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Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n° 14 en ré mineur D810 dit « La Jeune Fille et la Mort » ; Quatuor à cordes n° 12 en do mineur inachevé D703 ; Quatuor à cordes n° 4 en ut majeur D 46. Quatuor Arod : Jordan Victoria, violon ; Alexandre Vu, violon ; Tanguy Parisot, alto ; Samy Rachid-Sahrane, violoncelle. 1 CD Erato. Enregistré du 3 au 8 juillet 2020 dans la Salle de musique de La Chaux-de- Fonds (Suisse). Notice trilingue : français-anglais-allemand. Durée : 71:08

 

Après un premier disque dédié à Mendelssohn et un deuxième abordant la Seconde école de Vienne dans un florilège centré sur Mathilde von Zemlinsky, le jeune Quatuor Arod consacre son troisième opus discographique à Franz Schubert en associant le célèbre Quatuor n° 14 « La Jeune Fille et la Mort », le Quatuor n° 4 et le Quatuor n° 12 « Quartettsatz » inachevé.

Schubert_Quatuor-Arod_EratoFondé en 2013, lauréat de plusieurs prix internationaux dont le très réputé Premier Prix de l’ARD de Munich, le Quatuor Arod revient à Schubert pour cette dernière parution, avec le fameux Quatuor n° 14, La Jeune Fille et la Mort, composé en 1824, alors que le compositeur se sait condamné par la syphilis. Inspiré du Lied éponyme D 531, écrit en 1817 sur un court poème de Matthias Claudius, il évoque le combat épique d’une jeune fille luttant contre la mort, figure à la fois séductrice, apaisante et consolatrice. Dès les premières mesures de l’introduction, dans un saisissant contraste, les Arod annoncent la couleur d’une interprétation haletante fougueuse et éminemment descriptive, où la virtuosité instrumentale et la clarté de la polyphonie le disputent à la théâtralité d’une narration forte de contrastes et de nuances. Tout entier hanté par la présence angoissante de la camarde, le premier mouvement Allegro retrace la lutte désespérée de la jeune fille en usant d’un phrasé chaotique, tendu, violent, ne laissant que peu de répit, malgré un tempo étonnamment lent, expliqué par l’abondance de nuances dynamiques. L’Andante et Variations se déploie également sur un rythme confortable dans une alternance de lyrisme et de brutalité bien accordée au texte du poème. Le Scherzo retrouve un tempo plus conventionnel pour amorcer une course à l’abime qui se poursuivra dans le finale Presto, véritable tarentelle qui gagne en vivacité ce qu’elle perd quelque peu en clarté avec un violoncelle un peu trop présent, jusqu’à l’issue finale d’un combat perdu d’avance et d’une mort annoncée par deux violents accords, concluant cette belle interprétation qui trouvera aisément place aux cotés d’autres lectures plus enflammées, comme celle des Alban Berg, pour ne citer qu’eux.

Issu d’une même veine dépressive, le Quartettsatz correspond au seul mouvement Allegro assai du Quatuor n° 12 en ut mineur, composé en 1820, que le compositeur n’acheva pas, puisque se trouvant alors dans une sorte d’impossibilité créatrice. Marquant une césure franche avec les quatuors de jeunesse, il ouvre la voie aux ultimes quatuors par sa liberté compositionnelle et ses accents tragiques. Les Arod nous en livrent une vision très colorée, imprégnée d’urgence, de mélancolie et de hargne.

Ce tour d’horizon stylistique schubertien se termine avec le Quatuor n° 4 en ut majeur qui appartient aux quatuors de jeunesse dont on sait qu’ils s’adressaient à des amateurs éclairés, ou au milieu familial. Il porte encore l’empreinte des grands aînés, Haydn, Mozart ou Beethoven, sans toutefois, il faut bien l’avouer, en posséder la grandeur, le charme, l’élégance ou la profondeur d’inspiration. Si l’Adagio initial évoque Les Dissonances par son opposition marquée entre ombre et lumière, l’Andante qui lui fait suite reste encore mozartien dans l’âme par sa galanterie et son cantabile. Le Menuetto tirerait plutôt vers Beethoven par son engagement, tandis que l’Allegro final se conclut sur une danse jubilatoire que Haydn n’aurait probablement pas reniée…

Face à une discographie pléthorique, voilà un bel album plein d’audace et de panache qui justifie largement les espoirs placés depuis quelques années dans ce jeune et talentueux quatuor.

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Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n° 14 en ré mineur D810 dit « La Jeune Fille et la Mort » ; Quatuor à cordes n° 12 en do mineur inachevé D703 ; Quatuor à cordes n° 4 en ut majeur D 46. Quatuor Arod : Jordan Victoria, violon ; Alexandre Vu, violon ; Tanguy Parisot, alto ; Samy Rachid-Sahrane, violoncelle. 1 CD Erato. Enregistré du 3 au 8 juillet 2020 dans la Salle de musique de La Chaux-de- Fonds (Suisse). Notice trilingue : français-anglais-allemand. Durée : 71:08

 
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