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Boris Berezovsky en maître au Théâtre des Champs-Élysées

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 25-IX-2020. Alexander Scriabine (1872-1915) : Trois Préludes op. 16 ; Fantaisie op. 28 ; 2 poèmes op. 51 ; Sonate n°5, op. 53. Maurice Ravel (1875-1937) : Miroirs (Noctuelles, Oiseaux tristes, Une barque sur l’océan, Alborada del graciosio, La vallée des cloches). Olivier Messiaen (1908-1992) : Trois Préludes (La Colombe, les sons impalpables du rêve, un reflet dans le vent). George Gershwin (1898-1937) : Rhapsody in Blue. Boris Berezovsky, piano

Malgré la crise sanitaire, est parvenu à traverser les frontières entre la Russie et la France pour un récital encore une fois exceptionnel au Théâtre des Champs-Élysées.

Boris Berezovsky cc christian merle
Comme lors de son dernier récital parisien, au Théâtre des Champs-Élysées en juillet 2019, débute par des pièces d’Alexander Scriabine et intègre le chef-d’œuvre absolu qu’est la Sonate n° 5. Mais cette saison, le programme est différent, car s’il est d’abord annoncé tout simplement « 3 Préludes op. 16 », il manque deux préludes pour ce cycle de cinq ; et si le premier, sublime Andante tout de finesse sous les doigts du pianiste, ouvre bien la soirée, on comprend dès le Presto en guise de deuxième pièce que Berezovsky suit un ordre joué un demi-siècle plus tôt par Horowitz, à savoir Prélude n°1 op.16, Prélude n°6 op. 13 & Prélude n°4 op. 16.

Ce que l’on entend est splendide, tant par la dynamique du Presto que dans le Lento. Même ambiguïté pour les « 2 poèmes op. 51 » annoncés par la suite qui sont en réalité deux des Quatre Pièces opus 51, dont la n° 3, Poème ailée, et malheureusement pas le célèbre Prélude qui constitue le n° 2 de l’opus.

Directement enchaînée aux trois premières pièces, la Fantaisie opus 28 n’est pas oubliée par le pianiste russe, tandis que Scriabine, des années après l’avoir écrite, demanda à celui qui la jouait devant lui de qui était ce morceau familier… L’entrée en matière lugubre est parfaitement assombrie par Berezovsky, qui s’enfouit ensuite avec la même finesse qu’auparavant pour les canons et la lumière de la deuxième partie de l’œuvre. La Sonate n°5 est peut-être encore plus accomplie qu’en 2019. L’introduction s’y montre d’une superbe introspection, bientôt éclairée par une maîtrise d’arpèges impeccablement menée, dans un jeu d’une subtilité à faire changer l’avis de tous ceux qui pourraient encore voir Berezovsky comme un pianiste trop percussif. Seule la partie grave souffre plus, principalement à cause du piano, au son plus diffus sur les deux premières octaves.

Joués à la suite puisque la situation interdit les entractes, les Miroirs de Ravel développent les même qualités, délicatesse des mélopées du Noctuelles, mélancolie rêveuse des Oiseaux tristes, flux expressifs d’Une barque sur l’océan, qui rappelle au passage la technique d’écriture de Scriabine. Alborada del gracioso n’atteint pas la pureté intouchable de Lipatti, mais déploie la parfaite maîtrise du pianiste dans le traitement si complexe des thèmes ibériques agencés par le compositeur français. Sa fin exaltée force à des applaudissements nourris, pour lesquels Berezovsky remercie rapidement, avant de conclure l’œuvre par La vallée des cloches. Un rapide aller-retour en coulisse lui permet de ramener une jeune femme (masquée) et une partition, pour aborder les Trois Préludes d’, avec un retour aux oiseaux par La Colombe, dont l’atonalité n’altère pas le lyrisme du pianiste. Le public se passionne toutefois plus pour Rhapsodie in Blue de Gershwin, donné en conclusion dans sa version pour piano, bien que l’œuvre fasse un peu pièce rapportée par rapport au reste du programme. Elle exploite une facette moins connue du russe, qui ne cherche pourtant jamais à accentuer l’exubérance d’une partition à la frontière du jazz et de la musique classique.

Comme l’an passé, Berezovsky fait une boucle avec le bis, unique cependant cette fois, en ré-exposant le génie de Scriabine grâce à une dynamique Étude n° 5 en do dièse mineur de l’opus 42.

Crédits photographiques : © Christian Merle

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 25-IX-2020. Alexander Scriabine (1872-1915) : Trois Préludes op. 16 ; Fantaisie op. 28 ; 2 poèmes op. 51 ; Sonate n°5, op. 53. Maurice Ravel (1875-1937) : Miroirs (Noctuelles, Oiseaux tristes, Une barque sur l’océan, Alborada del graciosio, La vallée des cloches). Olivier Messiaen (1908-1992) : Trois Préludes (La Colombe, les sons impalpables du rêve, un reflet dans le vent). George Gershwin (1898-1937) : Rhapsody in Blue. Boris Berezovsky, piano

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