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Fosse notes : images de la grande boutique vue de la fosse

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Fosse notes. Jean-Noël Crocq. Préface de Christian Merlin. Éditions Premières loges. 256 pages. 29,90 €. Octobre 2020

 

Le musicien Jean-Noël Crocq, clarinette basse solo à l’orchestre de l’Opéra Paris durant trente-cinq ans et désormais à la retraite, s’est amusé à rassembler les annotations de ses collègues et prédécesseurs, retraçant ainsi de manière originale une autre histoire de l’institution, mais aussi trois siècles d’édition musicale. 

Foe-notesL’auteur a constitué un catalogue de 3 000 images de dessins, croquis et autres annotations, les plus anciens datant des années 1790 (la création du crayon papier gommable expliquant cela !). La sélection présentée dans ce livre est une amusante approche et une vision singulière de l’orchestre de l’Opéra, donnant la sensation au lecteur de faire partie des instrumentistes qui le composent. Des partitions « calculatrice », des partitions « calendrier », des papiers à lettre entre collègues (« Mon cher Maxence, j’espère ne pas t’avoir trop bien remplacé afin de ne pas te faire de tort. »), des partitions « pense-bête » avec une liste de courses, des partitions « plan de Paris », des partitions « chronomètre » avec une montre dessinée pour baliser les 4h30 du Crépuscule des dieux de Wagner… intéresseront autant le lecteur néophyte que l’érudit. Les notes de bas de page s’adressent au « grand public » alors que les souvenirs du musicien raviront les habitués de l’Opéra.

Présenté par son auteur comme un ouvrage complémentaire à celui d’Agnès Terrier (L’orchestre de l’Opéra de Paris de 1669 à nos jours), il n’est évidemment pas comparable en terme de travail de contextualisation, même si une approche historique de l’orchestre, avec par exemple un chef d’orchestre tournant le dos à ses musiciens (p.114), des éléments musicologiques intéressants (le chronométrage des durées de Parsifal sous neuf chefs différents) ou un regard sociologique des instrumentistes menés par Jean-Noël Crocq lui-même, via la « galerie des harpistes » notamment, ponctuent ce projet. C’est finalement 150 ans de la musique symphonique française qui sont retracés de manière ludique dans ses 256 pages, révélant certains croquis qui impressionnent par leur qualité : superbe portrait du chef d’orchestre François Ruhlmann ! Il est un peu dommage que certains cadrages d’image et leur mise en page ne soient pas si aboutis (p. 40-41 par exemple).

Le point faible de l’ouvrage se trouve dans le rapport qui est fait entre le texte et les visuels, laissant penser qu’ils sont menés en parallèle, alors qu’il se confirme au fil de la lecture, qu’ils ont peu de résonance l’un avec l’autre : le témoignage d’un musicien d’orchestre dans le texte, l’histoire d’une institution lyrique par les images. Cela est flagrant lors de la partie consacrée aux chefs d’orchestre ou aucune des anecdotes de l’auteur ne sont en lien avec les portraits trouvés au sein des partitions, hormis celui de Georg Solti. Le découpage du texte et la mise en page suggérant une lecture complétée par les images rendent finalement l’ouvrage difficile à lire, contraignant même son lecteur à se concentrer dans un premier temps sur un texte souvent trop long, puis de retourner en arrière afin de savourer les pépites trouvées dans les partitions.

« Prendre la mer » pour évoquer le métier (p. 46) paraît bien plus adapté, la poésie et la longueur du propos semblant bien plus en adéquation avec le concept proposé. Plus sensible, plus poétique, plus humaine, la musique de Gounod devient ainsi « zazou » (p. 60), attestant de l’humour manifeste de beaucoup de musiciens.

Les « Fosse notes » de Jean-Noël Crocq restent toutefois un livre d’un intérêt indéniable : divertissant à souhait pour le « grand public », suffisamment original pour le connaisseur. Ce que l’on retiendra surtout, c’est l’humour de ces acteurs de l’ombre, ponctué par le titre (Fosse notes) d’un auteur-confrère dont le nom était tout destiné (Crocq !).

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Fosse notes. Jean-Noël Crocq. Préface de Christian Merlin. Éditions Premières loges. 256 pages. 29,90 €. Octobre 2020

 
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