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Florian Sempey, l’optimisme fait baryton

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Baryton français connu pour ses Papageno et Figaro dans les grandes salles du monde, évoque son rapport à la crise actuelle et ses projets pour l’avenir, avec un optimisme radieux.

florian sempey c Occurences, Cyril Cosson PhotographieResMusica : Comment avez-vous vécu la période du confinement et comment voyez-vous la suite, à commencer par L’Italienne à Alger à Marseille en novembre ?

 : L’Italienne est pour le moment toujours prévue. Les répétitions commencent le 2 novembre, il n’y a, aujourd’hui, aucune information contraire. Quant au confinement, je l’ai vécu comme beaucoup, avec de l’inquiétude, en surveillant la situation au quotidien, d’autant que je vis avec un médecin, donc j’ai su très vite qu’il ne s’agissait pas juste d’une grippe habituelle pour laquelle on peut rester sans distanciation, mais bien d’un virus nouveau à surveiller plus rigoureusement.

D’un point de vue professionnel, l’arrêt soudain du Comte Ory à l’Opéra de Monte-Carlo m’a d’abord touché et a entraîné un retour immédiat chez moi, à côté de Bordeaux. Les Noces de Figaro à l’Opéra de Bordeaux ont ensuite également été annulées, puisque cette maison n’avait même pas pu finir les cycles du Roméo et Juliette en mars. J’ai donc été patient et en ai profité pour apprendre des rôles et élargir mon répertoire. J’ai fait cette pause avec une réflexion globale pour vérifier ce vers quoi je voulais tendre, et ce que je mettais de côté. J’ai avant tout essayé de ne pas subir l’attente mais de rendre ce temps constructif, motivé par une envie d’après-crise riche.

Dès la fin du confinement, j’ai tout de suite tenté de reprendre des récitals, d’abord dans ma région, puis à Arles, et enfin à Orange avec Musiques en Fête, où les conditions étaient parfaitement réunies pour réussir dans la sécurité un spectacle en plein air, tant pour le public que pour les artistes. Cela m’a rassuré sur le fait qu’avec un protocole strict, il était possible de jouer sans que personne ne soit contaminé, alors qu’il y avait trois mille spectateurs dans le Théâtre Antique.

RM : Cette crise va-t-elle à votre avis encore plus limiter les budgets d’opéra, et auquel cas réorienter les choix vers des ouvrages moins à risque ou plus de concerts et récitals ?

FS : Je suis d’un naturel très optimiste et ne cède jamais au fatalisme ni au pessimisme. La situation sanitaire actuelle est me semble-t-il moins grave que celle de mars : on maîtrise mieux le virus, qui semble réagir comme beaucoup de coronavirus connus et pourrait disparaître dès la fin de l’automne. Il faut sans doute encore vivre avec pendant au moins six mois, mais je pense vraiment que le plus dur est derrière nous et qu’il faut maintenant aller de l’avant.

Je crois en un avenir plus serein, avec, pour regarder le côté positif de cette crise, beaucoup de bonnes questions posées sur la manière dont fonctionne un théâtre, les conditions dans lesquelles se passent les productions, les choses qui font partie du cadre légal. Cela aura permis pour de nombreux artistes et directeurs de mettre sur la table un certain nombre de points, dont la rémunération des artistes dans le cadre de productions annulées, car il ne faut jamais oublier que le métier de chanteurs d’opéra est particulièrement précaire.

[N.D.L.R : Florian Sempey participe au concert solidaire organisé par l’associaton Unisson le 17 octobre à l’Opéra-Comique au profit des chanteurs lyriques en difficulté.]

Florian-Sempey-TCE cc Vincent-Pontet
RM : Cette crise du spectacle vivant a également mis en avant le besoin de musique et les solutions aujourd’hui disponibles grâce au streaming et à la retransmission. Est-ce à votre avis une partie de la solution ?

FS : Bien évidemment, le numérique et le multimédia sont une partie de la réponse. J’ai toujours fait partie de ceux qui proposaient de développer ces réseaux, et un bon exemple pendant cette crise me semble être le Gala Mozart de juin dernier à la Seine Musicale. Nous chantions dans la salle devant un public extrêmement limité, tandis que le spectacle était retransmis sur grand écran sur l’esplanade, où avaient été placées des chaises à bonne distance les unes des autres. Toutes les chaises étaient occupées et cela montre une grande envie du public de revenir au concert, avec sans doute des développements à apporter pour encore plus utiliser les cinémas et le streaming, tout en gardant à l’esprit que cela ne remplacera jamais l’émotion et les vibrations d’un live en salle. Développer le streaming payant est aussi une réflexion à avoir, la Philharmonie de Berlin le fait avec brio, et il y a sans doute des solutions à proposer dans cette voie en France.

RM : Pour recentrer sur vos rôles, même si des incursions en répertoire sérieux sont de plus en plus visibles, on vous connaît avant tout dans une facette comique. Est-ce en partie un hasard des contrats, ou avant tout un but recherché ?

FS : Quand vous commencez par Papageno à vingt-et-un ans, alors que vous êtes encore au conservatoire et que l’Opéra de Bordeaux vous propose le rôle pour deux représentations, cela oriente ensuite forcément votre carrière. J’ai trouvé avec lui un naturel immédiat, je m’y sentais bien et on m’a confirmé que j’étais tordant en scène. J’étais surtout très stressé, mais ai aussi pris un bonheur évident à faire rire la salle et à ressentir ce retour immédiat du public. J’en suis maintenant à ma dixième production du Barbier de Séville et à chaque fois, je prends toujours le même plaisir à chanter Figaro ! Bien entendu, je ne saute pas en l’air chaque matin lorsque je me lève, mais j’ai toujours aimé faire rire et réussir à faire sortir les gens de leur quotidien pendant le temps qu’ils sont dans la salle.

Pour autant, je ne sélectionne pas les rôles juste là-dessus, et avec la maturité en viennent d’autres, à commencer par Hamlet, chanté l’an passé au Deutsche Oper Berlin. C’est un rôle que je souhaite absolument reprendre, qui m’a véritablement amené dans des zones de ma technique, de ma personnalité, de mon travail et de ma réflexion vers lesquelles je n’étais jamais allé. Zurga (L’Africaine, Marseille) ou Valentin (Faust, Paris) à venir cette saison sont à la fois des tournants, mais aussi tout simplement une autre facette de ce que je sais faire, et que je souhaite aussi développer dans l’avenir. Le plus important reste de toute façon, même si cela est forcément moins simple à juger dans un rôle sérieux, d’entendre à la fin les répercussions du bonheur que j’ai pu réussir à transmettre à la salle.

Florian-Sempey-Papageno-OnP cc Emilie-Brouchon
RM : En plus du live, vous enregistrez également, quels sont vos projets discographiques et vos rôles à venir ?

FS : Vient de paraître chez Warner Classic l’album « Magic Mozart », où je donne un aperçu de ce que je peux faire dans Don Giovanni, rôle que je veux absolument prendre et qui est prévu dans quelques années, le temps de faire légèrement évoluer ma voix, après avoir pris d’abord un autre personnage mozartien, Guglielmo (Cosi). Mon premier album de récital solo avec orchestre devait s’enregistrer en juillet dernier, mais a été retardé par la crise sanitaire. Ce sera un projet intégralement Rossini, avec de belles surprises. Doit aussi sortir en DVD L’Ange de Nisida de Donizetti le 16 octobre, chanté à Bergame, que l’on doit d’ailleurs reprendre.

A l’opéra, mon répertoire se limite pour le moment surtout aux répertoires français et italien, avec quelques incursions dans le répertoire germanique, et il n’y a pas de sortie prévue pour les cinq prochaines années. Évidemment, on pourrait vouloir me voir en Eugène Onéguine ou Wolfram (Tannhäuser), en tous les cas dans des rôles un peu plus lourds, mais qui pourraient aussi écourter ma carrière. Ces rôles ne sont pas encore dans ma sensibilité, pour diverses raisons, mais vous m’auriez parlé d’Hamlet il y a cinq ans, je vous aurais également répondu que cela n’était pas moi, or j’y suis venu ! Cela vient sans doute d’un gain d’expérience et de maturité, mais aussi tout simplement de l’envie d’avancer. Il est en revanche hors de question pour moi de faire de trop grands bons d’un coup, donc Verdi, Wagner ou Tchaïkovski seraient à mon avis hors-sujets dans ma carrière aujourd’hui, au risque de me fragiliser.

Pour le reste, tant que Figaro est là, c’est que je vais bien !

Crédits photographiques : Florian Sempey © Occurences, Cyril Cosson Photographie ; Figaro, Barbier de Séville, Msc © Vincent Pontet/TCE ; Papageno, Die Zauberflöte © Émilie Brouchon/OnP

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