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Florilège de mélodies françaises dédiées à l’amour et à la femme

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Kaija Saariaho (née en 1952) : Quatre instants (extrait) : III Parfum de l’instant ; Il pleut. Henri Dutilleux (1916-2013) : Quatre mélodies (extraits) : Chanson de la déportée, Regards sur l’infini. Claude Debussy (1862-1918) : Proses lyriques : De rêve, De grève, De fleurs, De soir. Claire Delbos (1906-1959) : L’âme en bourgeon (extraits) : Ai-je pu t’appeler de l’ombre ; Dors. Olivier Messiaen (1908-1992) : Poèmes pour Mi. Katharine Dain, soprano ; Sam Armstrong, piano. 1 CD 7 Mountain Records. Enregistré au Concertgebouw De Vereeniging et au Concertzaal de Nijmegen (Pays-Bas). Texte anglais. Durée : 69:00

 

Fruit d’un travail mené et muri durant le premier confinement, ce CD de mélodies françaises avec la soprano et le pianiste s’est élaboré à partir des Poèmes pour Mi d’

Autour de ce noyau gravitent les pièces de Delbos, Debussy, Dutilleux et Saariaho distribuées en miroir selon une forme palindromique qui aurait plu au maître de la « Turangalîla ».

Cycle de neuf mélodies, Poèmes pour Mi est une œuvre exigeante, tant par l’ampleur de sa tessiture que par sa complexité rythmique, à la voix comme au piano. Messiaen, qui en écrit le texte et la musique en 1936, y chante l’amour conjugal – Mi étant le diminutif affectueux de l’épouse et dédicataire de l’œuvre – et la beauté de la nature, celle de Petichet où le cycle est composé. possède la tessiture de grand soprano dramatique souhaité dont Messiaen explore toutes les capacités dès la première mélodie, Action de grâces, la plus développée du cycle.

Le compositeur s’inspire des Traits du plain-chant, envisageant d’abord voix et piano en antiphonie : épure de la ligne vocale en psalmodie – la diction de l’interprète est impeccable – et thème du piano en accords alternent, explorant toute l’échelle des dynamiques. Le piano ductile et bien sonnant de ourle la voix avant de dérouler sa frise ornementale irradiante au-dessus de l’Alleluia. C’est le lac de Petichet, « comme un gros bijoux bleu » qui est évoqué dans Paysage, page intimiste et délicate sous les traits scintillants du piano. La synergie est parfaite et l’impact dramatique fort dans Épouvante, vision de l’Enfer qui referme le premier Livre. La voix de Katharine Dain est dûment projetée et puissante, secondée par un piano percussif qui darde des couleurs cuivrées. Préfigurant l’écriture des Vingt regards sur l’enfant Jésus, Ta voix est l’une des plus belles réussites du cycle, introduisant l’écriture oiseau au piano tandis que la ligne vocale très étale est chantée à fleur d’émotion par la soprano. Sa voix se fait sensuelle et nuance ses couleurs dans Le collier d’une exquise fraicheur qu’elle termine sotto voce. Piano et voix sont en doublure dans le refrain de Prière exaucée, une dernière mélodie très jubilatoire sollicitant une fois encore la vigueur et l’étendue du registre de la chanteuse : au final, c’est une superbe version que gravent les deux partenaires et qui fera date.

On reste « en famille » avec les deux mélodies extraites de L’âme en bourgeon de la première épouse (Mi), violoniste et compositrice qui emprunte le titre et les textes de son cycle à la poétesse (et mère de Messiaen) Cécile Sauvage. Épure de l’épure, Ai-je pu t’appeler de l’ombre (VIII) est une courte monodie que le piano prolonge de son commentaire litanique, ouvrant un abîme de mystère. Dans Dors (I), le poème est chanté recto-tono tandis que le piano brode autour, sans nuire à l’intimité de ton.

On sait tout ce que Messiaen doit à Debussy dont les quatre mélodies des Proses lyriques (1892-93) figurent au programme de cet enregistrement : à l’instar de Messiaen, le compositeur en écrit lui-même les textes poétiques. On est d’emblée conquis par la fluidité du jeu et le piano solaire de sur lequel Katharine Dain inscrit sa ligne mélodique. La flexibilité de l’un rejoint la souplesse de l’autre dans une écoute mutuelle et une sensibilité commune. De rêve et De soir sont des nocturnes empreints de charme et de sensibilité, De grève, une marine portée par la transparence du jeu du pianiste quand les accents de la voix annoncent déjà la déclamation de Mélisande. Se dégagent des deux mélodies d’ écrites en temps de guerre, Chanson de la déportée et Regards sur l’infini (qui donne son titre à l’album), une intensité tragique presque insoutenable sans que l’interprétation ne verse pour autant dans le pathos. Pour ouvrir et refermer ce riche album dont elles exaltent la thématique, les deux mélodies de chantent l’amour et la femme et portent la voix de la soprano aux limites de sa tessiture aigüe, sous le piano effusif de Sam Armstrong (Parfum de l’instant) ou délicieusement stylisé dans Il pleut.

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Kaija Saariaho (née en 1952) : Quatre instants (extrait) : III Parfum de l’instant ; Il pleut. Henri Dutilleux (1916-2013) : Quatre mélodies (extraits) : Chanson de la déportée, Regards sur l’infini. Claude Debussy (1862-1918) : Proses lyriques : De rêve, De grève, De fleurs, De soir. Claire Delbos (1906-1959) : L’âme en bourgeon (extraits) : Ai-je pu t’appeler de l’ombre ; Dors. Olivier Messiaen (1908-1992) : Poèmes pour Mi. Katharine Dain, soprano ; Sam Armstrong, piano. 1 CD 7 Mountain Records. Enregistré au Concertgebouw De Vereeniging et au Concertzaal de Nijmegen (Pays-Bas). Texte anglais. Durée : 69:00

 
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