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Chouchane Siranossian dans trois concerti inédits d’Andreas Romberg

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Andreas Romberg (1767-1821) : Concertos pour violon et orchestre n° 4 en ut majeur, n° 12 en sol mineur, n° 9 en la majeur. Chouchane Siranossian, violon ; Capriccio Barockorchester ; Dominik Kiefer, violon conducteur. 1 CD Alpha. Enregistré en avril 2018 au Züruich-Brunnenhof-Studio. Textes de présentation en allemand, anglais et français. Durée : 76:50

 

pour son quatrième disque chez Alpha nous permet de découvrir en première mondiale trois admirables concerti d’ (1767-1821), le chaînon violonistique manquant dans le monde germanique entre l’époque des Mozart et Haydn et la révolution stylistique opérée par Beethoven.

Voici une belle occasion de compléter notre connaissance, de cette période charnière, du répertoire classico-romantique pour l’instrument, dans des interprétations idéales et soignées, musicalement abouties, techniquement irréprochables et historiquement informées.

(1767-1821) ne doit pas être confondu avec son cousin exact contemporain, Bernhard (1767-1841), violoncelliste avec lequel il entreprit dès son plus jeune âge et comme enfant(s) prodige(s) des tournées dans toute l’Allemagne musicale. Ces jeunes solistes, nés à Munster en Westphalie, formés par leurs pères, se fixèrent dans un premier temps à la chapelle du Prince-électeur de Cologne établi à Bonn. Ils s’y lièrent d’amitié avec le jeune organiste alors en poste, un certain Ludwig van Beethoven. Ils eurent aussi l’occasion de rencontrer et de bénéficier des conseils de Joseph Haydn, lorsque celui-ci, en route vers ses triomphes londoniens, fit halte à deux reprises dans la ville rhénane. La carrière des deux cousins fut plus d’une fois compromise par la grande instabilité géopolitique du temps, liée à l’onde de choc de la Révolution française, puis aux guerres napoléoniennes. Ils se réfugièrent à Hambourg en 1793, puis effectuèrent un grand périple culturel et artistique les menant en Italie et à Vienne. Toutefois, après l’échec d’une possible carrière parisienne, Andreas s’établit en 1801 pour une quinzaine d’années dans la ville hanséatique, alors prospère, à la vie musicale diversifiée entretenue par une riche bourgeoisie. Une nouvelle fois, à la fin de l’Empire, et de l’occupation française son avenir fut compromis et il trouva un dernier poste à la cour de Gotha en Thuringe, où il succéda à un jeune loup concurrent, Louis Spohr.

L’œuvre d’Andreas Romberg est dans la première partie de sa carrière en grande partie consacrée à son instrument puisque l’on conserve pas moins de vingt concerti dont seuls quatre furent édités de son vivant. Le reste est conservé à l’état de manuscrits en la bibliothèque municipale et universitaire de Hambourg. Sur la fin de sa vie, avec la concurrence de Spohr, déjà cité, et des Français Kreutzer ou Rode, son style d’exécution passa de mode et il se consacra d’avantage à la musique de chambre ou chorale ; son oratorio Das lied von der Glocke est d’ailleurs toujours au répertoire de nombreuses associations chorales outre-Rhin !

Mais revenons-en au programme violonistique de la présente galette. Trois concerti inédits sont présentés ici première mondiale. Les quatrième et neuvième rappellent à plus d’un titre, dans leur allegros initiaux très développés, le style de Joseph Haydn par la faconde de la partie soliste, par l’exploration de l’aigu de l’instrument, par la partie soliste finement ornée recourant souvent aux doubles cordes, par l’enjouement des dialogues avec l’orchestre, avec çà et là de gros effets de surprises – par exemple de brutaux changements de tonalité. Leurs finals, pensés comme des rondos de style galant ou populaire, sont plus dans le sillage discursif des concerti intercalaires des sérénades mozartiennes, mais l’une ou l’autre incise (tout le couplet en mineur du final du quatrième) semble en appeler à une sensibilité préromantique. Les mouvements lents, surtout celui du neuvième, liliputien et assez indigent, plus téléphonés et un peu plus courts d’idées tant dans le profilage thématique que dans l’agencement de la partie soliste apparaissent en retrait. Mais la véritable révélation de ce disque est le splendide Concerto n° 12 en sol mineur, nettement postérieur (vers 1800), avec ce dramatique premier temps, presque beethovénien – et une cadence entièrement écrite par le compositeur accompagnée par la petite harmonie et les timbales. Ce mouvement lent anticipe les recherches expressives de la génération suivante (l’on songe à Mendelssohn), et le finale alla polacca bénéficie d’une’irrésistible pulsation rythmique, malgré un spleen presque schubertien.

Dans l’esprit de découverte qu’on lui connaît, la jeune violoniste (lauréate des ICMA 2017) porte ce projet à bout de bras, avec son engagement et sa flamme habituels. Cette violoniste tout-terrain, tant passionnée par l’exploration des répertoires baroques virtuoses, que par les concerti de maîtres injustement oubliés, ou encore de la défense et l’illustration de la création contemporaine la plus pointue, donne ici l’exacte mesure de son talent protéiforme. Son cursus pédagogique (qui l’a menée de Tibor Varga à Reinhard Goebel, en passant par Zakhar Bron) lui permet de dominer de la tête et des épaules ces partitions assez inclassables, mais techniquement assez redoutables. Certes, il faut admettre les standards d’une interprétation historiquement informée, et du recours à un instrumentarium « d’époque », avec cette sonorité un rien acidulée dans l’aigu, un léger manque de corps de l’instrument dans le registre médian – où est-ce un effet de la captation? – , l’absence de vibrato et une balance avec l’orchestre totalement repensée. Mais tout cela est mené rondement avec une intelligence musicale exquise doublée d’une sensibilité à fleur de peau, avec un sens de l’à-propos d’une confondante et irrésistible spontanéité. Par exemple, au fil de ses redites, le final du quatrième concerto en appelle ici à des effet presque jazzy ou folk (surtout à partir de 3′) par le déboutonné très contrôlé des traits virtuoses répétés.

Le , basé en Suisse alémanique sous la houlette de son violon conducteur, l’excellent , offre une réplique idéale, à la fois robuste dans les imposante dans les vastes tutti que raffinée et attentive dans l’accompagnent délicat de l’impeccable et parfois imprévisible soliste.

Voici donc un très grand disque de concerti totalement inédits au disque, offerts en première mondiale, d’emblée dans des versions de référence. Un enregistrement qui ravira tant les amateurs de violons que les mélomanes passionnés par la transition entre âges classique et romantique.

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