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Nadine Sierra et Pene Pati sont Roméo et Juliette à Bordeaux

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Charles Gounod (1818-1893) : Roméo et Juliette, opéra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après le drame-homonyme de Shakespeare. Mise en espace : Justin Way. Lumières : François Menou. Avec : Nadine Sierra, Juliette ; Pene Pati, Roméo ; Nicolas Courjal, Frère Laurent ; Philippe-Nicolas Martin, Mercutio ; Adèle Charvet, Stephano ; Thomas Bettinger, Tybalt ; Christian Helmer/Jean-Christophe Lanièce, Le comte Capulet ; Marie-Thérèse Keller, Gertrude ; Romain Dayez, Le comte Pâris ; Geoffroy Buffière, Le duc de Vérone ; Hugo Santos, Frère Jean ; François Pardailhé, Benvolio ; Louis de Lavignère, Gregorio. Chœur de l’Opéra National de Bordeaux (Chef de Chœur : Salvatore Caputo). Orchestre National Bordeaux Aquitaine, direction musicale : Paul Daniel

Mis en espace par Justin Way, Roméo et Juliette de Gounod permet de retrouver deux chanteurs déjà marquants la saison passée à l’Opéra de Bordeaux, Pene Pati et Nadine Sierra, en plus d’une excellente distribution française et de la direction fluide de Paul Daniel.

Romeo & Juliette Sierra Pati cc_Eric_Bouloumie-9411-HD
Sur le programme, la précision « mise en espace » pouvait impliquer simplement de trouver les chanteurs en avant-scène et l’orchestre derrière eux. Or l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine est en fosse lorsque l’on entre dans la salle du Grand-Théâtre, tandis que quelques éléments spartiates de décors permettent à Justin Way de faire évoluer les chanteurs sur les mêmes plans que dans une vraie production scénique, soutenus par un travail appliqué de François Menou sur les lumières.

L’ouverture du rare Roméo et Juliette de Gounod développe tout de suite le style de direction de Paul Daniel, lyrique sans excès d’épanchements romantiques, clair sans être non plus limpide, contrasté sans trouver parfois toutes les couleurs qu’aurait pu apporter un chef comme George Prêtre ou Michel Plasson. Sa dynamique soutient toujours le drame et le chant, à commencer par l’excellent chœur, ajusté par Salvatore Caputo. Le prologue, résumé de l’histoire, est chanté de la coulisse. Puis la formation entre en scène, en costume de soirée comme la distribution. Plus encore que Hamlet d’Ambroise Thomas, créé un an après l’opéra de Gounod, le texte de Shakespeare souffre de la relecture des deux librettistes favoris de Gounod, Carré et Barbier, notamment dans la scène du balcon, dont le texte, malgré un air par chanteur et un duo, est incommensurablement plus faible que celui de la pièce.

Passées ces faiblesses, la musique présente de superbes moments, connus évidemment par les quelques enregistrements de l’œuvre, mais encore plus évidents en live, notamment au deuxième tableau de l’acte III. D’une magnifique dynamique grâce à la fosse, cette scène bénéficie aussi du Roméo de Pene Pati, qui, après deux actes plus retenus, explose ici par ses moyens vocaux phénoménaux, notamment l’aigu tenu plus de dix secondes par-dessus tous lors de la scène finale. Il touche moins dans la scène sous le balcon, en partie car le décor n’aide pas le jeu d’acteur, mais aussi parce qu’on connait cette scène portée avec plus d’émotion. Pour autant, le chanteur semble clairement prendre du plaisir, et affiche une belle complicité avec sa dulcinée, qu’il embrasse à loisir tout au long de l’ouvrage.

Romeo Pati cc_Eric_Bouloumie-9587-HD
Juliette revient à Nadine Sierra, magnifique Manon ici l’an passée, alors face à Benjamin Bernheim, dont le timbre s’accordait mieux avec le sien que celui de Pati. De plus en plus sombre dans le médium – nous l’avions déjà évoqué le mois dernier pour sa prise de rôle en Sophie à Berlin -, sa sublime silhouette ne prend jamais peur devant la carrure de rugbyman de son partenaire. La soprano se joue alors avec une agilité hors normes de toutes les difficultés de sa partition, et si le premier air aurait sans doute gagné encore avec une palette plus lumineuse, dès que l’artiste rentre dans le doute, comme à la fin de l’acte I, le timbre apporte au rôle un caractère supérieur par rapport au texte.

Nicolas Courjal est aujourd’hui Frère Laurent pour marier secrètement les deux amants. Il affiche toujours des graves à se pâmer, en plus d’un chant marqué par une prononciation impeccable du français. Philippe-Nicolas Martin expose aussi pour Mercutio un superbe registre bas-médium autant qu’un texte précis, encore mieux projeté que celui de son ennemi, le vaillant Tybalt du ténor de Thomas Bettinger. Adèle Charvet présente pour Stéphano un peu du timbre de Sierra, relativement sombre dans le médium, avec de belles montées à l’aigu, bien qu’un peu déliées pour paraître parfaitement naturelles. Marie-Thérèse Keller apporte sa voix de mezzo à Gertrude, quand pour le Comte Capulet, Christian Helmer aphone bouge sur scène pendant que Jean-Christophe Lanièce chante au pupitre dans le côté droit. Pour un tel rôle, la voix de Lanièce peut sembler encore jeune, mais venant d’un artiste qui n’avait jamais ouvert cette partition avant le matin même, la prestation est exemplaire !

 Crédits Photographiques : © Eric Bouloumie

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Charles Gounod (1818-1893) : Roméo et Juliette, opéra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après le drame-homonyme de Shakespeare. Mise en espace : Justin Way. Lumières : François Menou. Avec : Nadine Sierra, Juliette ; Pene Pati, Roméo ; Nicolas Courjal, Frère Laurent ; Philippe-Nicolas Martin, Mercutio ; Adèle Charvet, Stephano ; Thomas Bettinger, Tybalt ; Christian Helmer/Jean-Christophe Lanièce, Le comte Capulet ; Marie-Thérèse Keller, Gertrude ; Romain Dayez, Le comte Pâris ; Geoffroy Buffière, Le duc de Vérone ; Hugo Santos, Frère Jean ; François Pardailhé, Benvolio ; Louis de Lavignère, Gregorio. Chœur de l’Opéra National de Bordeaux (Chef de Chœur : Salvatore Caputo). Orchestre National Bordeaux Aquitaine, direction musicale : Paul Daniel

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