des instruments est chevillée aux mots et à la voix dont elle prolonge la résonance et qu’elle vient subtilement iriser. La soprano Maren Schwier donne une « lecture » sensible des cinq poèmes, du parlé chanté le plus strict (Moonshine) au chant plus effusif (No Hard Feelings), avec une plasticité du timbre et une présence scénique remarquables. Étonnant également, cet interlude instrumental au centre de la cantate (Pressing, Turning) où le violon solo éloquent se substitue à la voix, entretenant l’aura poétique sans le recours au texte.

L’ est exemplaire, alliant délicatesse du rendu sonore et sensibilité à fleur de timbre pour servir une écriture rien moins qu’exigeante, restituée ici dans ses nuances les plus infimes.

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